(Terminé) End Of An Era [Adam]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Aller à la page : 1, 2  Suivant
Messages : 1000

Localisation : Sous la cité
Côté coeur : J'ai heurté le plus chiant des hommes

Activité/Profession (du personnage) : Hackeuse
avatar
Raven Hunt
« Insoumise » Humaine
MessageSujet: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Jeu 7 Mai - 18:54



Du haut de la roche, là où se trouvait le poste de surveillance que je venais de quitter à l’instant même, je dominais le cœur de notre village abyssien. Je n’avais jamais vu autant d’Insoumis réunis en même temps. Bien sûr, je ne parlais pas du rassemblement qui venait de se produire à l’ancienne gare, non, je parlais d’ici même, dans notre village. Habituellement tout le monde vaquait à ses occupations et le village était toujours calme, mais pas cette nuit.  Nous devions être une cinquantaine voire peut-être même plus et là je réalisais que notre exode serait dès plus complexe. Tous ces hommes et ces femmes à protéger, à faire évacuer, à convaincre aussi même si comme l’avait souligné Adam, on ne pourrait forcer personne à nous suivre. Il ne fallait surtout pas baisser les bras. Non !
Maintenant, comment allais-je retrouver Adam … et où pouvait-il se trouver ?  N’importe où si je partais du principe qu’il avait lui aussi rejoint les galeries. Il ne se trouvait certainement pas sur ce pont, trop risqué, trop à la portée de tout le monde.

Mon premier objectif était de ne pas me faire voir et de me faufiler comme j’avais l’habitude de faire dans les tunnels. Je descendis les marches façonnées dans la roche humide tout en ne perdant pas de vue les Insoumis qui se regroupaient devant plusieurs abris pour échanger leurs sentiments et le devenir de notre communauté. Tant qu’ils ne regardaient pas dans ma direction, c’était tout aussi mieux pour moi ! Mais avant de m’engouffrer dans les allées sombres, je passai par mon abri, tout en discrétion, jetant toujours des regards par-ci et par là. Je refermai la porte de mon petit chez moi, récupérant une veste à capuche que je plaçais sur ma tête, cachant mes mèches blondes. Je remontai le col comme je pouvais, glissant une petite lampe torche dans une des poches et je ressortis pour affronter le peuple  des entrailles de la cité, Enfants des Abysses. Les émotions affluaient en moi comme une sorte d’afflux électrique. Je les entendais respirer, parler, pleurer, hausser le ton, se consoler et espérer. Tout cela résumait ce que nous étions, certes et avant tous des Insoumis, des parias de la société, rejetée par cette dernière, mais qui avaient su trouver une deuxième chance, celle qu’on nous avait offert grace à Logan, grâce à Adam. Personne n’avait plus sa place au-dessus pourtant nous vivions, nous respirions et nous ressentions comme tous les Etres vivants de cette terre d’asile qui avait accueilli les premiers survivants juste après la pluie de feu.

Avec cette capuche, personne ne pourrait me reconnaitre. J’allais en sens inverse de toute la foule qui revenait de l’ancienne gare du métro, là où s’était tenu le discours d’Adam. J’évitais leurs regards, leurs interrogations et je fonçais tête baissée, zigzaguant comme je le pouvais pour ne pas me faire freiner par quiconque. De temps en temps, je redressais la tête, cherchant Adam, mais je ne le voyais toujours pas. J’aurai pu aller faire un tour dans son abri, mais il n’y aurait pas pris le risque de s’y rendre pour éviter  dans un premier temps toute la communauté, ses questions qu’elle se posait, ses revendications même. Non, ce n’était pas le moment pour lui. Il avait dû trouver un endroit où se caler pour laisser passer l’afflux de mouvements, respirer, se calmer, réfléchir. Je pris un autre chemin parallèle qui était aussi un raccourci. J’éveillerai moins la curiosité sur ma présence et pourquoi au lieu de rester dans notre village, je faisais demi-tour. Je connaissais les labyrinthes comme ma poche, chaque recoin, chaque tunnel, chaque passage. J’avais eu le temps de m’y faire depuis la toute première fois où j’avais atterri ici. J’étais même certaine que je pouvais semer d’autres Insoumis  dans ces dédales de galeries et de boyaux souterrains.

Je bifurquai sur ma gauche. Je devais rester dans un périmètre assez court qui se situait tout autour de l’ancienne gare. Mais deux voix masculine m’arrêtent dans ma lancée, stoppant net mes pas. Je leur tournais le dos, glissant mes mains dans les poches de ma veste.

- Tu fais quoi là ? Adam a demandé de ne pas quitter les Abysses.

Ha ouais ? Comme si je n’étais pas au courant … Merde ! Fallait que je tombe sur des Insoumis qui faisaient du zèle maintenant.

- Tu pourrais te retourner quand on te parle !

Je soupirai discrètement, me tournant alors pour ne pas accentuer un peu plus la tension qui émanait de mes deux interlocuteurs. Le haut de ma capuche me tombait presque sur les yeux et on ne parvenait à voir de moi que ma bouche.

- T’es qui ? T’es peut-être un espion !

Avant que je ne puisse répondre ou même faire un mouvement, l’un des Insoumis agrippa ma capuche et la fit céder pour révéler mon visage.

- Je te connais … Tu es Raven, celle qui s’occupe du poste de surveillance.

- Oui, c’est bien moi. Bon maintenant que les présentations sont faites, pourrai-je continuer mon chemin ?

- Non!

- Non ? Ecoutez ! Vous vous trompez sur mon compte, je suis à la recherche de mon téléphone que j’ai perdu tout à l’heure durant le rassemblement

- On va te croire !?

L’un deux attrapa ma main en m’en faire mal, mais je devais me concentrer sur mon objectif : retrouver Adam.

- Il va bien le falloir, oui !

A mes mots, je lui flanquai un coup de genoux là où ça faisait le plus mal chez un homme et je partis en courant dans le tunnel sans me retourner ! Je les entendais déjà me hurler dessus. C’était le moment de prouver que je pouvais semer n’importe qui dans les galeries. Je courrais encore et encore, accélérant la cadence. Je ne pouvais pas les conduire au pont, je devais donc prendre une direction totalement à l’opposé pour y revenir ensuite. Ils criaient pour que je stoppe ma fuite, mais c’était peine perdue. J’en avais mal aux jambes, mes muscles se contractaient avec douleur. Je devais garder cet avantage. Je pris sur ma droite, un petit passage sans aucun vieux néon pour l’éclairer et je me faufilai  telle une souris dans un passage si étroit que cela ne viendrait pas à quiconque d’aller voir de ce côté-là. Je m’éraflai la joue, le front et les mains contre la roche, ne respirant plus, me fondant avec les ombres. Les deux Insoumis passèrent devant moi, en continuant à courir. Ils venaient de perdre ma trace. Ils s’arrêtèrent, tournèrent sur eux-mêmes et durent constater quelques minutes plus tard que je leur avais bien filé entre les doigts. Ils rebroussèrent chemin et j’attendis un moment avant de sortir de ma cachette.


Mon cœur battait la chamade et je devais me ressaisir. Le réseau arachnide des Abysses était très complexe, je pourrai perdre un temps précieux à le chercher, il était même peut-être déjà retourné au poste de surveillance. Pourtant, je ne saurai l’expliquer quelque chose me poussa à prendre la direction d’une vieille galerie, très peu éclairée. Je marchais doucement, assurant chacun de mes pas, allumant ma lampe torche que j’avais pris. Je dirigeai le faisceau devant moi, cherchant un recoin, un endroit où Adam aurait pu s’abandonner. Il n’y avait aucune trace de lui. J’allais faire demi-tour, retourner auprès des autres, quand je le vis ….

Son corps … recroquevillé. Des spasmes le tourmentaient et j’éteignis ma lampe par respect, restant à bonne distance. Il n’avait peut-être pas perçue mon arrivée. Nous étions tous les deux plongés dans la pénombre. Tout doucement, je lui murmurai des mots  tout en m’accroupissant, posant un genou au sol :

- Adam … Adam … ? Il faut … venir avec moi. Les autres t’attendent … Tu… enfin, je …

Je me tus, ce n’était pas la peine que j’en rajoute davantage. Je redoutais sa réaction lorsqu’il comprendrait ma présence.




"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
A. Lockwood



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 149

Côté coeur : célibataire

Activité/Profession (du personnage) : Trafiquant d'armes, ancien mercenaire
avatar
Adam Lockwood
Co-Leader des Insoumis
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Mer 13 Mai - 21:24





Combien de temps s'était écoulé depuis que j'avais vomi mes tripes, plié en deux dans cette galerie sombre et oubliée. Je voulais juste un peu de répit avant de trouver le courage de les affronter en groupe restreint. J'avais cru que le regroupement de la Gare serait le plus difficile pour moi. Tous ces visages tournés vers moi, qui idolâtraient Logan, à juste titre. Mais il n'en était rien. Ces gens l'aimaient comme un guide mais n'avaient pas combattu à ses côtés, ne le connaissaient pas intimement. Ils ne pouvaient établir de comparaison entre lui et moi si ce n'était par le fait qu'il était Asarien et moi humain.

Il en allait tout autrement de ceux que j'allais devoir retrouver. Wade, Chris, Max, Kyra, Alexandra, et Raven avaient côtoyé Logan dans les missions, au quotidien, l'avaient eu comme chef direct, connaissaient son franc parler, son humanisme, sa bienveillance. J'étais tellement différent de lui. Je n'avais pas son assurance de leader, je n'avais pas sa bonté d'âme, sa patience, cette lumière, cet espoir qui l'habitait et nous guidait tous. J'étais secret, renfrogné, agressif, associable, colérique, irascible et tellement amer. L'espoir avait déserté mon cœur depuis plusieurs années. J'étais insoumis parce que c'était ce qui me convenait le mieux et que Logan m'avait montré la voie. Je ne l'étais pas par choix ou altruisme. Je haïssais ma vie dans ces galeries humides et sombres. Je ne me sentais vivant qu'au dehors lorsque ma moto roulait sur les pistes poussiéreuses des  Terres sauvages. Là j'étais chez moi, véritablement Insoumis et j'oubliais tout. Asaria, le QG de la Milice. Les sévices, les humiliations, le goût du sang sur mon poing que je mords en pleurant. Ma mémoire s'effaçait et j'étais juste Ghost, un vent de sable, un mirage de lumière dans une étendue inviolée.

Comment leur dire que j'étais tellement différent d'eux, appelé vers l'infini de l'horizon, eux qui voyaient les souterrains comme leur demeure. Comment leur dire que je n'avais ni la force, ni le courage, ni l'altruisme de Logan. Comment les pousser à croire en moi, alors que je n'y croyais pas moi-même. J'avais déjà failli à sauver Jeko il y avait presque dix ans et je crevais de trouille de faillir à sauver Logan. Je ne doutais pas de pouvoir me battre jusqu'à en mourir mais de tomber avant d'avoir réussi et de voir tous les nôtres mourir, ou pris par ce monstre. Je ne redoutais pas de mourir mais de les abandonner à leur sort. D'être indigne de leurs attentes. Je devais les mener vers un lieu sûr et les convaincre que libérer Logan était mon combat et pas le leur. C'était ma dette. Le seul sacrifice qu'il accepterait. Je me doutais que les protestations allaient fuser. Mais le destin ne m'avait pas fait chuter dans cette grotte par hasard. Je devais les mener à leur nouvelle demeure, à leur liberté. Convaincre les Asariens de s'exposer à l'extérieur ne serait pas le plus simple. Convaincre les guerriers qu'ils devraient rester pour protéger la communauté  serait épineux. Mais c'était une histoire commencée entre Logan et moi bien des années auparavant. Je mordais mon poing et respirai un grand coup en me redressant. Je devais y aller. Ils m'attendaient sans doute.

Une lumière aveuglante troua l'obscurité de la galerie et je plaçai instinctivement ma main gauche devant mes yeux. Une silhouette se tenait à l'entrée du boyau. Cette partie des Abysses était totalement inconnue aux Insoumis excepté Logan et moi. A demi effondrée et inondée, cette portion des souterrains asariens était truffée de pièges, éboulis, trous, puits, ruisseaux. Nous avions même parlé, lui et moi, de les murer avant qu'un accident ne se produise. Qui pouvait s'être glissé dans ce labyrinthe mortel ?

La lumière s'éteignit et je sentis un mouvement d'air. Quelqu'un se rapprochait et se penchait. La forme grise s'assit à bonne distance de moi. Je tendis la main pour la poser sur ce que je reconnus comme une épaule. Je murmurai :

- Qui que tu sois, bon sang qu'est ce que tu fous-là ?  Tu sais que cette galerie est très instable. Tu aurais pu mourir dix fois ! Ne bouge pas. Je vais me lever et tu vas mécouter!

La voix était un murmure mais il m'avait semblé reconnaitre un timbre féminin. Bon sang qu'est ce qu'une nana pouvait bien venir foutre dans ce merdier ?  Je me figeai et, étant donné l'obscurité ambiante, je fis quelque chose de très con: je m'essuyai les yeux.  

- Raven ? C'est toi ? Ne bouge surtout pas !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 1000

Localisation : Sous la cité
Côté coeur : J'ai heurté le plus chiant des hommes

Activité/Profession (du personnage) : Hackeuse
avatar
Raven Hunt
« Insoumise » Humaine
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Jeu 14 Mai - 18:22


Je l’avais enfin trouvé et je ne savais pas comment j’avais fait pour arriver à ce petit miracle quand on connaissait les labyrinthes noueux et dangereux que composaient les Abysses de la cité. Quelque chose m’avait poussée dans cette direction où demeuraient les seules galeries en très mauvais états. Certaines parois étaient effondrées, par endroits il y avait des crevasses et le sol se fissurait et devenait très instables. Joshua et Logan me l’avaient très souvent répété, que c’était une partie condamnée et qu’il ne fallait jamais tenter d’y accéder. Sauf que là, cette nuit, j’avais contourné l’ordre et les recommandations, comme poussé par une petite voix qui me murmurait au creux de mon oreille que je le trouverai là. C’était presque évident que pour retrouver ses esprits, pour laisser passer toutes ces émotions et la foule des Insoumis, Adam avait trouvé un lieu où personne ne penserait y venir. En essayant de me mettre à sa place, je m’étais engouffrée dans ces passages périlleux, ma lampe torche à la main. J’allais faire demi-tour quand j’entendis le bruit d’une respiration et le faisceau de ma lumière le trouva recroquevillé sur le sol humide. Il se mit à bouger lentement à mon intrusion dans sa sphère privée.

J’éteignis ma lampe lorsqu’il comprit qu’il n’était plus seul, se protégeant les yeux de sa main. Je ne pouvais laisser la lumière violé son intimité ni le brusquer davantage. Alors, je me rapprochai de lui, doucement, tout en gardant une certaine distance. Je ne savais pas comment il régirait en ma présence lorsqu’il s’apercevrait qui était là avec lui. Je mis un genou à terre tandis que nous étions baignés dans l’obscurité et qu’on apercevait les traits de nos silhouettes vaguement, l’un et l’autre. J’entendis un bref mouvement, fronçant les sourcils pour tenter de deviner ce qu’il était en train de faire. Sa main tâtonna alors mon épaule et je sentis ses doigts se refermer dessus. Ma petite course poursuite avec les deux autres Insoumis et surtout ma petite cachette entre deux parois étroites et rocailleuses avaient endolories mon corps. Je me mordis la lèvre pour éviter de gémir. Il venait de reconnaitre le murmure de ma voix.

- Oui c’est bien moi. Je suis venue te chercher. Les autres sont quasiment au complet au poste de surveillance. Quand j’ai vu toute celle foule revenir au cœur des habitations, j’ai … j’ai … pensé à toi.

C’était idiot de dire cela, mais c’était bien ce qui m’avait poussé à retourner dans les tunnels. J’étais sincère même si je savais aussi que ce n’était pas seulement ça, je m’étais inquiétée pour lui. Mais ça je ne pourrai pas le lui avouer. Sur ce pont, Adam m’avait fait voir, peut-être sans le faire exprès, une part de sa personnalité qu’il cachait à nous autres. J’avais compris et deviné que la peur qui le rongeait concernant Logan, il la connaissait parce qu’il l’avait vécu auparavant. Jamais je ne pourrai discuter de cela avec lui parce que j’imaginais déjà ses réactions à l’avance, cet entêtement et ce mur qu’il dresserait une nouvelle fois entre nous deux. Je respectais cela. C’était son passé et il n’avait aucun compte à me rendre ni encore moins le devoir de se confier à moi. D’ailleurs avec du recul, j’étais certainement la seule personne à qui il voudrait parler de cela. Néanmoins, depuis ce soir, j’avais mis de côté cette manie que j’avais de lui envoyer des piques. Il faudrait vraiment que je tente d’identifier cette façon que  j’avais de faire avec lui et uniquement avec Adam. Même avec Max, nous avions su nous apprivoiser. Mais Adam restait un mystère à mes yeux et cela jouait peut-être sur mon comportement ou alors je m’aveuglais totalement pour éviter de voir la vérité … Mais quelle vérité ? Cela était un tout autre problème. Pour le moment, je m’inquiétais pour lui. C’était un roc, un guerrier, un combattant et le voir ainsi me troublait. Non pas que son image s’effritait à mes yeux, non, il était toujours pour moi ce leader même s’il ne voulait pas ou ne désirait pas le voir ou endosser cette responsabilité. C’était simplement qu’il dissimulait en lui des tourments avec qui il ne pouvait pas les partager. Peut-être avec Logan, mais aujourd’hui ?  Il n’était pas seul, c’était ce que j’aimerai lui faire comprendre et c’était aussi quelque part pour cela que j’étais retournée dans les galeries.

- Adam, on a encore un peu de temps avant la réunion. Tu peux te reposer. Il y a toute une foule d’Insoumis qu’il faudra passer si on veut atteindre le poste de surveillance sans trop de problèmes. Il faudra faire vite… ils ne sont pas vraiment commodes…

J’en avais déjà trop dit sur la petite altercation avec les deux autres zigotos. Ma main agrippa délicatement la sienne qui était toujours posée sur mon épaule sensible. Quand il serait prêt, on se relèverait ensemble tous les deux.

- T’inquiète pas pour moi, je connais cette partie des abysses. Joshua et Logan m’en ont souvent parlée. Je sais que tout est très instable et tout peut s’écrouler, qu’il y a des fissures au sol et qu’on peut y rester prisonnier. Je suis venue en connaissance de cause. C’était le meilleur endroit pour toi, pour souffler et laisser retomber la pression.  Je sais aussi que tu aurais préféré n’importe qui que moi en cet instant, mais va falloir faire avec !

J’avais tenté de mettre un peu d’amusement à la fin de ma phrase pour apaiser toute cette tension. Ma main n’avait pas lâché la sienne et j’attendais le moment où je l’aiderai à se remettre sur ses jambes. Ok ce n’était pas le meilleur endroit pour faire la causette ou se reposer.

- Ma lampe torche nous guidera. A toi de me dire quand tu te sentiras prêt.



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
A. Lockwood



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 149

Côté coeur : célibataire

Activité/Profession (du personnage) : Trafiquant d'armes, ancien mercenaire
avatar
Adam Lockwood
Co-Leader des Insoumis
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Sam 16 Mai - 14:21


Agenouillé dans la pénombre, reniflant comme un gosse qui a peur du noir, je m'étais essuyé vite fait les yeux quand j'avais senti une présence. Avec la responsabilité qui me tombait dessus, c'était vraiment mal venu de me montrer en train de chialer comme une gonzesse. Bien sur me montrer aux Insoumis dans cet état émotionnel serait totalement décrédibilisant pour moi et angoissant pour eux. Présenter cette image à une nana, encore davantage. C'était un truc à se foutre la honte pour des années. Je n'avais pas vraiment reçu d'éducation à ce sujet: comment se comporter avec les filles. A l'orphelinat quand j'étais gamin, une fille c'était un être humain avec deux bras, deux jambes, comme moi. La plupart du temps elles étaient plus petites et moins costaudes mais ça ne posait pas vraiment de problème, à mon idée, parce qu'elles étaient souvent plus teigneuses que nous, les garçons. En fait quand on partait faire nos virées dans le bidonville ou jouer dans la décharge, on formait une bande et on ne se souciait pas de ce qu'il y avait dans nos pantalons. De toute façon j'étais déjà un peu en dehors du coup. Je les suivais parce que ça m'amusait mais je n'étais pas vraiment dans la bande. J'étais la pièce rapportée, celle qu'on va chercher quand on a besoin d'un grand balèze. Le gars qui ne réfléchit pas beaucoup mais a de la force. C'était déjà l'image qu'ils avaient de moi et je ne faisais rien pour les détromper. Ça me convenait. On ne cherche pas à emmerder un type qui a du muscle et pas de conversation. Ceux à qui les emmerdeurs viennent pourrir la vie, ce sont les intellectuels qui réfléchissent, ont des idées, des opinions. On vient à eux pour argumenter, contrer, discuter, se battre, les éliminer. Bon, quelques solides gaillards étaient venus à moi pour se mesurer physiquement mais mon poing avait vite été un argument définitif et le bouche à oreilles avait fonctionné. A douze ans, personne ne venait plus me chercher des noises que ce soit avec ses poings ou par la causette. Adam ? Bah, le seul langage qu'il maîtrise, c'est la castagne. On ne venait pas me demander mon avis et on ne venait pas m'emmerder. Ça m'allait. Les filles non plus ne me trouvaient pas intéressant. Un mec qui ne prononce pas deux mots en une journée, aucune chance de savoir ce qu'il a dans le crâne. Ni de le manœuvrer. Elles préféraient les beaux parleurs ou les intellos. Et moi ça m'allait bien.

Puis vers treize ans ça a commencé à être le bordel. J'avais forci, les hormones se mettant en branle dans mon organisme. Ma voix avait mué et j'avais du poil partout. Des muscles qui poussaient et sans que je me donne vraiment du mal pour ça. J'aimais l'exercice physique mais sans y penser. Je passais mes journées à crapahuter dans le bidonville, ou dans les terres sauvages. J'y passais de plus en plus de temps. Ça me vidait la tête, à courir escalader, explorer. Et ça me faisait pousser les muscles. C'était pas le seul effet des hormones d'ailleurs. Je commençais à penser à des trucs bizarres en regardant les filles, qui elles aussi, avaient bien changé. Des courbes partout, des voix  veloutées et des regards pas nets qu'elles me lançaient. A seize ans elles me collaient comme les abeilles sur un pot de miel. Sauf que je n'avais rien d'un pot de miel. J'étais plutôt l'ours. Mais plus question de distribuer des coups de pattes comme quand j'étais môme. Enfin, je dois bien dire que ça m'arrivait quand même quand l'une d'entre elle dépassait les bornes et me gonflait trop. Mais, quelque chose, étrangement, me retenait la plupart du temps. Elles étaient différentes ... Leur comportement avait changé.
Le mien aussi et je n'aimais pas ce manque de contrôle de mon propre corps que leur présence à proximité induisait. Alors pour me calmer je courrais, je grimpais et je me battais avec les autres gars encore plus. Ça ne me donnait pas plus le mode d'emploi des filles, mais ça me défoulait temporairement. Et puis le fameux jour était arrivé. Sans que je m'en rende compte, ça m'était tombé dessus. Sans doute une fille qui s'y entendait mieux que les autres en matière de mode d'emploi des mecs. J'ai pas vraiment résisté quand elle m'a coincé dans un recoin de la réserve où j'étais descendu chercher des pommes de terres pour le cuisinier de l'orphelinat. Elle avait plaqué son corps contre le mien et sa bouche contre la mienne en se pendant à mon cou. J'avais lâché le sac de pommes de terres pour l'enlacer et la basculer sur une pile de sacs de riz. Les choses s'étaient naturellement enchainées. C'était bon. Agréable, plaisant. Le genre de chose qu'on aimait refaire, qu'on avait envie de faire toute la journée et toute la nuit. Parfois j'y pensais tellement fort que je devais aller courir quelques bonnes heures pour me calmer. Apparemment, les filles aimaient bien aussi et y pensaient beaucoup également.

Il y en eut d'autres, des plus vieilles, des plus jeunes que moi. Des pénibles, des tordues, des sympas, des bavardes. Certaines étaient sacrement belles. D'autres intéressantes à écouter parler. Mais elles finissaient toujours par en venir à des idées étranges comme " sortir ensemble "  ou "être ensemble" ou "rester amis". Pourquoi on ne pouvait pas juste le faire et en rester là. Pourquoi il fallait que les choses se compliquent toujours avec les filles. Un type comme moi avait besoin de très peu de choses dans la vie: manger (pas mal), boire (beaucoup), baiser (intensément) et être libre (sans concession). Je ne voyais pas en quoi c'était mal ni pourquoi cela n'était pas envisageable sans complication. Je n'attendais rien d'insurmontable des autres. Et je remplissais ma part du marché. Je bossais pour payer ma part d'entretien à l'orphelinat en petits boulots, à droite à gauche. Je bossais pour payer mes bouteilles que je descendais chaque soir au bar. Je donnais du plaisir aux filles qui me plaisaient et étaient d'accord pour m'en donner. Je partais me balader seul pour me retrouver avec moi-même dans les Terres sauvages, j'aimais me retrouver seul pour écrire mes trucs, penser, réfléchir à la vie et sentir ce frisson de liberté sur ma peau. La caresse du vent venu de la mer. Il n'y avait qu'à l'extérieur du Dôme qu'on pouvait ressentir ça. C'était ma vie, elle était comme ça. Je n'emmerdais personne mais il ne fallait pas qu'on m'emmerde. Mais à dix-huit ans, j'avais couché avec à peu près toutes les filles pubères de l'orphelinat et je m'étais mis à dos à peu près les trois quart d'entre elles. Quand elles ne se plaignaient pas de ma goujaterie, ou de mon "monstrueux égoïsme" auprès des responsables du centre, elles se battaient entre elles pour départager laquelle j'allais épouser. C'était usant et intenable. Pour moi, et pour les gérants de cet orphelinat qui avait été la seule chose ressemblant à une maison pour moi. Ces gens m'avaient offert un toit et un couvert. Je leur étais redevable. Même si j'avais grandi avec plein de manques et de lacunes, ils avaient fait au mieux avec les moyens qu'ils avaient et le sujet que j'étais. Je n'éprouvais aucun sentiment négatif envers eux, bien au contraire. Mais il était temps de partir. Je crois que l'idée avait cheminé des deux côté en même temps et qu'ils furent soulagés quand je leur annonçai mon intention de voler de mes propres ailes. Une grande source de tension disparaissait de leur horizon.

Je comprenais un peu mieux la nature humaine mais toujours pas les femmes. Pour moi, c'était des êtres éternellement insatisfaits, source de plaisir, capables de courage et d'intelligence mais absolument incohérents dans leur comportement. Si je faisais ce qu'elles demandaient au départ, ensuite elles me reprochaient de les avoir abusées, et si je ne le faisais pas, j'étais un goujat. De toute façon j'étais forcément un salaud à leurs yeux. Alors pourquoi elles me collaient comme ça ? Jeko ne m'avait pas apporté plus de lumières sur la question. S'il m'en apprit beaucoup sur la vie, les armes, l'amitié, le respect de la parole donnée, il fut incapable de m'aider sur un sujet qu'il avait lui-même du mal à maîtriser. Pour lui, les filles étaient pires que ça. Elles étaient nuisibles, sources d'emmerdes, pourvoyeuses de chiards que vous deviez ensuite assumer et pire que tout, elles voulaient annihiler la liberté de gars comme nous. Il appelait mes frasques sexuelles des "écarts" au régime quasi militaire qu'il m'imposait et s'en autorisait très peu lui-même. Il admettait volontiers que c'était un besoin physique comme manger, boire ou dormir, mais affirmait que, comme en toute chose, un homme de bon sens devait s'imposer modération. Et surtout, ne pas faire de promesses qu'on ne pouvait pas tenir à cause de notre mode de vie. C'était un bon prétexte derrière lequel s'abriter. Et je ne me privais pas de le servir après une belle nuit bien consommée. Il n'y avait pas de place dans ma vie, pour une femme. J'étais un solitaire, un aventurier, un snipper. Bien sûr je ne mentionnais jamais ce dernier détail.

Au fil des années je m'étais convaincu moi-même. Et mon passage par les quartiers de la Milice, ma rencontre avec Logan, notre décision de regrouper tous ces laissés pour compte en une même communauté n'avaient fait que renforcer cette certitude. Les femmes demeuraient un mystère que je ne comprenais, n'arrivais à satisfaire qu'au lit, une bouteille d'alcool à la main et j'allais les chasser loin de ma famille d'adoption, loin des Insoumis. Logan m'avait appris sur la nature humaine, en me démontrant qu'on pouvait être différents et amis. Dans une certaine mesure, il m'avait insufflé une once de bienveillance envers l'Humanité et appris la tolérance, la patience, l'acceptation de cette vie de paria, dans les galeries. Pour ce qui était des femmes, nous avions tous deux la même pudeur sur le sujet. On en plaisantait mais sans jamais rien révéler de nos aventures ni de notre vision des choses. De toute façon, les Insoumis étaient notre priorité, la satisfaction de nos besoins naturels, très secondaire. Il m'avait changé. Je restais un solitaire mais je n'étais plus indifférent. Je ne supportais toujours pas qu'on me dise comment vivre mais je devais composer avec les intérêts de ceux que je considérais comme ma famille, même si je ne le leur avouerai jamais. Avec Logan, j'avais appris à m'oublier un peu, pour penser à d'autres. En même temps que ma volonté de prendre soin de ces gens, le mur que j'érigeais entre eux et moi grandit. Je m'en tenais à l'écart pour mieux veiller sur eux, toujours dans l'ombre de Logan, silencieux, à l'affût des besoins de cette communauté, de ses peurs, ses envies, ses espoirs. Je parlais rarement, j'agissais dans l'ombre, exécutant les ordres de notre leader, les devançant souvent. Toutes proportions gardées, étant donné notre différence, j'étais comme lui une force de la nature. Je me savais crains et respecté des Humains de notre communauté. A une exception près. Alors me retrouver face à une Insoumise, entrain de pleurer, c'était plus que lamentable, mais face à cette Insoumise là, précisément, c'était tout simplement le pire qui pouvait m'arriver en ces circonstances.

J'avais déjà du mal à rassembler mes moyens étant donné ce qui m'attendait, mais elle avait la fâcheuse tendance à me les faire perdre. Et là j'étais déjà en vrac avant qu'elle me rejoigne mais ses propos achevèrent de me retourner.

- T'as pensé à moi ? ... T'es ma nurse ? Tu avais peur que je ne retrouve pas mon chemin dans ces galeries peut-être ? Mais est ce que tu as pensé à Logan et à Joshua ? Raven, que tu ne veuilles pas m'écouter parce qu'on ne peut pas se blairer, ou parce que je ne suis qu'un humain après tout, c'est une chose, mais je suis bien persuadé que tous les deux t'ont averti des dangers de ces boyaux à moitié effondrés. Que tu te foutes de mon avis parce que tu me prends pour un merdeux, je peux l'admettre, mais leur avis à eux ? Il ne vaut pas plus à tes yeux ?  

Je lui saisis le bras en me remettant sur mes pieds mais en restant accroupi, contenant ma colère pour murmurer.

- Bordel, Raven, on est tous des Insoumis. Mais il arrive un moment, où on doit écouter les autres. J'ai compris ça quand on est arrivés ici Logan et moi. Ma vie était entre ses mains et je n'ai pas eu d'autres choix que de l'écouter pour guérir. Alors, s'il t'a dit que c'est dangereux ... Ne te montre pas aussi con que moi et ne viens pas là !

J'avais pris conscience qu'en m'isolant dans cette galerie, j'avais agi comme un égoïste de première. Si la paroi s'effondrait sur moi, non seulement je créerais des soucis supplémentaires aux Insoumis, mais en plus je faillirais à veiller sur eux comme je m'y étais engagé envers Logan. Je chuchotai:

- Écoute moi bien ! J'aurais jamais dû venir ici. J'ai pas réfléchi. Ça nous met tous en danger. Me reposer ? Est-ce que tu es sérieuse ? Tu crois que j'ai envie de me reposer alors que Logan est en train d'en baver et que chaque heure qui passe nous met de plus en plus en danger. On est de foutus égoïstes de merde d'être venus ici, toi et moi. D'autant plus qu'on le savait. On l'a fait en connaissance de cause, sans réfléchir aux conséquences si tout s'écroule.

Je l'écoutais se débattre pour essayer de justifier sa présence ici mais je prenais conscience que j'avais agi le premier de façon inconsidérée et que j'étais le seul responsable de la situation finalement.

- Non, ce n'est pas le meilleur endroit pour réfléchir, mais le meilleur pour crever. Et je n'avais pas le droit d'y venir ! Pas avec tous ces gens qui comptent sur moi. Maintenant je t'ai entrainé dans cette galère. Il faut qu'on sorte vite d'ici. Écoute moi bien, ne parle à voix haute sous aucun prétexte, la moindre vibration peut entrainer un éboulement. Rallume ta lampe doucement. Comme c'est trop étroit, je ne pourrais pas te croiser pour passer devant mais c'est pas plus mal. Ne te fais pas des idées mais je vais me coller à toi ainsi, si ça s'effondre, je pourrais te protéger en faisant écran avec ma ... euh mon corps.

J'avais failli dire stature de Musclor car je savais qu'elle me donnait ce surnom sarcastique. Elle ralluma sa lampe et me la mit en pleine figure. Un sourire crispé aux lèvres, j'esquissai une grimace et un coucou de la main.

- C'est bien moi ! Et ... c'est bien toi ! Bon, va falloir faire avec, comme tu dis ... On n'a pas trop le choix. On attendra d'être sorti d'ici pour le concours de coup de pieds au cul. Dis-je en me relevant lentement mais pas complètement, ma haute taille m'empêchant de me tenir droit dans ce tunnel étroit.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 1000

Localisation : Sous la cité
Côté coeur : J'ai heurté le plus chiant des hommes

Activité/Profession (du personnage) : Hackeuse
avatar
Raven Hunt
« Insoumise » Humaine
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Sam 16 Mai - 18:50

Bordel ! Pourquoi avais-je pensé un seul instant qu’il changerait un peu de comportement face à moi, même dans cette situation ? J’avais cru que ce moment partagé sur le pont, cet échange, entre deux personnes censées, avait donné un nouveau point de départ à une relation survoltée entre nous deux depuis … depuis le tout début.  C’était le seul mec avec lequel je me prenais la tête. Je voulais bien admettre qu’on était deux forts caractères, mais cela ne m’avait jamais empêché d’avoir des conversations avec Logan, Wade et même Max. Non Adam était un mystère. Peut-être qu’il ne supportait pas les nanas, mais quand je l’observais avec Alexandra, il était différent, même avec Camille ou Kyra. Moi par contre, dès qu’il me croisait, son comportement changeait à 200 %.  Donc en fait le problème c’était moi. Tout simplement. J’étais comme un parasite, un microbe qui rongeait son quotidien, mais je ne savais pas pourquoi j’étais devenue son ennemi public numéro un. .. J’étais mordante quand il me traitait d’inconsciente. J’étais piquante quand il me rabaissait et nos nombreux échanges se terminaient toujours de la même façon. Il y avait un truc qui clochait entre nous deux.  Je secouai ma tête lorsqu’il continua son petit laïus. Ça faisait longtemps que je n’avais pas attendu sa morale, en long, en large et en travers. C’était reparti, de la même façon que cela avait commencé à l’Underworld, il y avait quelques semaines en arrière. Il m’agaçait a toujours vouloir m’affronter, à chercher la petite bêbête là où il y en avait pas, à me prendre pour une gamine sans cervelle. Je fermai les yeux quelques secondes pour réguler le grondement de mes émotions. Ce n’était pas le bon endroit pour s’en mettre plein la gueule. Putain de merde !! Oui j’étais blonde et je pouvais être grossière !! Finalement,  être plongé tous les deux dans le noir me permettait de ne pas lui arracher les yeux. Je devais maitriser le son de ma voix et rester dans ce même murmure, ce qui m’était de plus en plus pénible.


- Si j’ai pensé à Logan et à Joshua ? Et toi ? T’as pensé à nous ? Sérieux ?? On a perdu un leader et le second il se cache où pour décompresser ? Ici ! Ici même dans ces putains de galeries où tout le monde, toi comme moi, est censé ne jamais y poser un orteil.  Tu es égoïste oui ! Tu es le seul qui peut mener et guider les Insoumis. T’as peut-être la frousse de prendre la place de Logan, mais qui ne l’aurait pas ? Nous ne sommes pas des machines, humain ou Asarien. Personne ne te jettera la pierre.  Je ne t’ai jamais pris pour un merdeux, par contre là, tu en es un ! Et moi une pauvre conne qui se faisait du souci pour toi.

Il me saisit le bras pour s’accroupir face à moi, et même si je ne voyais pas son visage, je sentais son souffle chaud et son regard qui transperçait les ténèbres. De mon index, je parvins à tapoter ce qui me semblait être son torse, et tout en murmurant encore.


- Oui, ça aussi va peut-être falloir que tu te mettes ça dans ta petite tête, il y a des personnes qui se font du souci pour toi. Ouais ! Tu vas me dire que tu n’as rien demandé, t’as n’en rien à foutre, je sais ! Surtout venant de ma part ! Et bien c’est comme ça, que ça te plaise ou pas.

Au moins il prenait conscience qu’il n’aurait jamais dû s’aventurer par ici. Adam allait devoir éviter d’agir sur un coup de tête. Toute une communauté avait besoin de lui. Je ne pouvais pas me mettre à sa place parce que je n’avais jamais vécu cela, mais je pouvais très bien imaginer tout ce qu’il pouvait endurer : cette pression qu’il avait désormais sur ses épaules, ce combat à mener pour sauver Logan. Mais il n’était pas seul, nous étions tout un groupe prêt à l’épauler. La question était de savoir s’il nous faisait assez confiance pour le soutenir. Et encore, le problème n’était pas vraiment là. Adam ne laissait jamais personne l’approcher, à part peut-être Logan, il se démerdait seul, agissait en solitaire, mais là il devrait compter avec un groupe.


- J’ai fait le tour des tunnels les plus proches avant de m’aventurer par ici. Alors quoi ? Tu aurais pu être piégé, en mauvaise posture et tu me demandes de fermer les yeux et de poursuivre mon chemin en retournant au poste de surveillance ?  On m’a pas appris à être comme cela ! Alors tu peux me traiter de conne si ça te soulage, je recommencerai si  un Insoumis se trouvait bloquer quelque part  là-dedans, encore plus si c’est notre leader. Nous avons besoin de toi vivant et pas sous un tas de rochers …

Qui avait dit que ce n’était pas le meilleur endroit pour discuter, réfléchir et se reposer ? Et que faisions-nous ? Exactement ce qu’il ne fallait pas faire. Tout le contraire. On ne pouvait pas nier que nous n’étions pas des Insoumis. Plus têtus et bornés que nous ça ne devait pas exister.


- Pourquoi t’arrives toujours à me mettre les nerfs en pelote. T’es le seul en plus …

Je soufflais pour décompresser et retrouver un certain calme apparent tout en écoutant Adam m’énonçait son plan pour sortir d’ici sans trop de problèmes. Mmm, non mais voyons ! Moi ? Me faire des idées ? C’est quand même bizarre que ce soit toujours les mecs qui sortent cette phrase quand il s’agit de coller une nana et tout bien tout honneur … Je suis blonde, mais quand même ! Je sortis ma lampe de la poche de mon blouson pour la diriger sur lui, en pleine figure. Son petit coucou de la main et sa grimace ne me firent même pas broncher.


- C’est trop d’honneur de me protéger, mais t’a pas besoin de me coller non plus aux fesses, ni prendre autant de risques.

Je pivotai, toujours accroupie, sur moi-même alors qu’il s’était légèrement redressé, dos vouté, car la galerie était trop basse pour sa stature. Il n’y avait de toute façon qu’un seul chemin, celui par lequel j’étais arrivée jusqu’à lui.


- Ok, je ne te listerai pas toutes les crevasses, les fissures, les trous qui se trouvent sur le chemin, tu les connais aussi bien que moi. On y va … tout doucement.

Ce n’était pas ce qui pouvait avoir sous nos pieds qui m’inquiétais. C’était ce qui se trouvait de chaque côté de la galerie. Je me redressai presque totalement. J’étais plus petite que lui et j’arrivai à me faufiler n’importe où. Comme j’avais fait pour venir jusqu’à lui, j’avançais avec beaucoup de précautions. Le faisceau de ma lampe nous guidait et je sentais Adam dans mon dos, avançant de la même façon que moi. Je voyais le bout de la galerie. Nous y étions presque, mais soudain le sol se mit à trembler ainsi que les parois.


- Adam … soufflais-je, maitrisant ma peur.

A la seconde même où je posais mon pied, le sol se craquela. Des débris rocailleux tombaient autour de nous et même sur nous. Adam se recoquilla au-dessus de moi faisant de son corps une protection pour m’éviter la pluie de pierres.  La fissure à mes pieds se transforma en une plaie béante, nous séparant de la sortie.  Je perdis l’équilibre avec la force de la secousse. Son bras se noua autour de ma taille pour me tenir  contre lui et  m’empêcher de glisser dans ce puits sombre et sans fin. Je l’attrapai par reflexe, de ma main de libre, pour m’assurer qu’il ne le lâcherait pas.


- Il faut retourner en arrière !  

Je dirigeai ma lampe un peu partout. Le décor de la galerie venait de se transformer en une sorte d’apocalypse souterraine. Lorsque les débris cessèrent  provisoirement de pleuvoir sur nous, on recula de concert, mais le terrain était bien trop mouvant et incertain pour prendre correctement appui sur nos pieds.



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
A. Lockwood



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 149

Côté coeur : célibataire

Activité/Profession (du personnage) : Trafiquant d'armes, ancien mercenaire
avatar
Adam Lockwood
Co-Leader des Insoumis
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Sam 23 Mai - 23:03


L'enjeu dépassait cette fois nos propres querelles, et nous étions, dans cette obscurité, unis par cette même conscience. L'enjeu dépassait mes peurs, mes aversions, mes phobies, et cette conscience là croissait aussi, s'épanouissant dans l'invisibilité que nous conférait le couloir précaire du boyau. J'éprouvais une sensation nouvelle, une sorte de choc. J'avais grandi seul, même au milieu de la multitude de l’orphelinat, j'avais vécu seul même si j'avais rencontré Jeko. Il m'avait été arraché et sa disparition avait laissé un plus grand vide que tout ce que j'avais pu lui donner. Puis Logan m'avait tendu la main et offert une famille que nous avions réunie. Et voilà qu'il m'était arraché à son tour. Que cette nouvelle famille à laquelle je refusais de m'attacher, comme tous ces gens que j'avais côtoyé durant des années sans jamais accepter que je tenais à eux, risquait elle aussi de m'être enlevée, anéantie par la monstruosité d'une caste que je haïssais. Jamais je n'avais voulu m'attacher, parce que le vide est plus insupportable que tout. Il est plus facile de se passer de personnes qui n'ont pas vraiment compté. Sauf que c'était faux. Je m'étais attaché à Jeko même si je ne lui en avais jamais rien laissé deviner autre qu'une vague reconnaissance. Je m'étais attaché à Logan, même si j'avais la haine des Asariens vrillée au corps à l'époque et, je m'étais attaché à ces putains d'Insoumis! Je refusais de l'admettre, parce que l'admettre serait quelque part accepter de laisser mourir une part de moi-même, celle qui pouvait vivre des mois sans compter sur et avec autre chose qu'elle même. Je devais renoncer à cette part totalement indépendante et libre qui m'avait coûté tant de morsures que je m'étais moi-même infligé pour ne pas crier lorsque la solitude me dévorait. Qui peut savoir combien elle coûte à une homme de trente ans ? Cette liberté que j'avais gagnée au fil de mes années d'errance, j'étais sur le point d'y renoncer, juste parce qu'un groupe de parias tournait le regard vers moi espérant que je montre une voie, un salut hypothétique. Et j'étais en train de me métamorphoser dans l'obscurité, sous les yeux de cette fille qui me méprisait et qui me laissait tout sauf de marbre. C'était comme la morphogenèse d'une chrysalide. J'aurais pu jurer sentir un picotement au niveau des épaules mais j'avais vraiment jamais cru aux superhéros.

Pour l'heure je m'en prenais plein la gueule et je devais reconnaître l'avoir partiellement mérité même si ... J'hallucinais ...

- Pourquoi t’arrive toujours à me mettre les nerfs en pelote. T’es le seul en plus …

A partir de ce moment tous les mots restèrent bloqués dans ma gorge et je sus qu'ils s'accumulaient à cet endroit où allaient les non dits et jamais dits qui rejailliraient plus tard dans le carnet noir caché dans le mur.
*Je peux te retourner la question... Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Qui sait ? Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?*

- C’est trop d’honneur de me protéger, mais t’a pas besoin de me coller non plus aux fesses, ni prendre autant de risques.


* Qui colle aux fesses de l'autre ? Je vais t'apprendre quelque chose babe. Personne n'est irremplaçable, personne... Et surtout pas moi. Je crève ?  Et alors ?  Max ou Wade prendra la relève. La vie continue  quoiqu'il advienne et c'est notre seule force. La vie continue. Show must go on. Qu'on meure, qu'on perde un être cher, qu'on se sépare de cet être qui fut notre moitié trouvée, qu'on pleure un enfant, un parent... Le soleil se lève, la nuit succède au jour, le vent souffle , les cerisiers fleurissent et les pierres se dressent inexorables, sur la colline. Les barrières du jardin restent inviolées alors que notre cœur a été piétiné par les blasphèmes et qu'on a envie de hurler et de frapper à poings serrés sur les pierres angulaires de la bâtisse qui abritait notre bonheur. Tout demeure. Notre chagrin éclaire les murs un bref instant puis retombe dans l'anonymat de l'indifférence et nous devons soit quitter les lieux, soit les apprivoiser. Qu'y a-t-il d'autre que tu pourrais lire et qui puisse t'éclairer sur la vanité des lieux et des sentiments, celle des êtres et, sur le fait que tout finit par n'être ... rien. *


Bien sûr, jamais elle ne lira rien de cela, et bien sûr qui pourrait supposer que je puisse penser et écrire de telles choses ? Non, ce qu'ils attendent de moi, c'est la décision, l'action, la direction . Je ne pensais pas pouvoir conjuguer les trois ensemble avec efficacité mais tout semble s'être ligué pour réunir entre mes mains ces trois potentats. Je sais prendre des décisions. Je suis un homme d'action, et aujourd'hui, exceptionnellement, je connais la direction à suivre.

Dans les Abysses aussi, j'ai appris à avancer, à progresser malgré le terrain accidenté. Vivre dans les souterrains a été comme un parcours initiatique fidèle à mon cheminement intérieur et pourtant je sais que les pièges sont nombreux et imprévisibles. Alors que Raven me propose d'avancer, j'obtempère et bien qu'elle proteste, je me plaque contre elle. Des heures passées à percer les secrets des systèmes d'Asaria n'équivaudront jamais à mes heures passées à escalader, courir dans le vaste désert lunaire au delà des montagnes fertiles. Je souris dans le noir, à ses protestations. A sa place j'aurais sans doute formulé les mêmes. Nous nous accordâmes pour avancer et je ne pouvais rien au fait que mon corps d'homme fût une protection pour celui, infiniment féminin de Raven. "La voûte de pierre et le jardin de roses"... J'avais quelques lectures, même si j'avais passé plus de temps à cogner des poings qu'à tourner des pages. Mais mon cœur me disait que les roses avaient des épines bien plus blessantes que ne l'était le plat d'une pierre, des parfums plus envoutants que l'abrupt minéral. La force n'était pas forcément la plus grande là où elle se montrait le plus.

Le sol s'était dérobé sous nos pas et la voute nous tombait sur la tête. Nous étions les enfants maudits chassés d'un jardin pas si paradisiaque. Instinctivement, sans y penser, comme si je ne pouvais rien faire d'autre, comme si cela m'était aussi naturel que respirer, je la protège des pierres qui chutent de la voute fragilisée. Je sens néanmoins que le danger vient plus du sol qui s'effondre et peut l'engloutir, nous engloutir que du ciel. Les nappes d'eau souterraines que j'ai exploré sont partout sous nos pieds. Le plafond de ces lacs couverts est fragilisé par le temps, les secousses de la construction d'Asaria, les variations de températures générées par la pluie de feu. J'ai reconnu ce tremblement plantaire  que j'ai ressenti dans le désert extérieur sous mes rangers alors que je marchais sur un lac salé asséché. Le plafond d'une grotte est en train de céder sous nos pieds, mais nous sommes attendus à la surface . Le chemin vers cette surface s'estompe mais nous devons réfléchir à un moyen d'y parvenir. Raven propose d'aller en arrière. Je la serre contre moi en soufflant à son oreille. La Terre nous porte où et comme elle veut. Il faut l'écouter. Si nous devons aller plus profond, alors allons-y mais en prenant soin de ne pas nous blesser.

Je sens Raven hésitante à ma proposition. Peut-être n'a-t-elle pas tort si certains des nôtres sont venus nous prêter main forte de l'autre côté de l'abîme. Mais sans cela je doute de pouvoir la lancer au dessus ou faire un pont. La rivière souterraine qui a miné cette galerie mène certainement au dehors des Dômes, aux rocailles de la couronne extérieure. Là même où ma chasse m'a fait chuter dans une caverne quelques semaines auparavant. La nuit tombe et aucun des nôtres ne serait mis en danger de nous suivre mais je ne suis pas certain qu'ils nous trouvent. Alors l'inconcevable germe dans mon esprit.

- Raven... Écoute moi bien. Je vais me lancer par dessus l'abîme et m'agripper de l'autre côté. Tu passeras sur moi. Je servirai de pont et si je n'arrive pas à franchir ce précipice, tu iras prévenir les autres. Je sais que cela parait fou mais je pense que nous avons découvert le passage qui me manquait pour vous guider.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 1000

Localisation : Sous la cité
Côté coeur : J'ai heurté le plus chiant des hommes

Activité/Profession (du personnage) : Hackeuse
avatar
Raven Hunt
« Insoumise » Humaine
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Mer 3 Juin - 15:06

~~ Il y a quelques années … ~~



- Pourquoi te caches-tu ? Tu ne crains rien ici, personne ne te fera du mal. Sors de ta cachette, je sais que tu es là.

Je n’étais pas vraiment maligne, je le savais et j’avais encore énormément de choses à apprendre de la vie. A la voix de celui que je considérai à la fois comme mon sauveur, mon mentor et comme la seule figure paternelle que j’avais encore, je me redressai du coin sombre où je m’étais faufilée.

- Tu m’as dit de chercher quelque chose qui serait utile à tous ces gens, mais je ne sais rien faire. Tu crois que je vais retourner là-haut avec tous ces soldats qui patrouillent partout ? Finir sur le marché aux esclaves ?

- Non, tu n’y retourneras pas, je t’ai fait une promesse Raven.  Jamais je ne te laisserai aux mains de ces individus.  J’ai une grande confiance en toi, je sais que tu arriveras à trouver ta place parmi les Insoumis.

Je soupirai nerveusement. Je ne savais pas d’où lui venait cette franchise et cet espoir en moi alors que je n’étais que simple humaine ayant grandi dans les quartiers miséreux de la cité. Timidement, je lui tendis un objet qui avait cessé de fonctionner et auquel il semblait y tenir pour l’avoir vu tenter à plusieurs reprises de le bricoler.

- Tiens, je ne savais pas quoi faire pour te remercier de ton soutien et de ton aide, Joshua, alors j’ai arrangé ton vieux poste radio.

- C’est toi qui as fait cela ? Toute seule …

Je haussai les épaules, perplexe devant son questionnement.

- Oui … Pourquoi ?

- Qui t’a appris à faire cela et que sais-tu faire d’autres ?

- C’est mon père. Ma mère voyait cela d’un très mauvais œil qu’il m’apprenne ce genre de choses : bidouiller des câbles, des fils électriques, travailler sur un vieil ordinateur qui était encore plus vieux que la cité et même mettre les mains dans un moteur de voiture ou de moto.

Joshua ouvrit de très grands yeux tout en me détaillant. Une lueur presque étincelante passa dans son regard.

- Viens avec moi, je crois que j’ai ma petite idée te concernant.

Surprise, je le suivis sans un mot jusqu’à la limite du village souterrain. Nous montâmes des marches taillées dans la roche même, peut-être à cause des passages incessants des Insoumis. Tout en haut, il y avait un grand rideau épais qui servait de porte, protégeant une pièce particulière qui n’avait rien à voir avec les autres abris. A l’intérieur, il y avait du matériel informatique et poussiéreux. Personne n’avait dû mettre les pieds ici depuis plusieurs mois.

- Logan avait un grand projet pour les Abysses et  Crowley, un Asarien avait récupéré tout ce matériel, mais il n’a pas pu aller au bout de ce qu’il désirait en faire. Il a été tué lors d’une mission. Oui, Raven, même les Asariens ont aussi leur limite. Ils ont le pouvoir de se régénérer grace aux propriétés de leur sang, mais contre une blessure mortelle, ils ne peuvent rien faire quand celle-ci touche un organe vital. Que vois-tu dans cette pièce ?

- Beaucoup de matériel qui n’a plus servi depuis pas mal de temps. Ça marche encore ?

- A toi de me le dire ? Les branchements n’ont jamais été faits. Le matériel a juste été posé là. Crowley n’a jamais pu finir. Essaye de faire marcher au moins un ordinateur  et si tu as besoin d’équipement supplémentaire, dresses-en une liste. Je me débrouillerai pour l’avoir.

- D’accord, je veux bien essayer, mais je ne suis pas certaine de …

- Non Raven, je ne veux pas entendre cela … Non …
~~ Fin de flashback ~~




- Non …  soufflai-je dans un murmure. Les mots ne parvenaient pas à franchir mes lèvres, et je restai là figée devant le trou béant qui s’agrandissait devant nous et qui nous séparait de la sortie. Une rivière souterraine avait repris son droit et son lit s’amplifiait petit à petit. Nous ne pourrions pas rejoindre l’autre côté. Cela devenait problématique, mais de là à ce qu’Adam se jette pour tenter de faire une sorte de pont avec son corps, cela m’était impossible de penser à ça …

- Non … repris-je tandis que les tremblements secouaient nos jambes, pas très stables. Le faisceau de ma lampe torche allumait le décor cauchemardesque qui se jouait devant nous et de ma main de libre, je m’étais agrippée au bras d’Adam qui me ceinturait contre lui.

- Non ! Affirmai-je cette fois-ci avec plus d‘énergie comme si j’avais peur qu’il ne m’entende pas avec tout ce vacarme autour de nous. Le sol cédait et on dut reculer d’un mouvement commun pour éviter de glisser au fond de l’abime. Je ne sais pas combien de temps on tiendrait ainsi, mais je ne le laisserai pas faire cet acte complètement insensé même si c’était courageux et héroïque. Je tournai mon visage sur le côté, rencontrant son regard.

- C’est bien ça ! C’est totalement fou ! Tu crois que je vais accepter ça ? Non ! Ne me dis pas que tu es remplaçable, que chacun l’est, qu’après toi, quelqu’un prendra la tête du groupe ou je ne sais quoi d’autre … Je me fous de ça … Je suis venue te chercher, toi, pas celui qui a un titre sur les épaules, ni des responsabilités, mais toi, uniquement toi … et on va rentrer ensemble. Je ne peux pas te laisser … Alors, soit …

Les vibrations se firent plus violentes. La pluie de pierres nous mettait en danger, surtout Adam qui se faisait un point d’honneur à me protéger de chaque chute.

- Soit … on saute dans cette rivière. Elle nous transportera où elle veut, mais au moins assez loin d’ici … ou alors … on continue à s’enfoncer dans la seconde galerie, dans notre dos. On trouvera bien une ramification qui nous ramènera à notre village.

Je ne savais pas jusqu’où les tremblements avaient atteint les galeries. Peut-être que toutes celles avoisinantes étaient aussi instables que la nôtre.

- Si tu veux qu’on plonge, va falloir me lâcher … et me laisser plonger la première …

Je n’avais jamais été très forte, je connaissais mes failles, mais je ne les montrais guère voir même pas du tout. Oui, j’avais la trouille de sauter dans cette rivière même si c’était certainement le choix le plus logique que de nous engouffrer dans la galerie et continuer à nous recevoir un déluge de rochers. Adam pourrait recevoir un mauvais coup.

- Prêt ?

Finalement, j’avais fait mon choix avant qu’il ne prononce le sien… J’éteignis ma lampe. Elle ne me servirait à rien dans l’eau, je la glissai dans la poche de ma veste tout en sachant qu’elle ne résisterait pas à  la traversée. Nous étions alors plongés dans le noir. Étrangement l’eau reflétait  une légère lumière et l’on pouvait deviner en contre bas sa trajectoire. J’avançai un pied au rebord … prête à sauter avec lui.



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
A. Lockwood



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 149

Côté coeur : célibataire

Activité/Profession (du personnage) : Trafiquant d'armes, ancien mercenaire
avatar
Adam Lockwood
Co-Leader des Insoumis
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Sam 27 Juin - 20:34



Certains moments dans l'existence, dans la vie d'un homme, prennent une dimension différente, comme si le temps se figeait ou s’accélérait soudain. Les personnes en présence semblent alors évoluer dans un espace distinct de tout ce qui les entoure. J'avais déjà vécu ça quand j'avais du abandonner Jeko sur le toit, quand Van Brënner avait refermé ses griffes sur moi. Je me souvenais encore de chaque seconde de cette fin de soirée: la couleur du ciel à travers l'arc de verre du Dôme, le goût de poussière métallique que j'avais sur la langue après avoir tiré deux longueurs de cartouchières de l'AK, les gestes brutaux des Miliciens qui me plaquaient au sol. Tout s'était déroulé dans une sorte de chaos ralenti. Juste avant, il y avait eu cette sensation de fourmillement dans les doigts quand je les avais vu débouler sur le toit de l'immeuble. Les sbires du Lion. J'aurais pu tous les dégommer un par un, sans bavure, si j'avais été placé sur le toit d'en face. Mais Jeko m'avait demandé de rester auprès de lui pour apprendre encore de son dernier coup. Si j'avais assuré ses arrières du toit d'en face ... Si... si... Il y avait toujours trop de si dans la vie d'un homme en cavale.

Je fermai les yeux et rappelai en moi l'essence de ce qui me définissait: un survivant au milieu des cadavres des siens. Survivre ... Je pris conscience que cela passait cette fois-ci par la survie d'autre que moi. Par sa survie à elle. Revenir vers les Insoumis sans elle, revenir à la surface sans elle, n'était pas une option et pas seulement parce que j'étais un sale macho qui considère les filles comme des poids morts et des fardeaux mais aussi comme des choses fragiles qu'il faut protéger et sauver malgré qu'elles nous empoisonnent la vie. Non, pas seulement! D'abord parce que j'avais eu largement le temps de constater depuis que j'étais dans les Abysses que les filles n'étaient pas toujours des poids morts et des fardeaux et quelques fois des choses si fragiles. Tout dépendait du péril. Je les voyais maintenant assez comme les scorpions des terres arides qu'on peut écraser d'un coup de ranger mais qui résistent mieux aux radiations que les Hommes. Les filles étaient parfois coriaces, plus que les mecs. A quoi cela tenait-il ? Je l'ignorais. Peut-être que la perspective de nous mettre minables les motivait tellement qu'elles s'accrochaient comme des teignes à leur idée. Toujours est-il que je m'étais  appliqué durant ma vie à leur donner l'égalité qu'elles demandaient avec tellement de véhémence que c'en était presque ridicule. On nous rebattait les oreilles avec les mecs machos par-ci, les mecs machos par-là. Mais il fallait voir avec quelle furie ces nanas revendiquaient d'avoir un vagin et des seins à chaque détour de conversation un peu stratégique. Comme si cela leur donnait droit à des tarifs réduits ou des places V.I.P. pour le dernier baston au programme. En quel honneur ? Pourquoi devrait-on prendre le risque de perdre face à l'ennemi sous prétexte qu'elles devaient se mesurer à nous ? Oui et alors ? J'avais des couilles et une bite, une masse musculaire génétiquement supérieure à la leur. Il n'y avait pas de quoi battre un chat. Je n'en faisais pas étalage dans chaque conversation. J'étais ce que j'étais. Qu'est ce que j'y pouvais ? Si elles attendaient que je me les coupe pour rendre les choses plus équitables et les contenter, elles pouvaient se rhabiller, façon de parler. De toute façon pour ce qui était de les contenter, il fallait mieux que je garde tout.

A part Alexandra et Kyra avec lesquelles je pouvais parler sans passer pour un débile musculeux, je me servais rarement de mon cerveau pour entrer en contact avec les femmes, enfin, si on admettait que j'avais un cerveau ailleurs que dans le froc. Avec Raven, ça avait immédiatement été la symphonie en sous-sol avec tous les couacs que cela suppose. Je ne me souvenais que trop bien du jour où Logan m'avait rapidement présenté. Cet enfoiré devait se douter qu'il marchait sur mes œufs.

-Raven, notre nouvelle recrue au poste de surveillance et de communication.

Je crois que j'étais resté d'abord totalement impassible, immobile en l'écoutant et que lorsqu'il m'avait ensuite présenté à elle j'étais déjà à moitié sorti de la pièce. C'était un des paradoxes du sniper qui avait toujours fasciné Logan.

- Bon sang, comment tu fais Adam ? Un instant on pourrait croire que tu respires plus et l'instant d'après tu as glissé ailleurs. Et tu es même pas un ...


- Asarien, je sais... C'est peut-être justement parce que j'en suis pas un que je sais que j'ai pas tout le temps devant moi et quand je dois me faire oublier.

Logan avait donc fini son speech à Raven sans moi et Dieu seul savait ce qu'ils s'étaient dit ce jour-là et comment il m'avait présenté à elle. Je m'en foutais à ce moment-là. Lorsqu'on s'était retrouvés lui et moi en dehors du poste de surveillance je l'avais laissé continuer sur les éloges "et Joshua avait dit que et bla bla et Joshua pensait que ..." J'avais gardé le silence jusqu'à l'entrée de l'armurerie dans laquelle j'avais réussi à amonceler un sacré arsenal. Je cherchais à l'époque un second fiable pour inventorier les armes et le stock de munitions leur correspondant. Je savais que la gestion des stocks de l'armurerie était un des points vitaux de la survie, voire de la vie future des Insoumis. Je n'avais pipé mot jusqu'aux portes blindées de l'ancien central électrique du métro que j'avais choisi comme lieu de stock, justement à cause de son blindage. Logan sentait ma réprobation pour son opinion au sujet de Raven et il devait la sentir d'autant mieux que j'étais un putain d'Humain et lui un enfoiré d'Asarien.




J'avais ouvert les portes blindées et Logan avait émis un long sifflement entre ses dents, un de ceux qu'on accordait plus volontiers à un char blindé qu'à une femme bien carrossée.

- Mais c'est que tu as de quoi faire péter toutes les Abysses et De Nephthys et ses carottes, espèce de pelure d'humain !

J'avais eus un petit rictus en forme de sourire au coin des lèvres. Les carottes, c'était les gratte-ciels des Anciens, tour gouvernementale et immeubles privés des grosses légumes industrielles d'Asaria: Stark, Wright, Hawkins, Huyana. Jeko disait qu'ils faisaient tous un concours phallique avec leurs tours et que celles-ci étaient sans doute proportionnelles à la frustration qu'ils ressentaient en utilisant leur anatomie. Avec Logan on avait souvent plaisanté et ri du fait que nous vivions pour notre part six pieds sous terre et que si on suivait la logique de Jeko, on était des mecs contents de la dotation de mère nature.

- Ouais, et bien rangé s'il te plait ! J'ai passé mes soirées de quartier libre à les trier. En revanche, tu me connais,  les nombres et moi ... Faudrait quelqu'un qui dresse un inventaire ... J'allumais une cigarette que je venais de me rouler. T'inquiète, y a même pas une trace de poudre par terre, je te dis. Je suis un maniaque ... Pas un gamin. Moi !

- Adam, tu vas pas commencer ... J'ai senti que la gamine te revenait pas, dès la première minute où je te l'ai présenté.

J'avais haussé le sourcil en mâchouillant ma clope.

- Sérieux ? T'as vu le bordel dans son trou ?  Enfin, je veux dire, toutes ces bécanes à moitié désossées... On dirait la chambre d'un pré ado goth.


Logan avait haussé les épaules, lui.

- C'est le principe! Elle démonte pour récupérer, réparer puis assembler ce qui peut l'être. Elle est très douée tu sais ...

- Pour mettre le boxon dans les Abysses ? J'en doute pas !


- Tu te trompes et je vais te le prouver! Ton inventaire, c'est elle qui le fera avec toi et elle te créera un logiciel de gestion des stocks sur mesure Monsieur le sceptique !


J'avais ouvert des yeux ronds.

- Cette fille-là dans mon armurerie ? Jamais... Elle va tout déranger. Je vais rien retrouver ...


Mais Logan avait tenu bon et il avait demandé à Raven de mettre au point ce logiciel de gestion et de venir me trouver pour ce faire afin de recueillir mes souhaits en la matière. Je lui avais fait faux bond ce jour-là, prétextant une sortie urgente qui n'était qu'une demi vérité. J'aurais pu me faire remplacer pour inspecter les canalisation d'eau détournées que nous utilisions pour nous alimenter. J'avais préféré y aller moi-même et laisser un de mes gars avec un papier signé de ma main "Je veux un logiciel qui compte en temps réel la quantité de chaque munition qui nous reste en stock et qui détermine en fonction de cela , les armes encore opérationnelles et celles inutilisables du fait de l'absence de leurs munitions. "

Elle avait commencé par répertorier les armes avant les munitions ce qui m'avait fait la ranger dans la catégorie des connes définitives, dès mon retour. Je m'étais gardé de le lui dire estimant qu'ainsi Logan se rendrait compte par lui-même de son erreur et la renverrait en cuisine. Mais il l'avait approuvée en disant qu'il fallait commencer par rechercher des munitions pour les armes qui n'en avaient pas et pouvaient nous aider avant de dépenser en utilisant celles que nous avions. Selon lui, nos deux angles d'attaque avaient leurs avantages et leurs inconvénients et se complétaient.


¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

Je me souvenais de tout cela aujourd'hui, à ce moment précis. Pourquoi ? L'inventaire n'avait jamais été réellement achevé, victime de nos querelles incessantes. Nous nous arrangions, elle comme moi, pour le repousser aux calendes grecs, ce qui était facile étant donné le nombre de tâches autres que nous pouvions avoir à traiter en priorité. Il faudrait qu'on achève cet inventaire quand on aurait déménagé... Si on arrivait à déménager ...

Mais pour l'heure, elle proposait de sauter dans le gouffre alors que j'entretenais encore l'espoir de la ramener vers les autres. Si je m'étais trouvé seul dans cette situation, la curiosité m'aurait sans aucun doute imposé de sauter aussi. Mais avec elle, j'avais essayé d’échapper à cette prise de risque que je trouvais trop grande. Ce faisant, j'avais échafaudé un plan totalement farfelu et peu viable, je m'en rendais compte à présent. Quand bien même j'arriverai à attraper l'autre bord du gouffre de mes mains et à lui permettre de passer de l'autre côté en rampant sur moi, rien ne garantissait que l'autre bord n'allait pas s'effondrer dans la rivière lui aussi et qu'elle parviendrait à franchir l'éboulement qui bloquait la sortie de la galerie. De plus, il était plus qu'évident que ce plan ne me permettrait pas de passer de l'autre côté et de la protéger pour la suite. C'était ce que Jeko appelait un plan au rabais qui sacrifiait la moitié des troupes. Je pris conscience que quelque chose de très perturbant avait dû me mener à élaborer une stratégie aussi foireuse et que ce paramètre c'était "la sortir de là". Sauf que sans moi, il y avait très peu de chances qu'elle regagne la galerie principale. Qui pouvait savoir ce qui s'était effondré de l'autre côté du gouffre ? Il était presque certain que j'allais tomber dans le gouffre en servant de pont. Finalement cela revenait à l'abandonner face à l'éboulement alors que je prendrais la seule porte de sortie encore envisageable: le gouffre. J'avais foiré mon estimation de la situation et ma sélection de la solution. J'avais merdé. Comment était-ce possible que je me sois trompé à ce point ? La réponse se tenait contre moi.

Et elle avait déjà pris sa décision. Penché sur le gouffre, son visage était éclairé par  l'eau qui avait des reflets luminescents entre vert et turquoise dans l'obscurité. Je hochai la tête en signe d'accord mais je soufflai:

- Attends ! Laisse nos yeux s'habituer à l'obscurité. Tu as vu cette sorte de lumière ? C'est le fluor contenu dans l'eau qui réagit avec le sodium. Dans l'océan, quand on se baigne la nuit... ça fait pareil... Les vagues font des étincelles de lumière. Cette rivière doit se jeter dans l'océan...

Je resserrai mon étreinte pour murmurer à son oreille.

- Raven, il faut que tu prennes une grande inspiration avant de sauter. Si on n'a plus de surface où émerger, il ne faudra pas t'affoler mais contrôler ton expiration  le plus possible. Si on peut refaire surface, notre corps le fera naturellement. Pas besoin de gaspiller de l'énergie pour cela. Mais peut-être que le plafond de la rivière peut se rabaisser. Quand cela arrivera, essaie de prendre une grande inspiration si tu peux avant de t'immerger à nouveau. Tu as déjà fait de la plongée en apnée ?  Accroche toi à moi et suis moi quoi qu'il arrive! C'est d'accord ?

Je m'efforçais de maîtriser mon rythme cardiaque afin de me préparer à l'apnée. C'était la seule option qui pouvait nous sauver plus surement. Je fermai les yeux et inspirai lentement, puis expirai. L'air poussiéreux de la cavité effondrée n'était pas le meilleur pour ouvrir toutes les alvéoles de ses poumons mais il fallait faire avec.

- Une dernière chose, Raven. Je ne sais pas combien de fois tu sortie des Dômes mais dehors il y a d'autres dangers. Regarde où tu mets les pieds. Et attends moi avant de partir à l'aventure. Je sais où nous devons aller....
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 1000

Localisation : Sous la cité
Côté coeur : J'ai heurté le plus chiant des hommes

Activité/Profession (du personnage) : Hackeuse
avatar
Raven Hunt
« Insoumise » Humaine
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Lun 29 Juin - 16:14


La lueur de l’eau en contre bas avait un effet fascinant sur moi malgré le chaos qui régnait autour de nous, de ces tremblements et ces chutes de pierres qu’on recevait par intermittence, plus lui que moi puisqu’il avait décidé de me protéger de son corps. Des souvenirs affluaient et se dessinaient, se matérialisaient devant mes yeux : de mes premiers échanges avec Joshua, à la non présentation officielle avec Adam que Logan avait souhaitée, mais qui n’avait jamais abouti. Déjà, nos deux personnalités s’entrechoquaient, se heurtaient et s’éloignaient pour éviter toutes prises de têtes. Je ne savais pas pourquoi tout me revenait soudainement, avec une telle force, avec une telle réalité, claire, parsemée de détails. C’était peut-être ça qu’on ressentait quand on était tout proche de la mort et qu’on flirtait avec elle.

Son souffle effleura le creux de mon oreille et je l’écoutais sans pouvoir prononcer de mots, sans répondre. Si j’avais déjà fait de la plongée en apnée ? Non jamais … Etait-ce vraiment nécessaire de le lui dire ? De lui dire que je ne survivrai peut-être pas à cette chute dans l’eau, à ces mouvements qui nous pousseraient hors de ces galeries ? Non, il n’avait pas besoin de le savoir. Ne pas l’inquiéter à mon sujet et lui démontrer que j’étais prête à sauter dans cet abysse bleuté. Adam aurait plus de chance que moi de suivre les flots et de parvenir dans l’océan. Et moi … aucune idée… Le néant m’attendait surement.  Malgré cela, j’écoutais ses recommandations. Je fermai mes yeux, essayant de calmer les battements erratiques de mon cœur, apaiser ma respiration devenue beaucoup trop saccadée. Je hochai la tête, seul signe de ma part que j’avais été attentive à ses paroles. Je le suivrai et je m’accrocherai à lui … si j’y arrive … si le courant ne devient pas problématique pour moi. Sa vie est plus précieuse que la mienne. Les Insoumis ont besoin de lui. Camille sera là pour me remplacer et puis nous étions entrain de former un autre Insoumis pour bosser avec nous au poste de surveillance. La seule chose que je regrettais,  c’était de n’avoir jamais confié à personne à part Logan que j’aimerai être enterrée auprès de Joshua, dans les terres sauvages … Mais à quoi bon … on ne retrouverait peut-être pas mon corps.

Je devais y aller, c’était maintenant ou jamais. Je mourrais de trouille. J’avais envie de crier, de pleurer, de hurler, mais je devenais tenir bon. Il resserra son étreinte autour de ma taille et ce n’était pas le moment de laisser ma peur m’envahir et faire demi-tour comme une gamine, renoncer. Je commençai à respirer et inspirer pour me préparer à sauter. Ma main tremblante, sur son bras, trahissait ma frousse, et je parvins avec tout mon courage à lui faire lâcher la prise autour de mon corps. Ne pas m’affoler et contrôler mon expiration  le plus possible m’avait-il expliqué. En tournant légèrement mon visage, ma joue caressa la sienne.

- On se revoit … en bas ou ailleurs …

Je pris une grande inspiration, je bloquai l’air dans mes poumons et je me lançai dans cette rivière, les yeux fermés, qui longeait la galerie. Mon corps plongea dans la lumière ondulante, ouvrant de nouveau mes prunelles sous l’eau pour apercevoir Adam qui m’avait suivie de prêt en plongeant à ma suite. Sans perdre de secondes précieuses, il m’indiqua la voie à suivre de la main et on se laissa porter  par la danse de la rivière. Par moment on pouvait reprendre notre air et remonter légèrement à la surface. Il faisait en sorte de nager près de moi ou devant moi, mais jamais très loin. A chaque fois, c’était un répit que le destin ou la chance nous accordait, car nous voyagions à l’aveugle. Ma peur, c’était de ne plus avoir d’air, de me noyer, de ne plus trouver le moyen de retrouver un semblant de surface. Je ne devais pas penser à cela au risque de perdre la maitrise sur ma respiration sous l’eau.

Le remous se fit plus fort, plus vif. Le lit de la rivière paraissait se resserrer et des rochers sortaient de l’eau, qu’on devait éviter et contourner. C’était aussi le moyen de pouvoir souffler et  nous accrocher à eux pour récupérer un peu avant de repartir dans ce flot inconnu. Du bout des doigts, je pouvais toucher  le plafond, mais je ne ressentais ni j’entendais les tremblements qui nous avaient secoués un peu plus tôt. Je passai ma main dans mes cheveux pour lisser mes mèches en arrière, croisant le regard d’Adam qui me fit signe que c’était le moment de continuer. Il n’y avait aucune nouvelle lumière, rien qui nous indiquait qu’on approchait de la sortie. L’eau luisait toujours autant, juste pour nous éclairait un peu autour de nous, mais pas pour voir au-delà.  Alors, il était préférable de nager sous l’eau que de rencontrer des rochers et se heurter à eux. On inspira en même temps et on replongea de nouveau, nageant le long de cette rivière interminable.

De longues minutes étaient passées, une heure ? Nous n’avions plus la notion du temps tant nous étions concentrés sur la maitrise de notre air et de rester en vie. Un bruit sous l’eau se fit de plus en plus présent, quelque chose que je n’arrivai pas à définir. Adam attrapa ma main  et me fit signe d’écouter plus attentivement, d’arrêter de nager. On comprit trop tard ce qui nous arrivait. Le lit de la rivière se jetait ou rejoignait une rivière encore plus grande et la force de l’eau nous projeta en avant. Je perdis tout contact avec Adam, même visuel. C’était le moment de mettre en pratique tout ce qu’il m’avait dit avant de sauter : ne pas m’affoler, maitriser mon air pour en garder un maximum, mais je sentais mes forces m’abandonner, ballotée au grès de l’eau et de sa puissance. La rivière me recracha dans une immensité d’ombres et de lumières. Je voyais au-dessus de ma tête quelque chose brillait et qui guidait  mes mouvements. Je me rendis à la surface pour me rendre compte que c’était …


- La lune … LA LUNE !!  Adam !

Je tournai sur moi-même l’appelant de nouveau, encore et encore dans une supplique, une prière, un espoir… un désespoir, mais je ne le voyais pas, tapant sur l’eau de mes bras avec l’énergie qui me restait et cette colère matinée de tristesse et d’épuisement. Non, non, il était là quelque part ! Rien ne lui était arrivé.

- Adam !! ? Adam !!

J’entendis dans mon dos une agitation tout en me retournant  vivement pour l’apercevoir sortir de l’eau. Je  n’avais jamais été aussi contente de le voir qu’à cet instant. Mon soulagement glissa sur mes lèvres. Je finis par m’approcher de lui, épuisée et frigorifiée,  passant mes bras autour de son cou pour le serrer contre moi.

- On a réussi Murmurai-je à son oreille.

Je savais qu’il nous restait encore du chemin à faire pour rejoindre les Abysses, regagner la terre ferme et faire face aux dangers de la nuit, mais nous étions vivants tous les deux et c'était l'essentiel à mes yeux à ce moment-là.



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
A. Lockwood



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 149

Côté coeur : célibataire

Activité/Profession (du personnage) : Trafiquant d'armes, ancien mercenaire
avatar
Adam Lockwood
Co-Leader des Insoumis
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Sam 8 Aoû - 18:49




Un sentiment indescriptible m'envahit durant le quart de seconde où je la vis disparaître dans les flots de la rivière souterraine après avoir été si proche d'elle, physiquement et moralement, liés par la peur et l'épreuve que nous traversions. J'avais senti contre ma joue le contact de son visage dont la peau douce avait dû se piquer sur ma barbe de quelques jours. Je n'étais pas un modèle de glamour comme mec, ni du genre à passer deux heures devant le miroir. Je me souciais plus d'entretenir ma forme physique, plus utile à ma survie et à celle de notre communauté, que mon apparence. Je n'allais pas faire un défilé de mode la semaine prochaine après tout. En revanche, j'étais à cheval sur l'hygiène que ce soit me concernant ou avec les Insoumis qui faisaient partie de mon équipe. Or de question de sortir avec des types qui reniflaient le rat mort. L'odorat asarien étant généralement sur développé, c'était exposer tout le groupe à être repéré. Pour la même raison, je ne mettais jamais d'after-shave en mission. Ça, c'était Jeko qui me l'avait appris. Se parfumer pour plaire aux gonzesses ou ne pas se faire trouer la peau, il fallait choisir. Je n'étais donc pas très coquet comme mec. Mais je me prenais un bain intégral tous les deux jours dans une rivière à l'extérieur. C'était un luxe que les Insoumis asariens ne pouvaient pas se permettre à moins d'aller prendre un bain de minuit et bien souvent c'était eux qui cocottaient le plus dans les Abysses. Ce constat était un sujet de plaisanterie inépuisable entre Logan et moi... Lui me traitant d'ours mal léché et moi lui donnant du bouc puant. Le rasage était donc laissé au hasard des opportunités chez moi, c'est à dire si je n'avais pas plus urgent à faire pour la communauté. A peine faisais-je un effort lorsque j'avais prévu d'aller aux putes à l'Underworld. En revanche, j'étais certainement le mec le plus propre corporellement dans tout le dôme humain. Mais à cet instant, j'avais l'impression de puer la peur. Je la tenais contre moi, nos souffles, nos battements de cœur se mêlant, et l'instant d'après, elle m'avait glissé des bras, comme une anguille. C'était tout Raven. Insaisissable et impossible à tenir en place. Un vrai tourbillon de paroles et de mouvements.

Comme je l'avais redouté nous fûmes séparés à un moment donné, même si j'avais essayé de ne pas la perdre de vue. J'espérais que nous nous retrouverions en bas. L'enfer pouvait attendre et je n'étais pas certain qu'elle le mérite même si elle pouvait se montrer infernale. Elle avait les mains propres et l'âme pure. Une vraie chieuse quoi. Moi ... moi, j'étais tout le contraire. Les mains pleines de sang et de mœurs légères. J'avais donc tout à fait ma place dans l'autre en bas, plus bas que celui où nous devions émerger. Je ne croyais en rien de particulier, ni foi, ni loi, juste qu'on a toujours le choix. Chaque pas accompli relève d'un choix, ne serait-ce que celui d'avancer au lieu de s'asseoir et d'attendre que le néant finisse par nous engloutir. Mais je pensais qu'il devait exister quelque part un lieu où on finissait par payer l'addition. Peut-être bien dans ma propre tête, ce lieu. Un jour je me retournerai sur mon passé et je me présenterai la note à moi-même. Au seuil de la mort, on se retrouve seul, face à soi-même et on est parfois notre pire juge. Si la justice était dans l'ordre naturel des choses, si la vie elle-même était juste, Raven devait survivre, moi pas nécessairement, même après tout le laïus qu'elle m'avait fait sur les Insoumis qui comptaient sur moi. Seulement, elle, elle ne pourrait pas s'en sortir dehors sans moi, retrouver son chemin, c'était certain. Elle serait une cible toute trouvée pour la première patrouille de la Milice Humaine de Von Brënner. Elle n'était pas une guerrière, pas encore, mais il faudrait penser à y remédier. J'étais donc nécessaire à sa survie dans ce contexte. Ainsi va la vie, parfois les bonnes âmes ont besoin des salauds pour les aider à s'en sortir.

En l’occurrence, c'était terriblement de ma faute, si elle se retrouvait dans cette situation. Elle s'y était mise toute seule, certes. Mais cela ne lui serait jamais venu à l'idée si elle n'était partie à ma recherche parce que je brillais par mon retard à la réunion que j'avais moi-même convoquée. Ainsi cet instant de faiblesse, durant lequel je m'étais isolé et laissé aller à chialer comme une fillette pouvait lui coûter la vie. Ça ne me plaisait pas du tout d'en prendre conscience immergé dans une rivière souterraine, entrainé par un courant diabolique et alors qu'elle venait de disparaître de mon champ de vision, dans les rapides où se jetait enfin la rivière. J'avais juste eu le temps de rejoindre Raven pour l'avertir du danger annoncé par le grondement sourd de l'eau. Elle fut emportée bien plus vite que moi dans la chute. Je fus happé à mon tour. La rivière devait se déverser dans une autre à flanc de ravin. Asaria avait été construite sur les premiers contreforts de la grande chaine de montagne qui coupait le continent en deux. Je plongeai au fond, emporté par un tourbillon de bulles d'air qui se comprimaient et essayaient comme moi de remonter à l'air libre. Mais j'avais beau donner des coups de rein et nager pour avancer plus vite et remonter, c'était physique : le poids de mes chaussures et de ma carcasse ne m'aidait pas. A un moment ma tête heurta un rocher immergé et tout devint confus dans mon esprit. La première gorgée d'eau que j'avalai me rappela à l'urgence de remonter à la surface. Mes poumons me brulaient, tant par manque d'oxygène qu'à cause de l'eau qui s'y était infiltrée. Dans un ultime effort je fis enfin surface dans un borborygme épouvantable. Raven, plus légère que moi, avait dû être ballotée comme un fétu de paille en surface durant la majorité du parcours, tandis que je me rappais les genoux, le dos ou les fesses dans le fond du lit de cette rivière souterraine, me cognant contre les parois et les rochers du fond pour finir par m'assommer au fond du trou où elle chutait. Quand je vous disais que les filles sont plus coriaces et adaptées que nous parfois. J

Je dus bien m'avouer que j'étais aux anges de la retrouver en surface et visiblement le moulin à paroles toujours aussi actif. Tout allait bien! Ouf! Je me serais bien passé de la démonstration d'affection intempestive que j'aurais certainement tempéré immédiatement si je ne venais pas de prendre un coup sur la tête. Elle devait le sentir, je vous le dis ! Des vrais scorpions ces femmes. Elles s'engouffrent dans chaque faille. Et c'est un autre gars tout couillon que j'entendis parler avec ma voix.

- Oui, on a réussi. Tu as de la ressource. C'était vraiment chaud... Enfin, pas gagné d'avance, je veux dire...


Ce même couillon haletant restait collé à elle qui avait passé les bras autour de son cou. La lune jouait sur son visage et le bout de son nez de façon rigolote mais surtout donnait un éclat particulier à ses yeux clairs et le pauvre type ne pouvait s'en détacher Et ça lui faisait tout chose dans le dos. Le bas du dos particulièrement.

Soudainement très embarrassé, je me ressaisis et la repoussais gentiment mais fermement.

- Il faut qu'on sorte et que je te fasse un feu dans une grotte, sinon tu vas attraper la mort plus sûrement que si tu t'étais noyée dans ce rapide.

D'ailleurs, si je me fiais aux étoiles, la grotte dans laquelle j'étais tombé lors d'une de mes explorations, et qui regorgeait de matériel poussiéreux n'était pas très loin. J'avais vaguement pensé, avant de sauter dans le gouffre, qu'on pourrait s'y réfugier et cela se confirmait. Elle hocha la tête, sans me contrarier pour une fois. Il faut dire que le claquement de ses dents aurait prouvé sa mauvaise foi si elle m'avait dit "Froid, moi ? Jamais !" Je lui fis signe de regagner la rive à la nage d'un geste du menton tandis que je ne bougeai pas d'un poil dans l'eau. J'avais conscience que cela faisait très louche alors je me mis à nager sur place pour donner le change.  Pour une fois je maudissais le chien en rut qui était en moi. Impossible de sortir de l'eau dans cet état... J'avais une de ces gaules ...

.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 1000

Localisation : Sous la cité
Côté coeur : J'ai heurté le plus chiant des hommes

Activité/Profession (du personnage) : Hackeuse
avatar
Raven Hunt
« Insoumise » Humaine
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Mar 11 Aoû - 18:57




J’étais ressortie la première de ce voyage aquatique. La rivière souterraine m’avait recraché hors des galeries pour me retrouver propulsée dans quelque chose de bien plus immense. Je ne compris qu’après coup que je n’étais plus à l’intérieur des abysses. Le peu de force qui me resta me servit à remonter à la surface. Je suivais des yeux le miroitement  de la lumière qui m’attirait et lorsque je pus enfin respirer à grandes bouffées, que mes poumons purent enfin profiter de l’air pur, la lune m’attendait dans tout son éclat et sa beauté. Pas un dôme au-dessus de ma tête. Les terres sauvages m’accueillaient les bras ouverts. C’est là que je pris conscience que nous étions deux au départ et que là, je pataugeais toute seule. Pivotant dans l’eau, je cherchai le moindre indice, le petit bruit qui m’indiquerait qu’Adam avait suivi la même voie. Ses mèches blondes m’apparurent de longs moments après, ou peut-être que ce n’était que quelques secondes, mais pour moi ce laps de temps avait été terrible, de ne pas savoir ce qu’il était advenu de lui.  Je nageai vers lui et je ne pus endiguer l’envie de me serrer contre lui, de passer mes bras autour de son cou. Nous avions réussi. C’était un miracle. Ma joue contre la sienne, je reprenais mon souffle. Ses mots résumés bien ce que nous venions de vivre. Je reculai un peu mon visage pour lui répondre, à mon tour, mais son regard me perturba. Il n’était pas comme d’habitude. Peut-être était-ce les scintillements de la lune qui se reflétaient dans ses prunelles ou bien la fatigue qui me jouait des tours, pourtant si ma raison me démontrait de ne pas m’emballer, c’est mon cœur qui cogna contre ma poitrine.

On peut freiner et maitriser notre esprit, on ne peut rien faire contre les réactions de notre corps qui nous trahit toujours.

Adam fut le premier à réagir et à me repousser. Soudain, le froid m’enveloppa aussi vite que les battements de mon cœur qui pulsaient d‘une façon incompréhensible. L’épuisement avait eu gain de cause et maintenant que mon corps et mes muscles se relâchaient, je claquai des dents. Du feu ! Ho oui ! C’était une très bonne idée. Je hochai la tête lorsqu’il me montra la direction de la terre ferme qui n’était qu’à quelques brasses de nous. Je me ressaisis tout en me concentrant sur chacun de mes gestes. Ne me parlez plus de baignades durant les prochains mois ! Je crois que j’ai eu ma dose pour cette nuit !

Mes pieds touchèrent le fond de l’océan, mais mes jambes ne semblaient plus vouloir me porter. Je me laissai tomber à genoux sur le sable alors que je levai ma tête vers le ciel. Les étoiles brillaient de tout leur éclat. Des petites lucioles qui nous suivaient et veillaient sur nous. C’était bien trop calme à mon gout. Je fronçai immédiatement les sourcils et je tournai la tête par-dessus mon épaule. Adam n’avait pas bougé d’un poil.


- Tu comptes jouer à la petite sirène encore longtemps ?

Il ne me répondit pas et ne bougea pas non plus. Je ne savais pas quoi en penser. Il devait certainement observer les alentours pour essayer de se repérer. En attendant que Monsieur veuille bien sortir de son bain, je retirai ma veste en molleton qui était devenue lourde et s'était gorgée d’eau. Il ne faisait pas froid, seulement une toute petite brise forte appréciable en temps normal. Mais là, dès que je fus en manche courte avec mon tee-shirt, la température nocturne fouetta ma peau déjà bien sensible et je me mis de  nouveau à frissonner. Je serrai les dents, je ne pouvais pas m’effondrer maintenant. Je devais bouger, m’activer à faire quelque chose, des gestes pour faire remonter la température de mon corps. J’essorai ma veste petit bout par petit bout avec la sensation bizarre de ne plus avoir de force dans mes mains ne de les contrôler. J’inspirai lentement pour évacuer ma peur.


- Tu sais où on se trouve ? Dans quelle partie des terres sauvages ?

Je lui tournai tourner toujours le dos et je me redressai péniblement du sable. Je posai ma veste sur un petit rocher pour lui rendre bonne mine. Je me languissais qu’on trouve un coin et qu’il fasse du feu. Je maitrisai mes claquements de dents comme je le pouvais, en ne restant pas inactive. Mais mes vêtements ne me rendaient pas la tâche facile. Je rassemblai mes cheveux sur le côté d’une épaule et je les essorai également. J’entrepris enfin à retirer mon tee-shirt et à le sécher comme je pouvais. Ne pensez donc pas que j’étais pudique ou pas. J’étais assez loin d’Adam qui trainait toujours dans l’eau, dans un recoin, près des premiers arbres, pour éviter qu’il m’observe. La fraicheur me vrilla le corps et je remis le tee-shirt aussi rapidement que je l’enlevai ainsi que ma veste. Le tissu était toujours humide et ma fatigue prenait le dessus. Je me recroquevillai sur moi-même, frictionnant mes bras.


- Adam, je commence vraiment à avoir froid.  Tu ne voudrais pas sortir de l’eau ?

Le froid s’immisçait de plus en plus, je grelotai au point que ma voix vacilla. Je voyais le bout de mes doigts bleuir lentement, signe qu’il fallait y aller avant que je fasse une hypothermie. J’avais espéré qu’en retirant le plus d’eau possible sur mes vêtements, ma situation s’arrangerait. Ce n’était pas le cas.  J’étais glacée et j’avais beaucoup de mal à garder les yeux ouvert. Ma vision changea. Je ne percevais même plus la silhouette d’Adam. Mon corps rendit les armes et je chancelai au sol, à genoux. J’avais présumé de mes forces.


- Il faut … y … aller.

Mes doigts se refermèrent sur le sable. Je me battais avec moi-même pour ne pas perdre connaissance. J’entendis le clapotis de l’eau et une présence toute proche...



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
A. Lockwood



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 149

Côté coeur : célibataire

Activité/Profession (du personnage) : Trafiquant d'armes, ancien mercenaire
avatar
Adam Lockwood
Co-Leader des Insoumis
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Mer 2 Sep - 23:25





Bon sang! Qu'est-ce qui était en train de m'arriver ?  Je merdais sur toute la ligne. D'abord ma réaction à l'annonce de la capture de Logan, puis ma fuite dans les galeries au lieu de faire face et de faire ce que tout le monde attendait de moi, c'est à dire assumer mon nouveau rôle de leader. Et là contre cette fille qui m'horripilait depuis le premier jour où je l'avais croisée, je me comportais comme un mec affamé. Ça ne tournait vraiment pas rond dans ma tête ces derniers temps. C'était tout de même pas comme si je venais de sortir des cachots de la Milice ou d'une retraite spirituelle à laquelle se livraient les membres de certaines sociétés mystiques. Niveau fringale sexuelle j'avais plutôt un gros appétit mais je me nourrissais bien. A l'Under, je n'avais aucun mal à trouver une ou plusieurs volontaires pour une nuit de beuverie et de sexe, surtout quand j'agitais quelques petits coupons de rationnement piqués aux miliciens en patrouille, ce qui était bien plus apprécié dans le Bidonville que des billets. Pouvoir manger à sa faim était le luxe le plus prisé par la population dans ce coin-là. Comment me les procurais-je ? Hé bien rien de plus simple. Les Miliciens eux-mêmes payaient les putes avec ces tickets de rationnement qui valaient de l'or pour ces filles parfois mères de famille. Certains devaient avoir leurs entrées au Ministère des Affaires Humaines et en sortir autant qu'ils voulaient. Le marché du Bidonville était littéralement inondé d'un trafic occulte de ces petits papiers bleus qui donnaient accès à des rations alimentaires calibrées dans le Dôme humain. Il fallait repérer un véhicule de la Milice en stationnement d'observation et créer une diversion. Se faire prendre avec plus de dix tickets sur soi était passible de la cour martiale pour un Milicien, car il pouvait être suspecté de trafic avec les humains, ce qui était un délit de haute trahison. Ils les planquaient donc dans leur camion militaire. Il suffisait de passer le fourgon au peigne fin. Parfois ils n'étaient pas malins et les planquaient dans la boite à gants, mais d'autres fois c'était corsé. Il fallait démonter les garnitures et les remettre en place, ce qui prenait du temps. Cela nécessitait donc une diversion de qualité. Je l'assurais en général à coup de guirlandes explosives déclenchées à distance qui les faisaient converger à pied vers la provenance du bruit. Pourquoi pas en fourgon, me direz-vous ? Hé bien parce que grâce à l'un des nôtres qui maîtrisait électrokinésie, le fourgon en question refusait de démarrer. Les Miliciens n'en menaient pas large en allant à pied sur le lieu de fusillade présumé, mais ils préféraient se faire trouer la peau que de passer sous le jugement de Van Brënner pour lâcheté. J'étais bien placé pour les comprendre. Le petit commando tickets bleus était bien rôdé, l'une de mes actions mises en place dont j'étais le plus fier. Une équipe qui tournait bien. On répartissait nos prises du mois entre tous et de façon équitable. L'idée de piquer ces petits billets de ravitaillement adoucissant la vie des habitant des Abysses me remplissait de satisfaction un peu naïve. C'était tellement peu par rapport à ce qu'il aurait fallu.

Quand on avait une bonne récolte il nous arrivait d'en "dépenser en échange de menus services" de la population du Bidonville. C'était l'un des pivots majeurs de notre marché noir avec la faune locale. Souvent, ils nous craignaient trop pour fixer les prix eux-mêmes mais il ne me serait jamais venu à l'idée de les exploiter. Je venais de là. J'avais été l'un des leurs. Suivant les situations des personnes que j'avais en face de moi, je glissais même un petit ticket de plus. C'était rare. Dans les entrailles de la Terre, les Insoumis vivaient eux-même de façon très spartiate et avaient peu à céder aux démunis de la surface. Mais moi, j'étais célibataire, sans enfant et je chassais dans les Terres sauvages pour me nourrir et approvisionner les Abysses en viande. Cela me suffisait. Ma part de tickets allait tantôt au dispensaire qui se démenait pour soigner les gens du coin, tantôt aux filles qui devaient bien gagner leur pitance aussi et celle de leur famille. Moralement, c'était tout sauf cohérent et j'en étais conscient. Mais j'étais comme ça, un homme avec ses pulsions, ses vices, incapable d'être un pur samaritain mais pas insensible non plus à la misère que j'avais sous les yeux. Mais donc, parmi ces filles que les salauds appelaient des pétasses ou des putains, j'avais ma petite cour d'habituées qui se disputaient mes faveurs et mes tickets. Ça créait une illusion de famille et de contrat moral. Il n'y avait pas d'irrespect entre elle et moi. Nous étions victimes d'une même destinée et je crois que quelque part, elles étaient attachées à moi et inversement. Si l'une d'elle se faisait cogner, le type responsable était assuré d'en ramasser une bonne de ma part. Ce qui m'avait valu d'être pris pour leur proxénète  et quelques ennuis. Je m'en tapais un peu.

Chaque semaine avait son lot d'ennuis mais aucun ne rivalisait avec ceux que m'avait valu mon séjour au QG de la Milice. Un baston, même à un contre dix, reste un baston, dans lequel on peut se mouvoir, élaborer des stratégies offensives. On y laisse du sang, on y laisse des dents. On peut y laisser la vie. Mais l'âme reste intacte. Sanglé ou suspendu par les pieds, soumis à électrocution et aux coups de matraque sur des parties sensibles, l'âme finit  par foutre le camp. Lorsque Logan m'avait sorti de ce merdier, les sbires de ce cher Ministre de la Sécurité étaient en train d'installer la baignoire et le tonneau. Le milicien qui devait devenir plus tard mon meilleur ami savait trop bien ce qui m'attendait. La torture par immersion et ingurgitation d'eau. L'une des étapes ultimes du manuel du parfait tortionnaire. Il savait qu'aucun humain n'y survivait. Lorsque je lui avais demandé ce qui l'avait fait basculer, il m'avait répondu. "j'ai souhaité que tu crèves avant d'arriver à cette étape, pour que tu n'aies pas à subir ça après tout ce que je t'avais vu subir. Je savais que tu ne pourrais pas surmonter ce qui allait suivre et qu'il valait mieux pas, vu ce qui t'attendait si tu résistais encore à ça." J'avais expliqué mon parcours à Logan et lui avais dit que je savais déjà l'Humanité capable de tout. Il m'avais répondu , l'air sombre. "L'Humanité, ouais sans doute, tu sais ce dont elle est capable et moi aussi. Mais crois-moi, mec, tu ne sais pas de quoi sont capables les Asariens. " J'avais compris plus tard que ce qui m'attendait si je survivais à la noyade, l’électrocution et l'ingestion d'eau, était d'un ordre que la pudeur m'a toujours empêché d'envisager. Je m'étais alors dit que Logan avait dû en voir lorsqu'il était milicien et je m'étais demandé qui, de nous deux, était le plus tourmenté et hanté par les cauchemars.  Ce type avait cela d'extraordinaire qu'il était assez fin psychologue pour comprendre que je pouvais subir des coups bien plus longtemps sans me briser que des humiliations d'ordre intime. Il savait que ce que j'étais mourrait à l'instant où j'en serais victime et c'est pour cela qu'il avait fui avec moi. Pour m'empêcher de le subir et pour s'empêcher d'en être le complice passif.

Pour cela, je vénérais ce type. Non parce qu'il était Asarien (je m'en cognais) mais parce qu'il avait ce talent de sentir les gens et les choses, d'anticiper les grands mouvements. C'était sans doute pour ça qu'il s'était imposé comme le leader charismatique du groupe. Mais bordel ! Comment n'avait-il pas pu anticiper le traquenard qui l'avait fait tomber ?  J'étais à nouveau orphelin ou sans frère.  

Et là j'avais une petite sœur qui tombait sous mes yeux. Une petite sœur, mon œil!
A moins d'avoir des tendances incestueuses, ce que je n'avais guère eu l'occasion de vérifier étant donné mon chemin de vie, je n'avais pas du tout des réactions de frère à son égard. Je m’aspergeais copieusement d'eau tout en brassant tandis qu'elle regagnait la rive. J'avais  été bousculé, cogné, retourné, immergé, secoué par les tumultes de la rivière mais ce n'était rien à côté de ce que je venais de me prendre dans la gueule.

J'étais là, figé dans l'eau, incapable de faire le moindre mouvement pour nager vers la rive. Le pire qui aurait pu se produire à cet instant aurait été qu'elle voie mon état et le tourne en dérision. Même l'urgence de rallier la réunion n'arrivait pas à me décider à sortir de l'eau. Si elle savait, je perdrais ma crédibilité à ses yeux et c'était de loin, j'en prenais conscience avec un certain malaise, cette crédibilité là qui primait à mes yeux, avec celle que pouvait m'accorder Logan. Mais il n'était plus là, retenu loin de nous et la seule figure familière, même antagoniste, qui me restait vraiment face aux décisions importantes était Raven.

Quand elle s'effondra, la peur fût plus forte que la pudeur. Je l'avais vue s'affaisser lentement et c'est une jeune femme transie, épuisée, que je réceptionnai dans mes bras  alors qu'elle tombait mollement sur le sable de la plage. Le vent soufflait du large, venant d'on ne sait où. Les vents de mer étaient toujours plus dérangeants que les vents de terre pour les terriens. Les marins pensaient autrement. Le vent de terre pousse vers le large mais celui de mer rabat le poisson vers les côtes et il faut savoir l'attendre. Chaque vent avait son utilité. Pourquoi et comment savais-je ça, moi qui n'avais jamais navigué, mystère ? Raven s'effondrait et il avait fallu les rivières souterraines, les rapides, la falaise et le froid sauvage des terres extérieures pour cela. J'étais moi-même en état de choc à cause de cette révélation que je refusais d'assumer. Cette fille ne me laissait pas indifférent. En y réfléchissant elle ne m'avait jamais laissé indifférent. Elle m'avait d'abord énervé, puis fait sortir hors de mes gonds, puis mis en rage et enfin là, je m'inquiétais pour elle.

J'eus tôt fait, une fois décidé, d'aborder la plage et de courir dans la végétation luxuriante qui avait oublié qu'on était en Antarctique depuis le grand feu. Peu importait que je sois ridicule de profil.

Ses lèvres étaient déjà bleues lorsque je la réceptionnai dans mes bras. Courir malgré les jambes lourdes et lacérées par les rochers. Ce n'était pas très grave, je connaissais des algues aux vertus médicinales. Je savais où était la grotte. Nous n'y ferions qu'un passage pour qu'elle se réchauffe et se ravitaille. J'essaierai, avec son aide, d'envoyer un message aux Insoumis avec la vieille radio.

Je la déposai doucement sur le sol de la grotte dont j'avais muré l'accès il y avait quelques mois de cela. Le retrouver ne fut pas le plus dur. Réunir du matériau pour faire un feu de camp non plus, étant donné que tout était remisé et rangé depuis des années, voire des siècles. Je l'allumai après avoir déshabillée entièrement Raven en fixant d'un air confus le plafond de la grotte. Je l'avais enroulée dans une couverture militaire datée, histoire qu'elle ne hurle pas en reprenant ses esprits. J'avais volontairement occulté qu'elle était belle à en coupler le souffle. J'étais un survivant et un guerrier. Certains verrous ne sautaient pas aisément. D'autres pouvaient rendre aveugle pour toujours. Le feu dansait dans l'âtre rond que j'avais formé avec de grosses pierres. J'étais déjà en train d'inspecter plus attentivement les vieux PC  couverts de poussière et indiquant 2015 sur leur autocollant licence. Ça foutait le vertige. Raven saurait-elle tirer quelque chose de ce tas de processeurs obsolètes pour arriver à émettre un message par les ondes  ? En direction des Abysses ? Le téléphone ? Dans cette base, on ne devait communiquer que vers les autres continents à l'époque où elle avait été construite. Mais je savais, pour l'avoir étudié à l'école de l'orphelinat, que les dernières missions de ces bases avaient été de créer un réseau de communication pour arriver à guider l'exil.

Pour l'heure, ce qui m'importait le plus était que Raven revienne à elle et soit vivante, vivante! Je tenais dans mes bras la fragilité du monde incarnée, mais aussi sa force.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 1000

Localisation : Sous la cité
Côté coeur : J'ai heurté le plus chiant des hommes

Activité/Profession (du personnage) : Hackeuse
avatar
Raven Hunt
« Insoumise » Humaine
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Dim 20 Sep - 18:03



Le froid, l‘épuisement, la rivière et sa force, les remous puissants, le courant implacable. J’avais subi tout cela avant de comprendre que j’étais arrivée au bout de mes forces. Mes genoux cédèrent alors sur la rive, mollement. Tout mon corps se contorsionnait sous les spasmes des frissons. J’aurai voulu continuer, prouver à Adam que je n’étais pas une gamine comme il me jugeait très souvent. Justifier et confirmer que j’avais moi aussi ma place chez les Insoumis depuis toutes ces années, mais mon corps me trahit le premier alors que mon esprit ne le désirait pas. Tout se mit à tourbillonner autour de moi alors que dans un ralentissement digne d’une scène de film, je m’effondrais. Mes derniers mots à Adam étaient comme un appel à l’aide. Une tentative de bouger, d’aller de l’avant, de partir d’ici. Mais il était trop tard pour moi. J’avais lutté et j’avais survécu comme je l’avais toujours fait. Joshua aurait-il été fier de moi ? Et mes parents ? Ils sont ici quelque part, enterrés dans les terres sauvages. Joshua m’avait aidée à ramener leurs corps, à les mettre à l’abri avant qu’ils ne disparaissent dans une fosse commune où les cadavres des humains étaient brulés par les Miliciens. Mon mentor repose lui aussi auprès d’eux. Et moi ?  Je ne me suis jamais confiée sur cela à quiconque. Logan devait le savoir, mais aujourd’hui il n’était plus avec nous et Dieu seul sait ce qu’il endurait de son côté entre les mains de ces fous. Personne ne savait mon petit jardin secret. Personne ne savait que j’aimerai pouvoir reposer auprès d’eux. Pourquoi je pensais à cela alors que mes yeux se fermaient lourdement ? Malgré ce voile sombre qui m’enveloppait, je fus consciente d’au moins quelque chose. Ce n’était pas l’herbe, ni la terre, ni le sable que je touchai quand je m’affaissai. C’était un tout autre contact. Plus rude, mouillé, froid et pourtant protecteur. Je savais au plus profond de moi que je ne craignais plus rien, que ma raison m’apaisait en me chuchotant que je pouvais me laisser aller et que tout se passerait bien.  C’est ce que je fis... et tout s’arrêta à cet instant précis.
Le noir. Et plus rien d’autre.

Je ne saurai vous dire si j’étais consciente ou si j’ai rêvé tout cela. Les rêves sont parfois plus réels qu’on ne le voudrait. Mais il était là. Joshua. J’ai vu sa silhouette, J’ai vu son sourire et je l’ai même entendu me parler. Mais je ne pouvais lui répondre, juste l’écouter. Je ne comprenais pas tout ce qu’il me racontait ni comment il savait tout cela. J’étais une spectatrice passive des évènements qui m’entouraient.

- Les années t’ont endurcie plus que tu ne le croyais. Tiens bon Raven. Vous n’êtes plus très loin de son abri. Tout se passera bien pour vous deux.

Quel abri ? De quoi voulait-il me parler ? Ma joue collait contre le creux de l’épaule d’Adam, j’étais ballotée par ses mouvements. J’entendais sa respiration hachée tout comme les battements de son cœur  affolés qui se répercutaient dans le mien. Il se battait contre la fatigue et certainement contre le sommeil pernicieux qui l’appelait dans ses bras. Il se battait seul pour nous deux, pour nous donner un refuge et enfin nous reposer. Je l’avais laissé tomber. Il était tout seul à lutter contre l’engourdissement du froid.

Pendant un moment que je ne saurai identifier, je n’avais plus aucune notion de tout ce qui se passait, peut-être m’étais-je vraiment endormie, peut-être rêvais-je encore, que tout cela n’était dû qu’à mon esprit paralysé par la fatigue. Je perçus une multitude de bruits tous différents les uns des autres. Peut-être des pas. Que faisait Adam ? J’entendais aussi des bruits de pierre comme si on les entassait les unes près des autres, un grésillement puis une chaleur qui n’avait rien à voir avec  la présence de l’Insoumis près de moi. On me bougea. Mon corps fut délivré de son carcan glacial de tissus trempés et je fus très vite enveloppée dans un cocon. (Ce n’est pas de moi d’agir ainsi, pas vrai ? Attendez que je reprenne mes esprits, ça sera une toute autre réaction, croyez-moi !) Le froid et l’humidité avaient fait place à la brulure d‘une étoffe plus rigide, certes, mais plus confortable. J’étais au chaud et je me sentais beaucoup mieux. Je crois que c’est durant ce laps de temps que je me suis vraiment reposée. Tout n’était que chaleur et douceur autour de moi.  

Lorsque je repris lentement conscience, que mon esprit me rappela qu’il était grand temps d’ouvrir les yeux, de cesser de me lover dans cette bulle, la toute première chose que je discernais, c’était toujours cette chaleur. Encore bien plus que dans mon sommeil. J’entendais même le crépitement du feu qui ne devait pas être trop loin de moi. Puis, je devinais la couverture autour de mon corps. Ma peau était chaude elle aussi. Nue. Ça c’était un détail qui me fit froncer les sourcils. Où étaient passés mes vêtements ? Je commençais à m’extirper de ma léthargie pour me rendre compte que je n’étais pas allongée complètement sur le sol, mais que le haut de mon corps reposait souplement sur un autre. Oui c’était bien ça ! Je décollais ma joue doucement d’un torse … la tête me faisait mal. Enfin non, rectification. J’avais tous le corps ankylosé et lorsque ma vision fut rétablie correctement, Adam se tenait près de moi. Je tournai mon visage vers l’âtre. Nos vêtements étaient disposés de façon à ce qu’ils sèchent rapidement. Je plissai les yeux et je découvris la pièce où l’on se trouvait. Les lueurs des flammes éclairaient une grande partie des recoins et si je n’avais pas encore perdu la mémoire, c’était bien de vieux ordinateurs que je voyais

- Où sommes-nous ? Dis-je dans une voix endormie tandis que mes prunelles revenaient sur lui pour le dévisager. Son visage, éclairé par la lumière des flammes, me dévoilait des traits fatigués et inquiets. Je descendis mon regard sur son corps, à la recherche de blessures importantes. Non ! Aucune, Il allait bien. Pourtant,  Il demeurait silencieux comme s’il attendait la prochaine sentence. La mienne ?

- Comment te sens-tu  ?

Il nous avait mis à l’abri dans cet endroit inconnu. Il avait dressé un feu pour nous éviter de mourir de froid et il avait mis nos vêtements à sécher … Euh nan ! Stop ! Arrêt sur image ! J’attrapai la couverture que je remontai sur ma poitrine. J’avais plusieurs possibilités qui s’offraient à moi : piquer ma crise, mais en réfléchissant bien, en gardant mes habits mouillés j’aurai attrapé une pneumonie. J’étais inconsciente donc s’il avait attendu que je me réveille pour avoir ma permission, là aussi j’aurai pu attraper mal. Ok Ok ! Ça va ! Il avait fait ce qu’il avait à faire, mais quand même !! Je n’avais pas la force de m’égosiller après lui et quand mes rêves que j’avais fait durant mon sommeil et toutes ces sensations que j'avais perçues , revinrent m’envahir, je compris qu’Adam m’avait sauvée la vie, que je m’étais sentie protégée durant tout ce périple. C’était une impression qui me mettait mal à l’aise et je ne savais pas pourquoi.

- Merci …

Mes mots restèrent nouer au fond de ma gorge. Je voulais le remercier de m’avoir mise à l’abri, d’avoir tout fait pour me sauver. J’aurai voulu tant lui dire, pourtant je fus incapable  de lui avouer tout ce que j’avais sur le cœur. Je me penchai vers lui et je déposai un baiser timide sur sa joue avant de reprendre ma place contre lui et de profiter un peu de ce moment de répit. Je n'aurai certainement pas dû. Cette proximité avec lui était encore plus gênante que mon silence, mais cette sensation de sécurité primait sur tout le reste.



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
A. Lockwood



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 149

Côté coeur : célibataire

Activité/Profession (du personnage) : Trafiquant d'armes, ancien mercenaire
avatar
Adam Lockwood
Co-Leader des Insoumis
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Mar 29 Sep - 21:41



Après avoir fait un tour dans les salles adjacentes pour m'assurer que nous étions seuls, même si j'étais le seul à connaître le lieu, on n'était pas à l'abri d'une bête sauvage en ayant fait sa tanière, j'étais revenu m'asseoir et j'avais relevé un peu Raven pour qu'elle respire mieux et pour m'assurer qu'elle n'allait pas trop mal. Je la tenais demi assise contre moi lorsqu'elle commença à bouger un peu, signe qu'elle n'était pas dans un coma dû à l' hypothermie. Je savais que j'allais avoir droit à une salve de questions, ce qui était légitime, mais aussi à une beigne ou une gifle, du moins une tentative que j'intercepterai au vol, car j'étais peu friand des jeux sadiques entre un mec et une fille. Je laissais ça aux tordus d'Asariens. Je n'avais jamais pris plaisir à cogner, et encore moins une fille. Mais je n'avais pas davantage la vocation de victime. Donc je pressentais qu'elle allait m'en coller une et que je devrais la stopper dans l'élan, ce qui n'allait pas être trop compliqué. Raven n'avait rien d'une guerrière. Ce n'était pas non plus une intellectuelle comme la fille de Huyana. Raven ... c'était Raven ... Une chieuse ... une plaie. Toujours à me chercher des crosses, à se moquer de ce que j'étais, une peste qui cherchait à attirer l'attention sur elle en provoquant le mec le plus bagarreur de la cours de récré. A l'orphelinat, j'en avais côtoyé quelques unes. Je me disais souvent qu'une bonne fessée leur aurait fait du bien, mais c'était interdit, bien entendu, par le Directeur. Dans les Abysses, c'était pareil, bien évidement. Logan ne tolérait pas qu'on se cogne les uns sur les autres. Sur le principe cela paraissait légitime, mais il aurait fallu quelques dérogations à cette loi. Une dérogation nommée "Raven".

J'étais en caleçon- vous avez vu le prix des boxers au marché noir, les caoutchoucs larges coutent un bras- et je tenais la fille qui me détestait le plus sur la surface d'Asaria dans mes bras, enroulée dans une couverture, entièrement nue. Franchement, les bookmakers de l'Under se seraient frotté les mains devant un pari à l'accouchement aussi évident. Du 100 contre un que j'allais me prendre une volée de bois vert et ... Mais j'étais soudain las de tout ce cirque. Je ne savais si c'était le résultat de toutes ces épreuves, la culpabilité ou le poids des responsabilités, mais ma guerre des nerfs avec elle me paraissait à présent terriblement vaine et futile. J'étais songeur, perdu dans mes pensées, cherchant un moyen rapide de nous sortir de là et de regagner les Abysses où ils devaient nous attendre depuis des plombes pour la réunion. Je n'avais plus tellement la notion du temps. Je pensai à Logan qui devait le trouver terriblement long de son côté.

Sa voix me tira de mes pensées et je répondis d'abord, selon mon habitude, par un vague grognement.

- MMmmh ... Humide ...

Elle plissait les yeux, comme pour se souvenir de ce qui s'était passé. Je sentais venir le roussi mais je m'en foutais un peu. Je pris conscience que j'avais basculé en mode survie et que les provocations entre elle et moi étaient un luxe faisant partie d'un passé qui n'avait plus lieu d'être. Un luxe que deux gamins futiles pouvaient se permettre, mais certainement pas deux survivants dans une société totalitariste dont ils étaient les maillons les plus bas. On avait vécu une paix relative dans la clandestinité et cela avait permis à des antagonismes du genre du nôtre de s'épanouir, mais aujourd'hui, on ne pouvait plus se le permettre. L'instinct de survie primait. C'est sans doute ce qui expliqua que la baffe ne vint jamais et qu'au lieu de cela elle se cala plus confortablement dans mes bras en me disant merci. Pourtant je fus si surpris que la suspicion fut la plus forte.

- Quoi ? Merci de quoi ? C'est de l'humour ? Tu penses que j'ai le temps et l'envie de jouer à ça ...

Les mots moururent sur mes lèvres lorsque les siennes effleurèrent ma joue. Je reculai instinctivement, m'attendant à une ruse qui serait suivie d'une claque, mais rien ne vint. Au début j'aurais pu mettre cela sur le compte d'un coup pris à la tête par elle, mais bon, il fallait bien admettre qu'elle s'installait pour piquer un somme dans les bras de Musclor, comme elle aimait à m'appeler. Elle n'allait pas faire ça, quand même ? En pleine crise ? L'inquiétude revint. Et si elle avait des lésions internes ? Je devais la maintenir éveillée mais après le séjour dans l'eau froide, il aurait fallu avaler un liquide chaud. Ce fut en substance  la phrase couillonne et tout à fait de nature à m'attirer une pluie de baffes qui franchit mes lèvres.

- Il faut que tu avales quelque chose de chaud ... Enfin, je veux dire, je vais essayer de nous trouver de quoi manger. C'est une ancienne base de je ne sais quoi ici ... Il y a peut être des réserves... Non mais ça doit être plus que périmé remarque ... Raven, reste avec moi, réveille-toi. Je vais aller chasser quelque chose et cueillir des trucs.

Voilà, c'était ça ! De l'eau chaude avec la racine de ce truc dégueulasse qui poussait sur la falaise, à réveiller un mort . Ça avait le goût de pisse de chèvre mais au moins ça la secouerait.

- Raven, il faut fabriquer une radio pour avertir les autres. Je sais où nous sommes et comment les rejoindre. Ils doivent s'inquiéter. On doit les rassurer avant qu'ils ne se mettent en danger en nous recherchant.  J'ai besoin de toi, Raven ! Il n'y a que toi qui peut faire une radio avec cette dizaine d'ordinateurs pourris... Je vais te rapprocher du feu et il faut te tenir éveillée et te frotter sous la couverture ... Et ...

Peine perdue, la fatigue semblait plus forte que tout. Du moins espérais-je que ce n'était que la fatigue et pas quelque chose de plus grave. Elle se laissait aller mollement, une sorte de demi sourire sur les lèvres. Eh merde ! Ça n'allait pas du tout comme je voulais, tout  ça! Si je n'arrivais pas à la réveiller totalement, elle risquait de sombrer dans le coma, à nouveau. Je n'avais pas d'autre choix que de lui mettre de petites baffes pour la faire sortir de ses gonds et du sommeil... Quoique ...

Je pense, à présent, avec le recul, que j'avais moi aussi le cerveau en hypoxie à cause du froid, à ce moment-là, car l'idée la plus absurde que j'ai jamais eue fusa dans mon esprit. Il y avait quelque chose qui la mettrait hors d'elle et la réveillerait plus sûrement qu'une bonne paire de baffes de ma part. M'appuyant sur cette théorie foireuse, je resserrai mon étreinte autour d'elle et me penchai. Mes lèvres, hésitantes, effleurèrent tout d'abord les siennes puis, après avoir murmuré un "bordel Raven, fais pas chier, tu vas te réveiller, merde!" firent plus que s'y hasarder.

Dans une classe extrême qui me caractérisait, j'étais en train de rouler une pelle d'enfer à une fille qui me haïssait, pendant que les nôtres, nous croyant morts, s'apprêtaient certainement à partir à notre recherche, que la Milice devait déjà s'activer à savoir comment et où Logan avait survécu pendant toutes ces années. Et pour couronner le tout, la manifestation physique embarrassante  de tout à l'heure revenait en force. Bref, je merdais sur toute la ligne, pour changer ...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 1000

Localisation : Sous la cité
Côté coeur : J'ai heurté le plus chiant des hommes

Activité/Profession (du personnage) : Hackeuse
avatar
Raven Hunt
« Insoumise » Humaine
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Ven 9 Oct - 18:03

Ce fut peut-être un réflexe involontaire ou pas quand je posai mes lèvres sur sa joue pour le remercier, mais j’étais bien trop exténuée par nos aventures dans l’eau pour avoir un certain recul sur ce que je venais de faire. Lorsque le corps est à bout de ses forces, l’esprit n’a plus aucun barrage et on fait des choses que notre logique nous empêcherait d’effectuer en temps normal. On est alors plus fragile. Je me recalai contre lui, même si ses mots suspectaient une action dès plus féminine de ma part ou un piège. Je n’avais aucune envie de le gifler ou de me prendre la tête avec lui. Ma réaction semblait perturber Adam. Je ne réagissais pas comme à mon habitude, je le savais et je ne faisais rien pour changer la donne. Et même à demi consciente de ce qui pouvait se passer autour de moi, sa phrase me fit froncer les sourcils. Mon cerveau avait bien enregistré la teneur de ses mots, mais mon corps, lui, se lovait un peu plus avec langueur contre le sien.

- Mmm humm, je n’avale pas … des trucs chauds que je ne connais pas … même  si ça vient de toi.

Je ne savais plus trop ce que je disais et si tout cela était logique ou pas. Les mots sortaient de ma bouche et devaient normalement se transformer en une phrase rationnelle lorsqu’ils étaient  mis bout à bout. Mais là j’étais trop épuisée pour chercher le bon sens de tout ce que j’affirmais.  Je voulai dormir, me reposer. Le froid m’avait engourdie et je ne désirai plus réfléchir à rien pour le moment. Mon cerveau marchait au ralenti. J’étais même persuadée qu’une limace serait plus rapide que la connexion qui se faisait actuellement entre mes neurones. Tout mon corps se tendait vers la chaleur de cette couverture et de sa présence. J’étais bien, moi, la joue posée sur son torse  avec ce doux crépitement du feu pas loin de nous. Pourquoi fallait-il qu’il bouge et qu’il parle encore et encore ? Il devait y avoir une raison, mais là aussi, je n’arrivais plus à me souvenir  de tous les évènements passés avant notre plongeon dans la rivière souterraine. Oh, ça me revendrait tôt ou tard. Adam était comme moi : il pouvait être mutique ou alors se transformer en un vrai moulin à paroles. Et c’était le cas à cet instant. Moi, on pouvait me comparer à une sorte de sangsue. J’avais posé mon bras sur son ventre et tout mon poids reposait sur son corps. Je soupirai au brouhaha qui me parvenait. Toutes ses phrases sur lesquelles j’avais dû mal à canaliser ma concentration. Pourquoi il s’agitait ainsi ? Chasser maintenant ? Ouais bah non, moi je préférai largement rester emmitoufler sous la couverture.

- Chuuut … Tu veux pas te taire … Je suis bien là, je veux rester encore un peu …

En parlant de couverture, il y avait un truc que j’aurai du faire depuis un moment, mais là aussi mon cerveau était paralysé. Impossible de me souvenir  de ça, mais je restais persuader que cela avait un rapport avec la couverture, Adam et moi.  Il y avait un lien mais lequel ? Cela me reviendrait assez vite quand j’aurai repris des forces et quand il finirait de s’agiter comme un ver de terre.

-  Une radio ?  Je  n’en veux pas  … et je t’interdis de me frotter quoi que ce soit … et mets pas tes mains sous la couverture …

Vous avez compris qu’Adam ne m’avait jamais dit cela, mais encore une fois, mon cerveau analysait mal les données et me les retransmettaient dans une sorte d’anarchie complète. Ce qui me valait des réponses à côté de la plaque. Mais je ne m’en souciais guère, voire pas du tout. Je me laissai porter par le sommeil. Vous savez cette sensation de bienêtre qui vous envahit quand vous vous couchez après une bonne journée à avoir bourlingué un peu partout dans les abysses et dans les bidonvilles, cette sensation de pouvoir enfin vous allonger et reposer votre corps endolori. Voilà où j’en étais. Le seul obstacle à tout ce beau rêve se nommait Adam.  Ses bras se refermèrent alors autour de moi et il me redressa doucement contre lui. Il s’était  enfin décidé à admettre que j’avais raison et que la meilleure solution c’était encore de récupérer. C’était du moins ce que j’en avais déduit dans mon état semi-comateux. J’étais très loin de la réalité…

Les yeux fermés, je grognais des mots incompréhensibles en percevant une présence sur mes lèvres qui les effleurait d’une manière hésitante. J’eus le réflexe de détourner la tête, mais pas assez pour que cela cesse. Adam me murmurait quelque chose que je ne parvenais pas à saisir entièrement ou très vaguement. Et ses lèvres se firent beaucoup plus tenaces, plus obstinées sur les miennes. Je sais ce que vous vous dites : elle arrive quand la gifle et le déluge de paroles pour le remettre à sa place ? Une chaleur s’empara de mon corps beaucoup plus intense que celle de l’âtre quand son baiser devint plus conquérant. Je n’y opposai aucun refus, aucune résistance. Bien au contraire, ma main, fébrile, remonta sur son épaule, s’accrochant à sa nuque et je lui répondis  avec une ferveur que je ne me connaissais pas. La rivière souterraine, ses rapides, la falaise et le froid sauvage des terres extérieures avaient complètement lobotomisé ma raison … ou pas … A force de trop se protéger, on finit par céder aux barrières qu’on met en place lorsqu’on est plus maitre de son esprit. Je ne buvais pas quelque chose de chaud comme il voulait que je fasse. Je savourais plutôt sa langue contre la mienne. Je me redressai un peu, laissant mon autre main se défaire de la couverture qu’elle tenait contre ma poitrine quand je compris enfin que cette situation ne tournait pas rond. Elle clochait sur toute la ligne. J’ouvris grand mes yeux rencontrant les siens, mes lèvres collées aux siennes et je me figeai immédiatement contre lui.  Instinctivement, je me reculai à une vitesse grand V pour le dévisager et mettre fin au baiser. De mes deux mains, je repris à la volée la couverture qui commençait à glisser le long de mon corps nu pour la maintenir bien serrée contre moi.

- Qu’est-ce que tu ES en train DE faire ?!! Tu es tombé sur la tête ? !!

Je clignai des yeux pour tenter de récupérer ma mémoire paumée quelque part dans les brumes de ma fatigue. Je pris le temps d’observer où nous étions avec un peu plus de lucidité. Un abri souterrain, mais lequel ? Mes prunelles tombèrent sur mes vêtements bien étalés près du feu et qui séchaient avec les siens.

- Qu’est ce qui s’est passé entre le moment où nous sommes sortis de l’eau et maintenant ? Où sommes- nous ?

Une douleur se réveilla près de ma tempe  et me tira une moue désagréable comme si j’avais reçu un grand coup sur la tête. Délicatement, du bout de mes doigts, je massais cette partie pour faire disparaitre cette sensation.

- La prochaine fois … je te mords la lèvre …

Quelle mauvaise foi je faisais, car je savais très bien que j’avais pris un pied fou à l’embrasser. Mais cette petite confidence restera pour le moment entre vous et moi. Pas besoin de mettre Adam au courant de tout cela !



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
A. Lockwood



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 149

Côté coeur : célibataire

Activité/Profession (du personnage) : Trafiquant d'armes, ancien mercenaire
avatar
Adam Lockwood
Co-Leader des Insoumis
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Sam 17 Oct - 20:45

J'avais vraiment dû prendre un sale coup sur la tête durant notre périple dans la rivière souterraine parce que je ne réagissais vraiment pas logiquement et percevais ce qui m'entourait, Raven y compris d'une façon totalement erronée. Rien ne se passait comme je l'avais prévu rationnellement. Elle aurait dû se réchauffer et reprendre connaissance, me gifler, m'incendier pour avoir osé la déshabiller, rester sourde à toute argumentation tentant de la convaincre que c'était pour lui éviter une pneumonie, puis se calmer peu à peu pour se concentrer sur quelque chose qui nous mettrait d'accord durant un moment: la fabrication d'une radio artisanale. J'étais certain de peu de choses concernant Raven, je ne la connaissais que peu. Mais je savais qu'elle était loyale aux Insoumis et souhaitait au moins autant que moi les rejoindre, et qu'elle adorait mettre le nez dans le ventre des ordinateurs ou bidouiller de l'électronique. J'aurais dû la voir réagir aussitôt lorsque je proposai de fabriquer une radio pour joindre les Abysses. Seulement voilà Raven était complètement partie, barrée, stone à cause de la fatigue. Aux abonnés absents, son esprit battait la campagne. Rien de rationnel n'émanait plus de son cerveau. J'aurais dû en tenir compte lorsqu'elle m'avait déblatéré des insanités au sujet du liquide chaud que je lui proposais de boire pour se réchauffer ou du fait qu'elle était bien, là collée à moi, entièrement nue sous sa couverture et qu'elle ne voulait pas entendre parler de radio. Ça ne ressemblait pas du tout, mais alors pas du tout à la Raven que je connaissais habituellement. Quelque chose clochait et j'aurai dû garder mes distances en essayant de tout faire pour qu'elle retrouve ses esprits.

Enfin, c'était à ce demander si j'avais tous les miens. Quelque chose ne tournait décidément pas rond depuis qu'on était dans cette grotte. Des champignons ou des mousses hallucinogènes ou toxiques la tapissaient peut-être. Mais à bien y réfléchir ça faisait un sacré bout de temps que ça ne tournait plus rond dans ma caboche à son sujet. Seulement j'avais décidé de l'ignorer et ça me revenait en pleine gueule depuis que nous avions failli crever dans ces rapides souterrains. Depuis que mon corps avait décidé de trahir ce que je m'efforçais de cacher, y compris à moi-même. Moi qui pouvait encaisser des coups d'une violence inouïe sans ciller, qui pouvait faire face à des situations complètement dramatiques sans en rien laisser paraître, je n'arrivais pas à contrôler une simple érection. Ça ne m'était jamais arrivé de vivre ça hors des moments où c'était approprié. Merde on avait failli crever, on était à moitié morts d'ailleurs, la situation de Logan était désespérée, dans les Abysses ce n'était pas franchement la joie non plus. Tout le monde attendait que je prenne des décisions, que j'organise des missions, que je fasse les bons choix. Et moi, qu'est ce que je branlais ? Ahh ben c'était le cas de le dire n'est ce pas ? J'avais une trique d'enfer dès que je touchais cette fille. Une fille qui ne pouvait pas me supporter et qui m'horripilait ! Quelle réaction idéale dans une situation aussi dramatique ! La logique aurait voulu que je retourne à l'extérieur, que j'aille faire un plongeon dans l'eau bien froide et que je lui rapporte quelque chose à boire ou à manger. Au lieu de cela, je ne m'étais pas dégagé pas lorsqu'elle s'était accrochée à moi en se laissant glisser dans les bras de Morphée. Pire, j'avais resserré mon étreinte et j'avais répondu à son baiser sur la joue en l'embrassant à pleine bouche.

Je pouvais bien retourner ça dans tous les sens dans ma tête, personne ne goberait mon argumentation pour justifier ce baiser. Quoi ? Je me prenais pour le prince charmant qui devait réveiller la belle au bois dormant ? Sans blague ? J'avais une gueule de prince charmant ? Et elle de princesse ? On était dans le royaume des cœurs tendres ? Bordel ! J'étais qu'un ancien tueur à gage, un sale type qui n'avait aucune vie sociale en dehors des rixes qu'il provoquait ou des filles qui lui ouvraient leur pieu contre quelques avantages. J'étais tout ce qu'une fille comme elle exécrait. Un seul regard de sa part avait suffi à me faire comprendre depuis le début la façon dont elle me voyait. Un taré utile à la communauté à cause de sa masse musculaire. Un mec gonflé à la testostérone avec un cerveau de la taille d'un petit pois. J'avais donc décrété qu'elle était une écervelée qui ne savait rien faire mieux que jacasser à tort et à travers de sorte à me pourrir mon précieux silence, sauf, il fallait bien l'admettre, réparer des appareils électroniques donc le fonctionnement restait hermétique à la plupart d'entre nous. Le seul terrain sur lequel nous pouvions nous retrouver, c'était servir aux Insoumis. J'aurais du mal à faire admettre que ce baiser servait aux Insoumis.

Mais bon sang qu'est ce que c'était bon ! Les parois de la grotte, la chienlit dans laquelle se trouvaient les nôtres, le sort tragique de mon ami, tout semblait comme occulté par les sensations qui me submergeaient. Une voix me murmurait en arrière plan que ce n'était pas le moment, qu'il fallait que je me bouge, que j'avais une responsabilité qui m'interdisait de penser à ma gueule, mais durant les quelques secondes qu'avait duré ce baiser, j'étais un autre. Je m'étais senti différent, fort, mais d'une autre façon. Lorsque sa main avait caressé ma nuque, j'avais fermé les yeux et souhaité tellement fort les rouvrir ailleurs, dans un autre lieu, d'autres circonstances, seul avec elle, contre moi. Une sorte d'ivresse, de sentiment que tout se dérobait à mes sens hormis ses lèvres caressant les miennes, sa langue se mêlant à la mienne, son souffle, son corps contre le mien. Cette force qui la poussait vers moi et m'interdisait de la repousser, m'invitait au contraire à l'accueillir dans mes bras, qui était ce type qui lui obéissait ? Certainement pas moi ! Pas Adam Lockwood, l'ancien mercenaire, le mec qui passait la majorité de son temps libre à l'horizontale, à cuver, à pisser le sang dans le caniveau après une raclée, ou à baiser toutes les filles à la cuisse accueillante !

- Qu’est-ce que tu ES en train DE faire ?!! Tu es tombé sur la tête ? !!


Le retour à la réalité fut brutal mais salutaire... Une part de moi ressentit une reconnaissance profonde envers Raven pour avoir interrompu ce planage intégral , une autre, une frustration sans nom, comme si on  me privait brutalement d'un oxygène que je venais de goûter pour la première fois et que je retournais à un atmosphère vicié et toxique. J'aurais voulu arrêter le temps sur ce moment et essayer de comprendre ce qui était en train de m'arriver. Mais c'était impossible. Un type comme moi ne pouvait pas se permettre ce luxe. Avancer, les poings en avant pour cogner, mettre un pied devant l'autre, jour après jour, sans trop se poser de question sur le sens de cette putain de vie. C'était ça l'existence d'Adam Lockwood depuis toujours. Et cet Adam là n'était pas prêt à accepter de bonne foi qu'il s'était offert un moment de rare bonheur, qu'il avait eu salement envie de retenir ce bonheur là encore un peu, cette chaleur au cœur qui lui avait donné envie de sourire et qui changeait imperceptiblement la donne, éclairant sous un angle différent la situation et la vie tout simplement.

- Ce que j'ai fait ? Tu avais sombré dans l'inconscience, je voulais juste te réveiller ... ça a plutôt bien fonctionné, non ?


Je me redressai et entrepris de construire un résumé cohérent de ce qui s'était passé depuis le moment où elle avait perdu conscience sur la rive. Elle semblait aussi paumée que moi, peut-être même plus. J'attrapai au vol la main qu'elle venait de porter à sa temps. Je m'approchai à nouveau de son visage, sa main toujours serrée dans la mienne.

- On s'en fout un peu, de ce qui s'est passé avant, non ? Ce qui compte c'est ce qui va se passer dans l'avenir.


Je plongeai mon regard dans le sien, intensément.

- Et puis merde ... Rien à foutre !

Je l'attirai contre moi pour gouter ses lèvres à nouveau. Je voulais encore sentir l'effet que ça faisait, ouvrir l'horizon, gommer les murailles, les Abysses... Entrevoir ce que les autres appelaient sans doute le bonheur ... avant de retourner en enfer.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 1000

Localisation : Sous la cité
Côté coeur : J'ai heurté le plus chiant des hommes

Activité/Profession (du personnage) : Hackeuse
avatar
Raven Hunt
« Insoumise » Humaine
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Sam 17 Oct - 23:51

J'avais vraiment dû prendre un sale coup sur la tête durant notre périple dans la rivière souterraine parce que je ne réagissais pas comme je le devais. Qu’est ce qui tournait pas rond chez moi ? Outre le fait que la fatigue avait pompé toute mon énergie et que mon cerveau tournait dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, j’avais perdu le sens logique de la situation qui se trouvait autour de moi. J’avais pris un pied fou à l’embrasser. Je m’étais perdue dans sa chaleur, dans ses bras et pour la première fois, je m’étais sentie en confiance. En sécurité, ça je l’avais toujours ressenti auprès de lui et c’était encore plus flagrant maintenant. Ma raison me hurlait de le repousser, mon cœur me criait tout autre chose. C’était donc un sacré bordel qui se jouait dans ma petite tête déjà bien secouée par la baignade nocturne. Pourtant, ma raison prit le dessus. Une sorte de sursaut de désespoir, d’un dernier combat avant de tomber en enfer.  Lorsque j’ouvris enfin les yeux, mes lèvres étaient collées avec application aux siennes. Ce n’était pas possible ! Comment allais-je argumenter un tel dérapage sans me dévoiler, sans admettre ce que je tentais d’étouffer ? La réponse était simple : en jouant de la mauvaise foi et en retournant la situation à mon avantage comme je savais si bien le faire depuis toutes ces années.

La couverture bien serrée contre mon corps, je cherchais à me remémorer tout notre parcours, ce qui m’était assez pénible, car je n’avais que des brides de ces passages, de la rivière souterraine, de sa puissance qui m’avait emporté, de mon corps chahuté contre les parois rocheuses et enfin la sortie au clair de lune. J’avais tout un lot de courbatures et mal à la tête. Peut-être même une bosse quelque part.  Plus je réfléchissais et plus la douleur s’intensifiait au point de me masser la tempe avec le bout de mes doigts. La voix d’Adam qui répondait à ma question, n’arrangea pas mon supplice. Je plissai les yeux pour tenter de dissiper mon tournent, mais c’était peine perdue.

- Bien fonctionné … Ho super … oui et  je n’…

Il attrapa ma main dans la sienne et  il s’avança beaucoup trop près de moi, moi qui avais fait en sorte de mettre de la distance entre nous deux. Si j’avais la tête en vrac, je n’étais pas la seule à ce moment précis. J’allais rétorquer de plus belle, mais il ne m’en laissa pas le temps. Son bras ceintura ma taille et ses lèvres rencontrèrent les miennes à nouveau dans une fureur indescriptible. Je me débattais avec force pour me libérer, mais toute cette énergie ne fut que vaine… Nos langues se retrouvèrent dans une violence passionnée. Je ne voulais pas lui céder, c’était hors de question que de replonger dans cet état de plénitude qu’on m’enlèverait tôt ou tard. Pourtant tout mon corps se soumettait à lui, à son envie, à la mienne, féroce ambiguïté qui attisait mon corps dans une torture charnelle. Mes poings se décontractèrent sur ses épaules et mes mains glissèrent alors lentement jusqu’à sa nuque comme je l’avais fait dans ce premier baiser, fourrageant ses cheveux entre mes doigts. Nos langues se goutaient dans une avidité animale et se reconnaissaient.  Je me hissai lentement à califourchon sur ses cuisses, mes genoux posés sur le sol. Je n’avais plus aucune maitrise de ce qui se passait et c’était peut-être ça qu’il me fallait pour retrouver pied un peu plus tard. Je répondais à son baiser avec autant d’exaltation que je pouvais lui en donner et ce fut à bout de souffle que je mis fin à ce qui pouvait s’assimiler à de la folie pure.

Les battements de mon cœur étaient anarchiques et puissants. Je le sentais battre follement contre ma poitrine. Je reprenais mon souffle avec beaucoup de mal tout en le dévisageant. Parler à cet instant aurait brisé cette bulle que l’on venait de créer pour nous deux et si j’étais un vrai moulin à paroles dans certains cas, là, je n’aurais pas su quoi lui dire. Je me mordillai la lèvre et je savais ce qui se tramait dans mon esprit. Je me rendais compte que je crevais d’envie de l’embrasser encore. Et c’est à cet instant que je rendis les armes, que je laissais ma foutue logique dans un coin et que je laissais mon cœur s’ouvrir, mon corps ressentir et vivre pleinement ce que je me refusais de faire depuis longtemps. Mes lèvres retrouvèrent les siennes, comme une drogue que l’on m’aurait ôtée, mais dont je ne pouvais plus me passer. Addiction. Ma langue redécouvrait la sienne, la savourant encore bien plus que dans ces deux premiers baisers. J’avais de toute manière déconnecté de la réalité à partir du moment où je m’étais laissée à aimer sa présence près de moi, à sentir sa chaleur contre moi, ses bras autour de mon corps. Et plus rien n’existait. J’en oubliais nos pauvres amis qui devaient se faire un souci monstrueux à notre égard, de ces galeries qui s’étaient effondrées et qui peut-être avaient provoqué un enchainement d’éboulis dans notre communauté souterraine. C’était mal. C’était égoïste, mais là je m’en foutais. Après des années à nous envoyer dans la gueule toutes les remarques désobligeantes, à maintenir un mur entre lui et moi, à me faire voir de lui comme la pire écervelée que la terre n’ait jamais portée, je venais de tout envoyer en l’air. Détestez un homme est tellement plus facile que d’ouvrir les yeux sur les sentiments qui vous poussent vers lui. Après la mort de mon mentor qui avait été aussi pour moi, un second père, Joshua, je m’étais promis de ne jamais m’attacher à quiconque.  Mon caractère merdique m’aidait très bien. Il y avait des Insoumis avec lesquels je m’entendais bien, mais personne ne connaissait la vraie Raven : celle dont les parents et le mentor étaient enterrés quelques part dans les terres sauvages, celle qui avait la phobie du noir, mais qui ne le montrait jamais, celle qui avait la trouille de ne jamais être à la hauteur, mais qui faisait face comme elle le pouvait, celle qui ne mettait jamais en avant son cœur pour éviter de pleurer.

Cette Raven-là, venait de jeter aux orties tous ses principes pour les beaux yeux d’un homme qui l’horripilait, qui la rendait folle de rage et pour qui, en y repensant, elle aurait fait n'importe quoi. Pourquoi pensez-vous qu’elle était allée à sa recherche ? Pourquoi s’était-elle aventurée dans un tunnel qui était interdit aux Insoumis par l’extrémité du danger naissant ? Toutes ces questions trouvent leur réponse dans ce baiser qu’elle échangeait, qu’elle partageait sans aucune condition.

Je laissai la couverture glisser le long de mon corps et mes bras l’enlacèrent tendrement sans pour autant me défaire de ses lèvres…



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
A. Lockwood



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 149

Côté coeur : célibataire

Activité/Profession (du personnage) : Trafiquant d'armes, ancien mercenaire
avatar
Adam Lockwood
Co-Leader des Insoumis
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Lun 19 Oct - 1:01

"Une vie entière prend parfois tout son sens
Dans la perfection d'une seule minute."
A. Lockwood


J'avais passé toute ma vie à survivre, à tromper la mort, à me battre pour quelques heures, quelques jours de plus arrachés au néant. Parfois il m'arrivait de me lever le matin, après une nuit dans la rigueur de mon antre solitaire, de me demander pourquoi. J'avalais un mauvais café fait avec un mélange douteux puis je me lavais sommairement dans une bassine en émail écaillé. Je contemplais ma sale gueule dans le bout de miroir crasseux et je décidai si c'était ou pas jour de rasage, puis je m'habillais méticuleusement, comme le fait un soldat dont l'équipement peut lui sauver la vie. Quand je franchissais le seuil de mon repaire, je n'avais toujours pas la réponse à ma question. C'est plus loin, en général, que j'en trouvais un commencement. Au détour d'une galerie, lorsque je croisais des mères avec leurs gamins turbulents à qui elles donnaient souvent des pichenettes accompagnées d'un"dites bonjour à Adam". Ou même lorsque je croisais un gamin seul, un rescapé qu'on avait extirpé du bidonville après une affaire qui avait mal fini entre la population et la Milice. C'était fréquent. Dans les Abysses, les vraies familles étaient rares. Lorsqu'il nous reste de la famille, on essaie encore de s'accrocher à une vie normale... Une vie normale ... Qu'est ce que c'était ? Est-ce que je pouvais seulement m'imaginer ? Non bien sûr. La plupart des Insoumis se retrouvait amputés d'une part importante de leur famille. Un mari, un père souvent. Parfois une mère, parfois les deux. Des veuves avec ou sans enfants, des enfants sans parents, on en avait pléthore dans les Abysses. Ceux qui me touchaient le plus étaient les gamins les plus jeunes. Parce que je savais ce que cela faisait de fermer les yeux et d'essayer en vain de se rappeler un visage, un souvenir. Quand on a tout perdu, on se raccroche à ça, on n'a plus que ça. Moi j'avais les souvenirs des éducateurs de l'orphelinat. Comme il avait été rasé ensuite, je n'avais plus de lieu pour me recueillir. J'avais Jeko et son sourire édenté, sa tignasse clairsemée de vieux baroudeur, j'avais ma première fille sur les sacs de farine dans la réserve de l'orphelinat. J'avais mes premières putes qui se disputaient pour cajoler ma jeunesse. J'avais les tirs qui crépitent autour de moi sur les toits. J'avais le cachot de la Milice, la salle d'interrogatoires. J'avais aussi ma première cible, abattue un samedi où il pleuvait comme vache qui pisse. Tout ça, c'était mes souvenirs, mon carburant, ce qui devait m'aider à avancer.

Parfois j'avais du mal mais il fallait avancer et quand je croisais un de ces gamins, j'avais toujours un truc qui trainait dans ma poche à leur donner. Un écusson, un morceau de caillou qui m'avait paru beau, une petite figurine sculptée dans un bout de branche. Je savais, en général, où j'allais croiser chacun de ces gamins solitaires. Il y avait une grande salle où des soignantes comme Alexandra se relayaient pour leur donner des soins, à manger, un peu d'attention. Mais le plus souvent, dès les premières heures du matin, ces gosses se tenaient dans les galeries aux croisements, là où il y avait du passage. Et ça me serrait le cœur de savoir pourquoi... Ils espéraient y reconnaître un visage ... un parent, même éloigné. Ça, aucun Insoumis ayant grandi avec ses parents ne pouvait le comprendre. Moi, je le comprenais. J'avais espéré longtemps qu'une personne franchisse les portes de l'orphelinat et me rappelle vaguement un souvenir, me dise " je suis ton oncle" , "je suis ton grand père". Rien, que dalle. Mes deux seuls parents semblaient être sortis du néant, y étaient retournés. Aucune tombe sur laquelle poser une fleur, aucune photo, aucun souvenir. A deux ans, on enregistre rien comme souvenir, ou alors quand c'est trop moche, la mémoire l'efface. Alors je m'étais pris des souvenirs là où je pouvais, je m'étais fait mes souvenirs de famille et même si c'était vraiment pas ceux d'un type normal, ça m'avait aidé à tenir. Jusqu'au moment ou je pourrais me faire des souvenirs qui tiennent chaud au cœur. Mais à force d'attendre ce moment, j'avais fini par oublier à quoi ça pouvait bien ressembler. Et c'était en train de me tomber dessus au moment le moins opportun.


Elle se débattit, simplement parce qu'elle mettait plus de temps à comprendre ce qui nous arrivait. J'ignorais tout du passé de Raven mais je pouvais imaginer qu'il n'avait pas été rose puisqu'elle était parmi nous. Mais ce que nous étions avant avait finalement peu d'importance dans cet instant où nous laissions tomber ces pauvres remparts que nous avions érigés. Cet instant où plus rien ne comptait que nous, l'un contre l'autre, dévoilant enfin à l'autre ce que nous ressentions vraiment pour lui. Je savais, à la manière qu'elle avait de m'embrasser, qu'elle n'avait pas simplement envie de s'envoyer en l'air avec un mec pas trop mal. Si j'étais bien sûr d'une chose me concernant, c'était de l'attraction physique que j'exerçais sur les filles. Mais là ce n'était pas ça. J'avais eu assez d'expériences diverses pour faire la différence. Bien sûr c'était puissant et instinctif , ce qui nous poussait l'un vers l'autre, mais ça n'avait rien à voir avec le cul. Je ne contrôlais rien de ce qui se passait, j'étais hors jeu. Oui, je l'avais attirée contre moi. Oui je l'avais embrassée une seconde fois. Mais c'était elle qui se dressait contre moi, elle dont les coups se muaient en caresses, elle qui me chevauchait avec possessivité. En m'osant avec fougue à ce second baiser, j'avais espéré au mieux quelques secondes de bonheur supplémentaires, au pire une baffe retentissante dont je la savais capable. Je m'étais préparé à lui rétorquer dans un sourire, en me frottant la joue: "Quoi ? T'as aimé ça, dis pas le contraire !" Mais la claque n'était pas venue et elle répondait à mon baiser au delà de toutes mes espérances.

Je sentais que je perdais pied, que mes dernières amarres avec la réalité étaient en train de céder. Mon corps ne m'obéissait plus. C'était comme s'il m'envoyait me faire foutre. J'étais un autre. J'étais celui qui tenait Raven, cette petite nana fragile et si douce entre ses bras. J'étais celui qui avait envie de la protéger, de la faire sourire, de la rendre heureuse, ne serait-ce qu'un court instant. Laver la grisaille des souterrains et tout repeindre aux couleurs des Terres Sauvages.
Nous n'étions plus nous même ou peut-être au contraire étions-nous exactement nous ? Peut-être était-ce le moment crucial où nous révélions à l'autre la nature profonde de nos êtres. Elle laissa glisser la couverture qui me séparait encore du paradis et ce fut comme si tout s'éclairait, m'apparaissait avec la limpidité des cascades que nous avions vu dehors. Mes mains s'étaient aventurées sur ses hanches, mes lèvres quittèrent les siennes à regret.

- Raven ... Je ... Pardon... Tu as le droit de me haïr ... Encore plus ... Mais je ne suis pas ce genre de mec...


Je posai ma main contre sa joue. Je la caressai du pouce.

- Ils vont crever, la dessous, si on ne fait rien. Tu le sais, toi aussi, n'est-ce pas ? Tu pourras jamais aimer un mec qui laisse crever ses amis ...


J'effleurai ses lèvres du bout de mes doigts.

- Tu m'as donné bien plus d'espoir en quelques minutes que toutes mes victoires... J'oublierai rien. C'est là. Maintenant, je dois me battre pour ça aussi . Pour le mériter. Est-ce que tu comprends ?


J'avais saisi sa main et je l'avais plaquée contre mon torse.

- Maintenant, si tu veux bien t'habiller et m'aider pour la radio ...







"Une vie entière prend parfois tout son sens
Dans la perfection d'une seule minute."
A. Lockwood
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 1000

Localisation : Sous la cité
Côté coeur : J'ai heurté le plus chiant des hommes

Activité/Profession (du personnage) : Hackeuse
avatar
Raven Hunt
« Insoumise » Humaine
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Ven 23 Oct - 17:34



Tout s’arrêta.
Tout s’acheva.

Ce baiser. Cette chaleur. Ce bien-être que je n’avais jamais éprouvé. Ce bonheur à porter de mains. Je savais aussi qu’il ne disparaitrait pas, que ce n’était pas un rêve fantasmé ou quelque chose dans ce genre-là. C’était ben réel et j’avais pour la première fois ouvert mon cœur sans me soucier d’avoir peur. Entre les bras d’Adam, je ressentais une sécurité et une protection qui me bouleversaient et qui m’attiraient. J’avais fait en sorte de me débrouiller toute seule après la mort de Joshua même si rien n’avait été facile pour moi. Je n’avais jamais montré mes peurs et mes larmes parce que nous étions ainsi, les Insoumis, fait de ce bloc où l’on avance les poings serrés sans se retourner. En cet instant j’avais envie de laisser tout ce poids dehors et me glisser dans la chaleur de son corps et de notre baiser. Mais une petite voix me disait que ce n’était pas le bon moment pour cela. La situation exigeait notre concentration. Nous savions tous les deux que c’était mal, que les Insoumis se faisaient du mauvais sang et que Logan subissait certainement les pires tortures. Notre communauté vivait ses derniers instants de tranquillité et le danger se tenait tapi dans les ombres. Nous ne pouvions pas accepter ce bonheur dans de telles conditions.

Adam fut le premier à reprendre pieds dans la réalité et c’était bien mieux ainsi. La couverture avait glissé autour de ma taille et je la rattrapai pour la serrer contre moi. J’étais troublée par ce qui venait de se passer entre nous deux. L’attraction de nos deux corps reflétait une envie et un désir qui ne correspondait pas à un simple besoin primaire de s’envoyer en l’air et de passer un bon moment pour oublier la misère de notre quotidien. C’était bien plus que cela. Nous nous étions dit si souvent les pires insanités, à jouer à celui qui crierait plus que l’autre, à celui qui aurait le dernier mot, que j’avais beaucoup de mal à prendre conscience que ce n’était là qu’une façon de m’armer contre des sentiments que j’avais si souvent repoussés pour lui. Je baissai les yeux, perdue dans mes pensées,  et quand sa paume caressa ma joue, spontanément, je penchai ma tête contre sa main pour mieux ressentir son contact. Mes prunelles bleutées rencontrèrent les siennes. J’écoutais ce qu’il me disait, ce qu’il me confiait et cela rejoignait ce que je pensais aussi, de mon côté. Si nous étions différents sur certains points, preuve était que nous étions aussi complémentaires et sur la même longueur d’onde lorsqu’on arrêtait de faire nos têtes de cochons.  Je suivis le lent chemin de ma main qu’il prit dans la sienne pour la poser sur son cœur. Je découvris à la lueur des flammes son corps parsemé de cicatrices. Du bout de mes doigts, j’effleurai les contours de ces petites marques. J’en possédai certaines moi aussi. J’étais une vraie casse-cou et je me retrouvais très souvent au dispensaire entre les mains de Sébastian ou celles d’Alexandra, dans notre village souterrain pour soigner quelques blessures de mon cru. Je me rendais compte qu’il m’avait retiré mes vêtements et qu’il avait dû apercevoir ces cicatrices, pas très belles. Je n’avais pas le corps parfait de toutes ces femmes avec lesquelles je l’avais vu si souvent à l’Underworld, pendues à ses bras.

- J’ai assez mis de l’énergie à te haïr toutes ces dernières années, à te tenir loin de moi. Cela n’a pas vraiment servi à grand-chose.

Je haussai les épaules en lui souriant. Je ne voulais plus ce genre de conflit même si nos personnalités se confronteraient encore l’une à l’autre sur des situations ou face à des opinions contraires. Je laissai ma main remonter tout doucement jusqu’à sa joue où sa barbe naissante me chatouiller.

- Tu as raison Adam, on ne peut pas les laisser et les abandonner alors qu’ils sont certainement à notre recherche depuis tout ce temps. J’étais juste venue te chercher … si tu t’en souviens bien … Je t’ai trouvé … ça c’est certain.

Je pris sa main que je posai à mon tour contre ma poitrine, là où battait mon cœur.

- Tu n’as pas à te battre pour mériter ce qui est là. Cela n’a plus rien avoir avec les combats que tu mènes à l’Underworld. Tu n’as pas à me prouver quoi que ce soit. Je connais ta valeur. Que tu me crois ou pas, j’ai toujours eu foi en toi, même si tu me mettais toujours les nerfs en pelote. Mais ça tu le sais aussi.

J’inspirai profondément pour récupérer de tout cela et retrouver un peu mes idées. J’étais confuse de cette révélation entre nous deux, j’étais épuisée par ce que nous venions de traverser même si j’étais un peu plus réveillée qu’il y a quelques minutes. Je devais faire abstraction de mon mal de tête et de toutes mes courbatures. Mon corps me faisait souffrir, mais je tiendrai bon comme à chaque fois. Je me levai avec quelques difficultés. Mes  jambes tremblèrent et elles me firent vaciller un bref instant avant que je ne trouve le bon équilibre sur mes pieds. Adam me regardait, inquiet de me voir ainsi.

- Je vais bien, ne t’inquiète pas. Je vais m’habiller et tu vas m’en dire un peu plus sur ce lieu.  Tu l’as trouvé comment ? Et tu sais à quoi il servait ?

Je m’approchai, un pas après l’autre, pour m’assurer de tenir bien debout, jusqu’à mes vêtements qu’Adam avait pris soin d’étaler près du feu. Je laissai tomber ma couverture à mes pieds, tournant le dos à l’Insoumis et je commençai à m’habiller tout en l’écoutant me raconter son histoire. Au moins, mes vêtements étaient propres. Le pantalon fut plus compliqué à enfiler, le tissu était devenu trop rêche à certain endroit. Mes bottines avaient survécu à la baignade et mon pull était encore humide. Ce fut en débardeur que je commençais à détailler la pièce où nous étions. La clarté des flammes ne me donnait pas une vue d’ensemble très nette, mais je devinais tout le matériel qui pouvait s’y entreposer.

- Pour une radio, j’ai besoin d’enceintes, au moins une. Une sorte de micro ou un casque émetteur, ce genre de chose qui pourra nous servir à parler. Il me faut une antenne, n’importe laquelle. Je crois qu’on ne trouvera pas du ruban adhésif, ça serait trop simple. Des trombones ou ce genre de petits bouts métalliques pour faire passer le courant. Et le plus important … des fils qui auront survécu à tout ça.

Il y avait plusieurs ordinateurs alignés le long d’un pan du mur. Cela devait correspondre à un PC de garde ou de surveillance. Je m’accroupissais, à quatre pattes, sous les bureaux pour tenter de suivre le tracer des câbles.

- Tu aurais un couteau sur toi ? Quelque chose de pointu ? Il y a un petit boitier par ici.



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
A. Lockwood



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 149

Côté coeur : célibataire

Activité/Profession (du personnage) : Trafiquant d'armes, ancien mercenaire
avatar
Adam Lockwood
Co-Leader des Insoumis
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Ven 23 Oct - 23:00

Le cœur ne ment pas et c'est lui qui voit, là où la raison s’égare, là où les yeux peuvent tromper. J'étais certain en interrompant ce moment magique que Raven comprendrait, même si une part d'elle-même me maudirait probablement d'être si versatile et soumis à mes instincts de mec. Allumer une fille pour ne pas conclure n'était pourtant pas dans les habitudes de la maison. Certains types aimaient jouer à ça, certaines femmes aussi, et ça je l'avais vécu de la part d'une petite salope d'asarienne venue s'encanailler à la Taverne de l'Enfer. Ça avait bien fait marrer Jeko qui m'avait donné ma première leçon de vie : l'emballage ne fait pas le contenu. C'était dit de manière abrupte mais cette garce avait beau avoir la beauté d'une diablesse, elle n'avait songé qu'à me mener en bateau pour m'humilier. " Si tu te portes volontaire pour le marché aux esclaves, je t'achèterai peut-être pour te baiser". Je lui avais fait un doigt à défaut de le lui mettre et Jeko m'avait entraîné dehors avant que les ennuis commencent. Il m'avait expliqué que c'était mieux, que ce genre de salope, il connaissait. Elles passaient une nuit avec un humain à leur goût puis le faisait abattre par leur chauffeur, ou le body guard payé par papa. Finalement je l'avais échappé belle selon lui. Ce jour-là j'avais pris conscience que tout se monnaie, et que tout pouvait être faux semblant, qu'on pouvait mêler son corps à quelqu'un qui vous poignardait dans le dos. Ou qu'on pouvait juste attiser la convoitise de quelqu'un pour mieux le repousser. Je m'étais promis que je ne le ferai jamais tout en me disant que ce serait jouissif de le faire à une sadique d'asarienne. Mais jamais je n'aurais triché avec une fille de chez nous, ou même une pute. Certaines s'étaient attachées plus que d'autres à moi et je n'avais jamais menti. Jamais donné de faux espoirs. J'étais cash. Allumer une fille pour la voir ramper n'entrait même pas dans ma conception des relations. Si une fille me gonflait je lui disais de prendre le large, si elle me plaisait, je tentais ma chance et j'allais jusqu'au bout en cas de succès. Je n'étais pas du genre à jouer avec les gens. C'était la première fois que je mettais fin à un rapprochement charnel de ma propre initiative. Il y avait un début à tout et ce début portait le nom de Raven.

En fait, cette fille avait inauguré une série de premières fois en entrant dans mon monde. La première fois où j'avais réellement dit merde à une fille. La première fois où j'avais eu envie d'en étrangler une, la première fois où j'étais resté mutique en apprenant qu'elle devait bosser avec moi sur l'arsenal. La première fois où j'avais eu envie de cogner Wade parce qu'il s'interposait entre la baffe que je voulais lui mettre et elle.  Raven dépucelait mes expériences inédites l'une après l'autre. En général, je n'avais pas tellement besoin de remettre les gens à leur place. Ma carrure et mon statut de second de Logan dissuadait la majorité des Insoumis de me chercher misère. Elle était la seule à ne pas le savoir ... à me bousculer, à me dire mes quatre vérités. Et là, elle était la première que j'avais l'impression d'embrasser pour une raison valable. Et la seule que j'avais repoussée pour ne pas passer pour un mec faible régenté par sa queue, un lâche qui préfère baiser que d'assumer ses responsabilités. Sauf que ce que je m'apprêtais à faire avec elle, j'avais du mal à l'appeler "baiser" et à le considérer au même titre que mes sauteries à l'Under. C'était une fenêtre ouverte sur autre chose qui me bouleversait totalement et être bouleversé n'entrait pas tellement dans mes plans. Sans doute pour les mêmes raisons que je n'arrivais plus à pleurer depuis mon enfance, je n'avais que peu expérimenté une atteinte positive sur le plan émotionnel. Des souffrances, des sales coups, des tortures, j'en avais encaissé. Mais je pensais que c'était le lot de chacun et que chacun devait faire avec. Un premier barrage s'était rompu quand j'avais éprouvé le besoin de chialer comme une gonzesse à l'annonce de la capture de Logan au point de devoir aller me cacher là où personne n'était censé me retrouver...  Il y avait des raisons à ça. Un mec appelé psy qui aurait épluché ma caboche aurait parlé de réactivation de la perte, du syndrome d'abandon et autre connerie. Mais à bien y réfléchir, je pensais à cet instant même à des paroles de Jeko. "Chaque homme a son point de rupture. Il encaisse, il encaisse. Mais arrive un moment où il décompense. Ça se traduit de façon variable, tu vois. Et personne ne peut prévoir quand ça va arriver, ni de quelle façon ça va se traduire. Mais ce qui est sûr c'est que le mec, là, il va avoir l'impression d'avaler son bulletin de naissance et de pas se reconnaître." Depuis, j'avais maintes fois vérifié en écoutant des gens parler de leur vie, ou même en étant témoin de ce basculement, que la théorie de Jeko se vérifiait. Même le parcours de Logan se vérifiait dans ce schéma. Il avait été milicien et un soir, le trop plein était arrivé et il avait avalé son bulletin de naissance asarien pour devenir ce qu'on appellerait plus tard un Insoumis.

Et moi, cette nuit, dans cette grotte, qu'est ce que j'étais en train de devenir ? Je n'en savais foutre rien. Mais ce que je savais, c'était que j'aimais mieux voir ce que je voyais dans le regard de Raven lorsqu'elle me dévorait des yeux comme elle était en train de le faire que ce que j'y avais lu à maintes reprises durant ces dernières années. Elle m'avait trouvé oui, avec mes cicatrices et mes lacunes, et même si je n'avais pas l'impression d'avoir fait quelque chose pour le mériter, elle me regardait différemment. La haine s'était muée en quelque chose de bien plus fort mais qui, au lieu de me mettre en rage, me faisait une chaleur au ventre que je n'arrivais pas à calmer. Désormais, il n'y aurait plus les Insoumis et moi dans la balance, mais Raven, les Insoumis et moi. Je le sentais confusément. Ce que je faisais pour aider cette communauté qui était ma dernière famille en date, je le ferai aussi et avant tout pour elle. Pour continuer à voir cette même lueur dans le regard qu'elle poserait sur moi. D'autres seraient bien plus âpres à me mettre en doute, mais c'est son avis à elle, qui compterait dans mon cœur, même si la raison me disait que les Insoumis Asariens savaient mieux qu'elle, juger si je pouvais faire le poids face à leurs semblables.

Tandis qu'elle se levait en titubant, je retins mon envie de la soutenir. Je savais sa fierté, je ne voulais pas risquer de rompre cette douceur entre nous mais j'avais bien l'intention de trouver dans le coin de quoi lui faire un repas chaud et mangeable. Elle en aurait besoin pour retrouver force et lucidité.Je me détournai alors qu'elle laissait tomber la couverture pour se vêtir. Enfin, durant une seconde, parce que j'avais envie de revoir ce que j'avais découvert en lui ôtant ses habits trempés. C'était peut-être la dernière vision magnifique que j'aurais avant de clamser alors je n'allait pas m'en priver. Et j'avais bien raison parce que sa chute de reins, debout, valait tous les risques. A la lueur des flammes, ses courbes se dessinaient en grâce et en mouvement et c'était un peu me faire beaucoup de mal. Mais parfois le mal pouvait aussi faire du bien. Je me détournai à nouveau quand elle regarda vers moi. Puis je me rhabillai à mon tour, rassemblant aussi le peu d'équipement que j'avais sur moi. Un peu confus, j'avais commencé à expliquer.

- Je suis tombé dedans complètement par hasard. En chassant. J'escaladais la colline et la paroi s'est effondrée sous mon poids. Je me suis retrouvé dans cette espèce de grotte. J'ai exploré toutes les salles que j'ai pu ouvrir. Je pense que c'était une sorte de QG souterrain, un peu comme les Abysses pour nous. Je le l'ai dit, il y a des rations alimentaires mais elles doivent être bonnes à jeter. Si tu regardes sur les ordinateurs, à l'arrière il y a une étiquette sur laquelle est marqué Made in Hong Kong. Je sais pas ce que ça veut dire. Et il y a une année : 2015.


Elle était déjà active malgré sa fatigue et je me sentais presque inutile. Je lui tendis un petit couteau qui me servait pour à peut près tout. Ouvrir une boite de conserve ou sculpter une figurine dans le bois. Jouer à la main rouge à l'Under. En revanche, j'avais un autre couteau réservé au lancer et à la chasse. Mais la lame était bien trop large pour ce qu'elle voulait en faire.

- Des enceintes, je crois que j'en ai vu sous un tas de gravats au fond de la pièce. C'est peut-être même une radio. Mais elle doit être HS. J'avoue que la dernière fois j'ai pas trop pris le temps de regarder. Je voulais rentrer avant le couvre feu. J'étais venu chasser pour ... Enfin, je veux dire, il restait plus grand chose en viande... dans la réserve. Y avait tous ces gamins qui mangeaient du riz bouilli depuis deux semaines...Je pouvais pas trainer. J'ai juste vu qu'il y avait beaucoup d'armes dans une pièce là bas au fond, un vrai arsenal. Je ...


Elle était en train de s'affairer sous la table et cela m'intriguait.

- Dis, s'il n'y a pas d’électricité, comment ça va émettre ? Il faut trouver le moyen d'en produire non ? Parce qu' au bout du couloir, j'ai vu une sorte de tableau électrique mais très poussiéreux et avec plein de manettes. Ça doit plus marcher...  Raven ? Tu crois au hasard, à la destinée, à la chance ou à tes couilles ?


J'avais posé la question en souriant, sans y penser. C'était une vieille phrase de Jeko. Avant de partir sur un contrat, il fallait qu'il me la ressorte.

- Non, je te dis ça parce que l'endroit où on est, j'y ai pensé comme un second refuge pour les Insoumis. Tu en penses quoi ? C'est là que je projetais de vous mener. Me demande pas comment. J'ai du traverser trois barrages de contrôle avant de rejoindre le Bidonville pour rentrer la dernière fois. Mais si on creusait une galerie qui parte de l'ancien métro et arrive ici, ça pourrait le faire non ? J'ai pas eu le temps de tout explorer et qui sait ce qu'on va trouver derrière les portes que j'ai trouvé fermées ?

Je réfléchissais à la façon dont je pouvais me rendre utile. J'en trouvais une  assez rapidement. Ça, Jeko, toujours lui, m'avait appris à le fabriquer. Mais il fallait que je sorte dehors. J'alimentai au maximum le feu afin d'aviver la lumière et je me penchai pour parler à Raven.


- Avant de rétablir l’électricité, si on y arrive, il va falloir éclairer ton plan de travail. Je sais fabriquer des torches et des lampes d'appoint mais il faut que je sorte pour chasser et cueillir des trucs. Je vais pas m'éloigner. Si tu entends un bruit suspect, cache-toi. Je te laisse mon couteau de chasse pour te défendre.


Je glissai mon couteau sous la table. C'était la seule arme que j'avais sur moi. Et de toute façon, la seule qui aurait survécu à l'immersion prolongée que nous avions subi. Pour chasser, je pouvais me débrouiller. J'avais appris très jeune à poser des collets et à tuer des bestioles à mains nues. Mon couteau de chasse, je le tenais de Jeko et c'était le seul souvenir que j'avais du bonhomme. Jamais je ne m'en séparais. Il était à côté de mon lit quand je dormais.






"Une vie entière prend parfois tout son sens
Dans la perfection d'une seule minute."
A. Lockwood
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 1000

Localisation : Sous la cité
Côté coeur : J'ai heurté le plus chiant des hommes

Activité/Profession (du personnage) : Hackeuse
avatar
Raven Hunt
« Insoumise » Humaine
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Mar 27 Oct - 14:41

Longtemps je fus une âme à la dérive et j’ai fini par trouver ma place, un refuge dans les entrailles de la cité. J’ai toujours été qu’un murmure, une silhouette sans grande importance qui tentait désespérément de se faire une place parmi les Insoumis. Joshua a été mon guide, mon mentor, cette figure paternelle qui m’a soutenue dans mes premiers pas. J’ai pris de l’assurance, j’ai appris à vivre parmi eux, à respecter les lois et le code d’honneur de ces hommes et ces femmes. Mais je n’étais que la moitié de moi. Toutes ces années, j’ai cherché à être complète. Il me manquait quelque chose pour être sereine, pour pouvoir évoluer et grandir aussi. La vie d’une petite humaine dans les abysses d’une mégapole bercée entre l’argent et les vices n’est jamais facile. J’ai appris à recevoir les coups, mais à ne jamais fléchir. A relever la tête, à serrer les poings et ne jamais reculer. Avancer ou Crever. C’était ce que me répétait Joshua quand je pleurais toutes les larmes de mon corps, quand je ne voulais plus vivre dans ces galeries et retourner à la surface. Au-dessus, je n’aurai été que de la chair fraiche qui aurait été mise en pâtures aux Asariens pour étancher leurs soifs de jeux pervers. Alors j’ai tenu bon et je suis devenue ce que je suis. La petite blonde fouineuse qui ouvre sa gueule quand elle a quelque chose à dire. Je suis directe, ça plait ou pas. J’ai appris à aimer les défis, à les mener jusqu’au bout de l’arrivée et à ne plus fuir les dangers et les responsabilités de hackeuse. Logan avait dû voir tout cela en moi et je ne sais toujours pas comment il savait. Il était comme Joshua. Ils m’ont permis de dépasser mes limites, de m’endurcir et d’être une Insoumise. Je n’ai pas volé ma place parmi eux. Cette idée m’a longtemps hantée. Je me trouvais tellement en deçà de tous les individus qui composaient le clan des Insoumis.  Aujourd’hui, je suis un enfant des Abysses tout comme l’homme dont je sens le regard sur moi lorsque je laisse glisser à mes pieds  la couverture qui m’enveloppait, lui dévoilant mes courbes à la lueur des flammes.

Je ne sais pas ce que je ressens à cet instant-là. Tout est si nouveau, si confus aussi.  Un plaisir et une certaine fierté d’être celle qui attise son désir mêlé à de la crainte de ne pas être comme toutes ces femmes qu’il a connues, avec lesquelles je l’ai vu si souvent à l’Underworld. J’ai moins d’expériences que ces filles bien foutues et c’est là que mes peurs s’engouffrent dans mon cœur qui déborde de bonheur. C’est paradoxal et je n’y peux rien. Je sens mes battements dans ma poitrine qui poursuivent toujours leur route incessante. En réfléchissant mieux, mon cœur s’est toujours autant emballé en sa présence, mais je mettais cela sur le compte de la colère et de son comportement irritant envers moi. Ça n’a jamais été véritablement cela. Mon cœur l’avait reconnu bien avant que j’arrête de m’aveugler inutilement. Il était déjà le miroir de mon âme, l’autre moitié de moi, alors que je tentais désespérément de me camoufler derrière mes maigres remparts. Ce n’était  pas non plus le moment de m’étendre sur cette  béatitude que je découvrais et que j’avais envie de découvrir encore plus.  Adam et moi étions les mêmes sur ce plan-là : on ne pouvait pas mettre de côté la situation actuelle pour satisfaire nos envies. Nos priorités envers notre famille étaient plus importantes.
On se rhabilla tous les deux et j’écoutai son histoire sur la découverte de cet abri.

- 2015 ?! Woooh ! Je n’ai jamais vu d’ordinateurs aussi vieux. Comment ce QG souterrain a pu rester ainsi si longtemps sans être découvert ? Les Asariens ont tendance à soumettre et dominer chaque petite parcelle et là, ça leur est passé sous le nez.

Une fois prête, je commençais à tourner sur moi-même pour détailler la salle où nous étions. Sur tout un côté de mur, il y avait ces fameux ordinateurs et je m’empressai de les rejoindre pour apprécier cette découverte étrange et très captivante aussi pour une passionnée d’informatique de mon genre. Il voulait faire une radio. Nous allions devoir chercher le matériel nécessaire à cette réalisation. J’étais une hackeuse pas une petite fée. Adam me donnait beaucoup trop d’importance sur ce coup-là et c’était troublant. Pour la première fois, je prenais le temps d’apprécier ses mots et de trouver touchant son comportement envers moi. L’ancienne Raven l’aurait envoyé chier, ça c’était certain, sur la fabrication d’une radio sans rien de bien concret. Là, j’étais différente. Nous étions différents tous les deux. Tandis que je listais l’équipement qu’il me faudrait, je m’étais agenouillée et j’étais passée à quatre pattes sous les tables où trônaient les vieilles machines. Il y avait un boitier. En fait c’était les câbles qui sortaient de là qui m’intéressait. Ils avaient l’air d’être en bon état. Mais pour le savoir, il me fallait retirer le cache. Adam me prêta un petit couteau et j’entrepris de deviser les attaches qui me résistaient tout en continuant à l’écouter sur les informations qu’il me donnait. Même en étant concentrée sur les vis et la pointe du couteau, j’entendais les confessions d’Adam. Je le reconnaissais à peine et pourtant toutes mes dernières actions depuis qu’on avait appris pour Logan, avaient été de le soutenir et de lui donner toute cette confiance qu’il semblait avoir perdu. Il était aussi un homme bon qui s’intéressait aux enfants de notre communauté. Derrière ces airs bourrus, Adam cachait un cœur énorme.

- Si tu peux retrouver les enceintes, ça me serait utile, oui.  

Le boitier finit par céder à ma détermination et j’avais bien raison car ces fils étaient ce qu’il me fallait. Je tapai la tête contre la table en voulant me retourner un peu trop rapidement.

- Aie ! Non, je n’ai pas de couilles, mais ça tu as du le remarquer. Et pour ce qui est de la chance ou de la destinée … Je crois que nous en sommes les preuves bien vivantes. Ma mère me disait qu’il faut laisser aussi une place au hasard. Il n’y a pas d’explications dans tout ce que l’on voit ou tout ce que l’on vit.

Je restai à genoux à réfléchir à ses questions tout en suivant des yeux le chemin des fils qui se perdaient dans les coins les plus sombres. Je posais mes mains sur mes cuisses et je levais la tête vers Adam en lui offrant mon sourire le plus espiègle.

-  Ha ouais … des armes … ?! Je crois me souvenir qu’on a jamais fini de lister celles qu’on a dans les abysses parce que Monsieur ne voulait pas qu’une blondasse mette le nez dans ses affaires ! Je lui fis un petit clin d’œil avant de redevenir sérieuse. Tu as bien fait pour les enfants. Et je le savais déjà. Ce n’est pas la première fois que je te voyais revenir au campement avec du gibier. Non pas que je te surveille, mais je bosse toujours très tard au poste de surveillance et tu rentres souvent quand moi j’ai fini mon tour de garde.

Il avait l’idée d’amener tous les Insoumis ici, dans ce QG souterrain. Il devait être immense et on pourrait stocker beaucoup de choses. Nous serions aussi plus à l’abri et on pourrait respirer le bon air pur surtout pour les enfants et les plus âgés d’entre nous.

- Beaucoup d’entre-nous ont besoin de respirer autre chose que la puanteur des égouts.  Les Asariens auraient certes un peu moins de faciliter à se déplacer à l’extérieur sauf si … derrière ces fameuses portes, il y a des galeries. Ça peut se tenir. Regarde autour de  nous : on a un bunker qui parait sans fin. Un QG dissimulé aux yeux de tout le monde donc comment tous ces gens faisaient-ils pour circuler sans être vu ?  Et s’il y avait des tunnels qui partaient d’ici et qui rejoignaient la cité. J’ai toujours entendu mes parents que sous Asaria, il y avait une vraie fourmilière de galeries. On vient peut-être de la découvrir.

Je me remis à quatre pattes pour couper les fils avec le couteau. Il n’y avait pas d’électricité c’était donc sans danger. C’était bien beau de trouver du matériel mais sans la source principale, on était mal. Très mal même. J’entendis un petit tintement près de moi et je découvris un couteau beaucoup plus gros.

- Ton couteau pour me défendre ? Et toi Adam ? Tu vas te défendre avec quoi ?

Cette fois-ci je me levais sur mes jambes en tenant les câbles que je venais de trancher. Il partait chasser en pleine nuit sans rien sur lui. Dehors, il y avait des bêtes sauvages et peut-être même des Miliciens. La peur me paralysa alors que je le dévisageais. Il serait sans défense, sans moyen de protection sans son arme. J’avais envie de le supplier de ne pas sortir, de rester avec moi et je prenais conscience que j’allais devoir faire taire mes angoisses en le voyant prendre tous ces risques. On ne peut aimer un homme avec autant de responsabilités sur les épaules sans accepter les dangers. Je me rendis compte du silence qui s’était installé entre nous deux et je finis par lui répondre, la gorge nouée.

- Je vais aller voir ce panneau électrique. Si je peux le bidouiller. Si notre déduction est juste au sujet de ce QG qui serait relié à la cité par des galeries, il peut être encore alimenté par la cité.

Je ramassai son arme pour la garder avec moi et Adam finit par sortir de notre abri après ses dernières recommandations. Je posai le petit couteau et les câbles et j’entrepris de visiter les lieux. Mais avant cela, je devais chercher à m’éclairer. Je déchirai un bout de mon débardeur et je trouvai un long bâton qui ressemblait plus à une vieille canne. J’enroulai le tissu et je le fis flamber. Ça tiendrait le temps qu’Adam revienne, ou au moins, le temps que je puisse jeter un œil à ce panneau. Si je le trouvais ! Je pris sur ma droite et j’avançai dans le premier couloir. Vous vous souvenez, je vous avais raconté que j’avais peur du noir. C’était l’une de mes phobies. Je peux vous assurer que je n’en menais pas large à cet instant. J’avais la sensation d’entendre mon cœur dans mes oreilles tellement il pulsait à cent à l’heure. Mais je tenais bon, je devais avancer et chercher ce panneau. Les ombres me faisaient sursauter et je serrais le manche de ma torche entre mes doigts jusqu’en m’en faire mal. Je devais retrouver mon calme parce que le tissu allait s’éteindre avant que je ne trouve ce que je cherchais d’urgent. Certaines pièces où je passais étaient bien rangées, d’autres contenaient encore des grosses caisses comme si ces personnes n’avaient pas eu le temps de tout emporter. J’entendais des bruits bizarres autour de moi. Cela devait être des petits animaux, j’essayais de m’en persuader. Je focalisai mes pensées sur Adam et sur ce fichu panneau que je ne trouvais toujours pas.  Après avoir suivi ce couloir, j’aperçus le panneau. La porte était bancale et ne tenait que par un seul côté. Je glissai le couteau dans mon dos et je tirai avec ma main de libre sur la porte qui céda aussitôt. Le tissu perdait de ses flammes et je n’y verrai bientôt plus rien. J’appuyais sur tout un tas de boutons, je redressais certains petits leviers sans rien de bien concret quand un bruit sourd se fit entendre. Une sorte de grondement, de mécanisme qui se mettait en marche.

- Bordel, c’est quoi tout ça ? La prochaine fois Raven ne touche à rien !

Me parler à moi-même à haute voix me donner une certaine assurance. J’en avais besoin, ma torche venait de s’éteindre. .. Et  j’étais dans le noir. Je lâchai la torche inutile et je me plaquai contre le mur. Il fallait que j’avance pour retourner dans la pièce principale où Adam avait fait du feu. C’était tout droit … mais mes jambes ne voulaient plus avancer et je tremblais comme une feuille.



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
A. Lockwood



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 149

Côté coeur : célibataire

Activité/Profession (du personnage) : Trafiquant d'armes, ancien mercenaire
avatar
Adam Lockwood
Co-Leader des Insoumis
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Dim 1 Nov - 20:19



Prendre une arme dans l'espèce d'armurerie que j'avais trouvé dans cette base aurait pu être une option. Mais pour en faire quoi ? Un coup de feu aurait trahi notre présence, alerté les Miliciens. Chasser au fusil n'était pas envisageable la nuit dans les Terres Sauvages. Si seulement j'avais eu mon arc avec moi ... Je ne l'avais pas et je devais faire sans. Un seul regard de ma part avait suffit à faire taire les objections de Raven. La majorité des Humains n'aurait eu aucune chance de survivre de nuit dans la lande sans aucun moyen de défense, mais nous n'étions pas la majorité des être humains, nous étions des Insoumis. Nos guerriers savaient se battre, nos logisticiens se démerder avec trois fois rien, nos techniciens dépanner des trucs bons pour la décharge, nos cuisiniers accommoder des denrées récupérées dans les poubelles du Bidonville . Nous avions élevé la survie au rang d'art. Raven participait de ce système. Elle savait. Ce qui le lui avait fait oublier un court instant, c'était ce qu'elle ressentait pour moi. J'en avais souri brièvement mais mon regard était redevenu inflexible. Celui du type qui n'argumentera pas et ne laissera pas de place aux jérémiades. C'est ce que j'appréciais chez elle, en plus. Pas d'exagération dans les sentiments. Une retenue, une pudeur. Sauf quand elle tentait de me clouer le bec. Mais ça c'était avant. J'étais paradoxalement quelqu'un de pudique bien que j'ouvris ma grande gueule quand j'avais quelque que chose à dire. Et généralement ce n'était pas pour rien. Ça cinglait. Raven en avait fait l'expérience à l'Underworld et avec le recul je me demandais encore comment elle n'avait pas craqué à mes propos franchement très agressifs. Mais la Raven que je commençais à découvrir avait de la trempe. Et il en fallait beaucoup pour la déstabiliser durablement. L'inquiétude, je l'avais vu passer dans son regard, mais, très vite, elle s'était ressaisie.

Elle avait expliqué ce qu'elle comptait faire, tandis que je fouillais les tiroirs d'un coin qui ressemblait à un atelier et réunissais des choses pour mes pièges, cordelettes, boulons et clous essentiellement. je tombai aussi sur des sortes de bande en caoutchouc comme on pouvait en trouver dans les systèmes de transmission des vieux moteurs. Ces courroies étaient parfaites. Je trouvai aussi un vieux sac un peu fusé, en toile épaisse et j'y fourrai le tout puis le fixai en bandoulière en travers de mon dos. J'aurais du lui dire d'attendre mon retour pour aller là-bas au fond ou de prendre plusieurs bouts de bois de rechange pour ne pas se retrouver sans lumière pour la guider mais pour moi la grotte ne recelait pas de danger majeur. Je hochai la tête et lui souris avant de m'éloigner rapidement. Le plus vite j'aurais ce que je voulais, le plus vite on pourrait aller rejoindre les autres par les galeries. Il était hors de question que je fasse traverser les Terres Sauvages et les barrages à Raven, surtout après ce qui était arrivé à Logan. La Milice devait grouiller.

Je me glissai par le boyau où nous étions descendus et entamai une lente remontée avant de déboucher à la surface. La nuit était assez claire pour pouvoir se déplacer sans torche mais décidément bien fraiche comparée à la tiédeur de notre abri. Le ciel étoilé était magnifique et je me serais bien laissé aller dans d'autres circonstances à m'allonger dans les Dunes pour contempler l'immensité de cet espace infini. Je me mis à marcher jusqu'à l'endroit où j'avais tiré quelques lapins des sables la dernière fois que j'étais venu. Je repérai le trou qui marquait l'entrée d'un terrier. J'y installai mon petit dispositif avec quelques branchettes, de la ficelle et un boulon faisant office de contrepoids. Jeannot lapin devait se terrer et n'avait pas manqué de sentir mon odeur mais j'avais les moyens de le faire sortir et donc de le faire tomber dans mon piège. J'installai un autre piège plus loin si jamais ils étaient plusieurs. Maintenant il fallait repérer l'autre entrée. Hé oui, les lapins étaient comme les Insoumis par certains côtés. Toujours prévoyants, ils creusaient plusieurs sorties. Je repérai d'autres trous similaires et je répétai l'opération. Puis je me postai devant le dernier, en priant pour ne pas en avoir oublié un. Je réunis un petit tas de brindilles sèches et de branchettes que je disposai assez loin dans le terrier et je commençai à allumer un feu comme Jeko me l'avais appris, de la même façon que j'avais allumé celui de notre refuge. Un bâton qu'on tournait sur un morceau de bois plus plat. Ça marchait si on savait s'y prendre et si on était assez patient. Les brindilles finirent par s'enflammer. Je devais avoir l'air fin, à quatre pattes en train de glisser mes mains dans ce putain de trou. Mais la fumée commença à s'étendre. Je rajoutai vite des brindilles et des morceaux de végétaux et je bouchai l'entrée avec le gros sac en toile. Si tout se passait comme je le souhaitais, le feu ne tarderait pas à s'éteindre sans oxygène bien entendu. Mais avant il aurait dégagé bien de la fumée dans le terrier, obligeant nos longues oreilles à se diriger vers les issues de secours. Et je n'aurais qu'à lever les collets. C'était cruel... C'était la vie en Asaria. La survie. Je fis le tour des pièges tantôt marchant courbé, tantôt presque à quatre pattes dans l'ombre des dunes sableuses. J'avais réussi à en avoir trois. C'était bien plus qu'il n'en fallait. Je retournai au trou où j'avais mis le feu qui continuait à fumer salement. Il devait y avoir des courants d'air dans ces galeries. Les lapins avaient la ventilation. j'en revenait pas. Futés, les lapins ! Mais cela n'arrangeait pas mes affaires. Si la fumée devenait trop épaisse, elle serait visible, même dans la nuit. Je haussai les épaules, marmonnai en ouvrant ma braguette et en tâchant de viser le feu dans le trou:

-Désolé les gars, en plus je pisse sur votre maison. Mais c'est la guerre ...

Le feu éteint, je pris le chemin du retour vers la caverne. Avec tout ça je pourrais faire à manger et fabriquer des torches avec de la ficelle, de la graisse et de la peau de lapin. Je cueillis aussi quelques baies et récoltait des tubercules de patate sauvage pour faire une sorte de bouillie dégueulasse mais qui pourrait réveiller un mort et donnait des forces. J'approchais de la grotte mais un grondement se fit entendre. Je me mis à courir. Si moi je pouvais entendre le bruit. Les Miliciens aussi . Je me laissai glisser dans le boyau et j'atterris plus que je ne marchai sur le sol de la grotte. Au passage je saisis un morceau de bois et l'enflammai dans le bûcher puis je m'avançai dans le couloir. J'avais dans l'autre main un morceau de bois de bonne taille pour assommer tout éventuel agresseur. Il fallait arrêter ce truc qui allait attirer toute la Milice sous peu. Ça ressemblait à un vieux groupe électrogène. C'était bon à savoir pour plus tard. Mais là, c'était tout sauf discret. Les gens qui avaient installé ça n'avaient pas besoin d'être discrets, cette planque datait vraiment de Mathusalem. 2015... Tellement longtemps avant la Pluie de Feu... Asaria et sa fondation. Ça donnait le vertige rien que d'y penser. Un miracle que ça fonctionne encore. Aucune technologie asarienne ou apparentée. Il faudrait isoler phoniquement s'ils voulaient utiliser ce bazar. Mais là aussi, les Insoumis trouveraient la solution. Ils trouvaient toujours la solution ...

- Raven, tu es où ? Bon sang c'est quoi ce bruit ? Il faut couper ça tout de suite.  Raven ...

J'essayais de ne pas laisser percer la pointe d'angoisse dans ma voix mais c'était plus fort que moi. La lueur de ma torche faisait des ombres dansantes sur les parois du couloir. A trente mètres environ, je distinguai une silhouette qui peinait à avancer.

- Raven ... tu vas bien ? Qu'est-ce qu'il y a ?

Mais ma voix fut couverte par un nouveau bruit différent du premier mais qui cessa presque immédiatement. Un bruit de turbine. Le ronflement sourd du début avait lui cessé, remplacé par un léger sifflement presque imperceptible et des éclairages s'allumèrent diffusant une lueur rouge. C'était étrange mais au moins on voyait où on était et ou on allait. Sur ma gauche, il y avait une sorte de porte blindée et un boitier avec un gros bouton.

- Raven, je sais pas ce que tu as trafiqué mais c'est génial, ou pas . Je crois que tu as mis en route un groupe relais qui servait à réactiver quelque chose... Je suis pas le spécialiste de l'équipe mais ça a du fonctionner. Et je crois que ça se passe derrière cette porte.

Quoi qu'il y eut derrière cette porte, ça alimentait le refuge en électricité. Le seul très gros inconvénient, c'est que leur système de démarrage était terriblement bruyant. Même si maintenant le bruit diffus qui émanait de derrière la porte épaisse était certainement imperceptible, le grondement du premier dispositif, lui, ressemblait assez à celui d'un moteur de ventilation comme il y en avait dans les gaines des gratte-ciels asariens. Oui, j'avais assez rampé dans ces putains de gaines afin d'accéder aux toits des immeubles pour m'en souvenir. C'est alors que je remarquai la sale mine de Raven à la lumière blafarde des ampoules rouges. Inquiet, je fronçai les sourcils en faisant quelques pas vers elle...






"Une vie entière prend parfois tout son sens
Dans la perfection d'une seule minute."
A. Lockwood
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 1000

Localisation : Sous la cité
Côté coeur : J'ai heurté le plus chiant des hommes

Activité/Profession (du personnage) : Hackeuse
avatar
Raven Hunt
« Insoumise » Humaine
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Ven 6 Nov - 12:09



J’adorais tout tripoter, tout bidouiller, tout remonter,  mais là j’aurai peut-être mieux fait de ne rien toucher. J’avais déclenché quelque chose d’énorme, une sorte de générateur qui n’avait plus fonctionné depuis des années et encore, j’étais loin du compte. Sauf que j’avais généré un gros boucan et question d’être discrète, je repasserai mon tour. Non mais, attendez un instant, vous avez cru vous aussi que ce panneau pouvait encore marcher et produire de l’électricité ? Pas moi pour le coup. En attendant ça faisait un bordel monstrueux, mais il n’y avait aucune petite lumière à l’horizon. Ma torche venait de s’éteindre et j’étais tétanisée par ma phobie du noir. Tout pour me rassurer ! Instinctivement, je m’étais plaquée contre le mur. Mes jambes refusaient d’avancer. Je savais que la pièce où se trouvait le feu qu’Adam avait allumé pour nous réchauffer était tout droit. Je n’avais plus qu’à refaire le chemin en sens inverse. C’était plus facile à dire qu’à faire. Je fermai mes yeux et je tentai d’inspirer et d’expirer lentement pour calmer mes palpitations et mes sueurs froides.

- Il existe plusieurs façons de contourner nos peurs Raven.

- Ha oui ? Et de quelles manières ? J’ai peur du noir depuis que je suis toute petite et encore plus aujourd’hui.

- Oui, chaque peur peut être détournée et domptée. Tu dois te focaliser sur quelque chose qui te donnera confiance. Cela peut prendre la forme d’un souvenir, les visages de tes parents. Ils seront ta lumière.

Ma lumière … Oui c’était de cela dont j’avais besoin. Je faisais le vide dans mon esprit et je cherchais mes souvenirs heureux. Les visages de mon père et de ma peur. A ces images, il y avait celle d’Adam qui s’ajoutait aujourd’hui. Il me donnait encore plus la force de bouger et d’avancer. Je pris mon courage à deux mains et j’ouvris mes prunelles, fixant le long couloir qui était devenu sombre et je me redressai sur mes jambes. Une voix familière me sortit de ma torpeur. La voix de l’Insoumis. Il était revenu de sa petite virée ou alors c’était le bruit infernal que j’avais déclenché qu’il l’avait fait retourner plus vite dans notre cachette. Quel que soit le choix qui l’avait poussé à me rejoindre, j’étais soulagée. Ma peur commençait à me libérer de ces chaines. Il était inquiet. J’avais perçu son angoisse dans ses questions. Personne ne s’était plus inquiété pour moi, depuis Joshua. Après sa mort, j’étais redevenue solitaire et je m’étais plongée dans la mission de mettre en place le poste de surveillance dans nos abysses. On ne faisait pas attention à moi sauf quand j’ouvrais ma gueule pour émettre mes idées ou des objections.  J’étais seulement la petite blonde qui bossait dans les ordinateurs. Je savais que Logan gardait un œil sur moi tout comme Wade quand je passais l’entrée de l’Underworld. Mais j’étais pudique, je n’exprimais pas mes sentiments, ce que j’éprouvais. Je l’avais fait qu’avec Joshua et maintenant je le faisais avec Adam. Du moins, je réapprenais à le faire.

- Je suis là …  J’ai …

Nos voix furent couvertes par un autre bruit. Ha non hein ! Cette fois-ci promis, je n’y étais pour rien ! Le son était beaucoup moins puissant, une sorte de sifflement qui cessa très rapidement. A ce rythme-là, j’allais mourir d’une crise cardiaque d’ici le lever du soleil. Et au miracle ! Des petites lucioles rouges s’allumèrent un peu partout. Cela nous donna un éclairage tamisé, mais assez pour savoir où l’on mettait les pieds et assez pour moi pour me détendre, parce que là j’étais tétanisée contre le mur. Je pus distinguer le visage d’Adam qui s‘était rapproché de moi. Il fallait que je me force à lui répondre, à mettre de côté la peur qui m’avait clouée sur place.

- J’ai touché aux boutons dans le panneau électrique que j’ai trouvé. Je ne pensais pas que cela fonctionnerait. Après tout ce temps … On vient de créer l’impossible …

Ma voix dérailla sur la fin de ma phrase.  Elle transpirait toute l’émotion que j’avais endurée depuis qu’il était parti chasser. D’ailleurs cela n’avait pas échappé à Adam qui observait la moindre de mes réactions.

- Je vais bien, t’inquiète pas …

Menteuse. Enfin pas tout à fait non plus. J’allais beaucoup mieux qu’il y a quelques instants plus tôt. Sauf que cela n’était pas suffisant pour Adam qui attendait une explication plus précise. Ses yeux ne me quittaient pas et je devais être honnête, me confier à lui. L’ancien co-leader des Insoumis n’aurait pas manqué de me faire des remarques désobligeantes sur ma phobie, il aurait été odieux. Pourtant là, je savais qu’il n’aurait pas cette réaction et que je pouvais tout lui dire.

- J’ai une peur panique du noir. J’ai toujours sur moi une lampe de poche quand je prends les galeries. J’ai déchiré un bout de mon débardeur pour faire flamber le tissu au bout d’un bâton, mais il s’est éteint avant que je puisse retourner au feu.

Je me sentais idiote. C’était une peur pour les enfants et je l’avais dissimulée aux Insoumis depuis tout ce temps sauf à Joshua. Je n’étais pas la petite humaine avec plein de courage et de bravoure, j’avais aussi mes faiblesses. Je ne voulais pas trop m’éterniser sur ma phobie. J’en avais d’autres comme celles des armes à feu. Joshua n’avait jamais pu m’entraîner à me défendre, ni à guérir cette peur. Cela devait être lié à ces coups de feu que j’avais entendus cette nuit-là dans les bidonvilles, quand j’avais retrouvé mes parents assassinés d’une balle en pleine tête. Je pris le temps d’examiner cette salle avec plus d’attention et de m’accommoder à cette lumière rouge. Face à cette porte blindée, il y avait un sas fermé par un  battant coulissant que je montrai à Adam. On ne pouvait pas voir ce qu’il y avait de l’autre côté.

- Tu as vu ? On dirait un passage qui a été condamné.

Le plus important maintenant, c’était cette porte blindée. Je me décollai de ce mur et je m’avançai vers  elle.

- S’il y a un groupe relais ou un truc de ce genre, autant le savoir, non ? Et comme j’aime bien appuyer sur tout un tas de boutons …

Je posai ma paume sur ce gros bouton rouge et je reculai. Un nouveau bruit sourd se mit à retentir. On pouvait deviner que le mécanisme avait dû mal à se mettre en marche. Soudain un gros nuage de poussière d’échappa tout autour de la porte blindée qui remua avec beaucoup de difficultés. Un petit cliquetis nous annonça que quelque chose venait de se libérer. J’attrapai la barre en fer qui servait de poignée avec mes deux mains, mais elle ne voulait pas bouger.

- Hey  mon Musclor !  J’ai besoin de toi.

Oui, oui ! Même dans une situation critique, je pouvais faire de l’humour.



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
A. Lockwood



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 149

Côté coeur : célibataire

Activité/Profession (du personnage) : Trafiquant d'armes, ancien mercenaire
avatar
Adam Lockwood
Co-Leader des Insoumis
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Sam 7 Nov - 16:41

J'avais souri au surnom qu'elle avait employé. Je savais depuis longtemps qu'elle m' avait surnommé ainsi. Depuis que j'avais surpris une conversation entre Alexandra et elle. J'étais en train de réfléchir à ma prochaine sortie de ravitaillement en ville, assis dans l'ombre d'un escalier taillé à même la roche, quand je les entendis passer en contrebas. Elles étaient en train de discuter au sujet de la réparation d'un appareil médical qui semblait précieux pour le poste de soin. Un truc qui servait à surveiller le rythme cardiaque, si j'avais bien compris. Nos équipes de ravitaillement l'avaient volé dans les sous sols de l’Hôpital, dans un secteur peu fréquenté où était apparemment stocké le matériel hors d'usage. On avait embarqué tout ce qu'on pouvait. Bien sûr dans le tas, certains n'étaient pas réparables mais ça c'était l'affaire de Raven de le déterminer. J'avais tendu l'oreille pour écouter la description de la pièce qui lui manquait pour tenter une réparation. C'était dans le but d'essayer d'en trouver une à ma prochaine sortie. Alexandra qui me connaissait assez, savait que je me pliais en quatre pour dégoter des trucs rares mais parfois très utiles à la survie de la communauté et elle avait conseillé à Raven de me demander.

- AAh demander à l'autre ? Musclor ? Non mais merci. Je veux bien essayer de te réparer cet engin mais je vais me débrouiller et passer par l'Underworld pour la pièce. Il risque de me ramener un grille-pain au lieu du processeur dont j'ai besoin.


Je n'avais pas entendu la réponse d'Alexandra car elles s'éloignaient déjà dans une galerie menant au poste de secours. Je me doutais qu'elle avait sans doute dû essayer de me défendre un peu. Mais Raven avait la réputation d'être plus que buttée et ça ne devait pas être une mince affaire de plaider en ma faveur. A l'époque déjà, au lieu de me mettre en rogne, ça m'avait fait sourire. Son aversion n'était donc pas feinte. Mais pourquoi autant de hargne ? Quand nous étions face à face, on pouvait y voir une sorte de défi. Mais lorsque je n'étais pas là ? Pourquoi tant de vindicte à démontrer son mépris à mon égard ?

J'avais la réponse à présent, dans ses yeux, dans sa façon de se comporter avec moi. Elle se poussa et j'empoignai la barre à mon tour.

- Oui, laisse ça à ton Musclor, Gamine! Il est plus doué pour ça que pour faire la différence entre un processeur et un grille-pain !
Ajoutai-je en lui faisant un clin d’œil.

Je l'avais écouté m'avouer sa peur de l'obscurité mais je savais que ce n'était pas le moment de creuser plus le sujet. Le temps nous était compté et elle n'en avait pas envie. C'était une question qui devait s'aborder avec tact et je n'étais pas spécialement doué pour ça. Les sentiments, qu'ils soient négatifs ou pas, je n'arrivais à les coucher que sur le papier. Sinon ils sortaient brutalement en cris de rage, ou en coups ou ne sortaient pas du tout s'ils étaient positifs. Même l'amitié restait une expression tabou pour moi. Logan savait ce que je pensais de lui, mais jamais il n'avait entendu un mot engageant un sentiment, de ma part. Possible qu'il l'ait perçu par les actes. Mais j'étais vraiment incapable de parler de ce que je ressentais. Un blocage qui remontait à ma prime enfance et qui ne disparaîtrait peut-être jamais totalement. Raven était entrain de bousculer tout ça et je lui avais exprimé plus de ressenti en quelques minutes que durant toute ma vie passée. Mais il ne fallait pas trop en demander à la fois.

Je tirai la porte en m'arc-boutant. Cette saleté était bien grippée dans la poussière mais finit par céder et grincer sur ses gonds énormes dans un gémissement lugubre et métallique. Elle s'ouvrit sur une salle immense que nous n'aurions jamais pu soupçonner derrière ces murs. Je m'avançai en marmonnant:

- J'espère qu'il y a pas de serpents là dedans ! Moi c'est des serpents dont j'ai une trouille bleue ! Pourtant le serpent grillé, c'est excellent... Plaisantai-je pour la mettre à l'aise.

Devant nous, de gigantesques machineries était en action. Des pistons entrainant des rouages dont la complexité m'échappait. Ces rouages étaient couplés à des sortes de grosses turbines dont on percevait le sifflement. C'était ça qui générait électricité. Mais pour l'énergie qui actionnait les pistons et les rouages, je restais encore perplexe. D'énormes câbles partaient de ces turbines pour traverser le mur et mener ... au tableau électrique qu'avait actionné Raven. Je m’avançai dans la salle qui faisait une hauteur de cinq étages environ. C'était une grotte en vérité. Aménagée par l'intelligence humaine mais une grotte naturelle. Elle s'étendait loin, bien plus profonde que la longueur du couloir que nous avions parcouru ne le laissait supposer. Je marchai encore et encore. Tout en alimentant ma torche  au cas où les lumières viendraient à s'éteindre. Aux pistons monumentaux, avaient succédé d'énormes tuyaux, des conduits plutôt. Je fis signe à Raven de s'arrêter et je collai mon oreille à la paroi de l'un d'eux. Puis je lui fis comprendre d'en faire autant. On entendait nettement un grondement régulier et sourd. Le même que celui qui déferlait sous nos pieds quand le sol s'était effondré dans la galerie condamnée des Abysses.

- Ils avaient bâti une putain de centrale hydroélectrique ! Et tu viens de la remettre en marche, Raven!


Je poursuivis mon avancée mais nous arrivâmes face à un mur. C'était le fond de la salle. Les conduits s’enfonçaient dans la paroi.

- Il faut faire demi-tour... On ne peut pas aller plus loin ... En tout cas, on sait d'où vient l'énergie ... Ceux qui ont bâti ça étaient loin d'être cons. Tu imagines ? Ça fonctionne encore. L'eau doit venir de la montagne... La pente naturelle lui donne de la vitesse. Ils ont capté cette force pour en faire de l'électricité ... Il suffit d'entretenir ça comme il faut et on aura un QG éclairé et chauffé!


C'était presque trop beau pour être vrai. Est ce que le Gouvernement connaissait l'existence de cet endroit ?  Non, probablement pas. Jamais ils ne l'auraient laissé sans surveillance. Soit ils l'auraient investit à leur propre compte, comme base avancée de la Milice par exemple, soit ils l'aurait détruit ... Nous étions les premiers à le découvrir ! Je m'arrêtai pour prendre Raven par les épaules et la secouer. Elle était un peu hébétée par cette découverte dont elle était en partie responsable.

- Tu imagines ! Ce qu'on peut faire de cet endroit ! C'est la seconde chance des Insoumis ! Comme si le destin nous donnait enfin un coup de pouce... Il faut qu'on explore ce qu'il y a derrière l'autre porte, celle dont tu as parlé ... Il y a peut-être un accès vers les rapides, vers les galeries de la rivière souterraine.

J'espérais que c'était le même genre de rivière que celle dans laquelle on avait dû plonger. Si on arrivait à trouver un accès, ça pouvait nous permettre de rejoindre les Abysses. Il faudrait juste qu'on remonte en amont pour trouver un endroit moins instable.






"Une vie entière prend parfois tout son sens
Dans la perfection d'une seule minute."
A. Lockwood
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Messages : 1000

Localisation : Sous la cité
Côté coeur : J'ai heurté le plus chiant des hommes

Activité/Profession (du personnage) : Hackeuse
avatar
Raven Hunt
« Insoumise » Humaine
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Sam 14 Nov - 0:09


Au moment où le vacarme s’était tu et que de petites lumières rouges s’étaient allumées pour guider nos pas, quelque chose en moi me disait que nous venions de trouver bien plus qu’une grotte ou qu’un abri oublié. L’arrivée d’Adam m’avait permis de retrouver mes esprits et de combattre ma peur de l’obscurité. Je n’étais pas très fière de moi d’être aussi tétanisée par cette peur alors que j’avais affronté il y a quelques heures le torrent infernal de la rivière. J’avais failli me noyer à plusieurs reprises, mon corps était encore tout engourdi des coups que j’avais reçus durant notre baignade. Ce danger-là, je pouvais y faire face en puisant dans ma force, mais dès que ma peur se dressait devant moi, je perdais le contrôle. Et ce n’était pas le moment de redevenir un boulet, la petite Insoumise qui n’avait pas sa place, qui craignait tout et rien à la fois et qui se savait insignifiante. J’étais une enfant des Abysses et je l’avais prouvé maintes fois. Malgré cela, nous vivions dans une communauté, dans un clan, où nous devions tous les jours montrer que nous en étions dignes. Je remerciais Adam silencieusement de ne pas évoquer ma peur ici. Il me poserait des questions plus tard, à n’en pas douter et je lui répondrai. Je n’avais plus peur de me mettre à nue devant lui, je n’étais plus sur la défensive de peur de me recevoir des remarques caustiques. En quelques heures, Lui et Moi, nous avions évolué dans nos rapports. J’avais enfin ouvert les yeux sur ma façon de réagir, pourquoi je tenais temps à le détester et à prouver à tout le monde que je ne le supportais pas. Il était facile d’amener les opinions des membres de notre clan sur cette voie et cela avait bien marché puisque dès que je me retrouvais dans la même pièce qu’Adam, les Insoumis se dispersaient rapidement pour éviter nos prises de becs. J’avais réussi au-delà de mes espérances en éloignant l’homme qui ne m’avait jamais laissé indifférente. OK ! Je sais ce que vous allez dire : que les femmes ont un esprit encore plus tordu que les hommes. J’avoue que là, c’est bien le cas pour moi.

L’assassinat de mes parents, tués par les Miliciens a changé la petite fille que j’étais. J’étais beaucoup plus naïve et plus ouverte aux autres. J’aimais discuter et j’étais très sociale au point de me lier aux gens. Dans les bidonvilles, beaucoup connaissaient ma petite tête blonde, la fille de Parker Hunt. Toujours souriante, toujours polie, toujours prête à aider. La misère et l’état d’insalubrité dans lequel nous vivons n’avait pas empêché mes parents de m’inculquer le respect. Et puis, tout s’arrêta. Joshua m’a sauvé de la condition d’esclave qui devait être ma seule destinée. Je me suis renfermée sur moi. Je me suis barricadée avec difficultés pour ne plus souffrir. La mort de mon mentor, de celui qui avait fait figure de protecteur et de confident avait fini par faire disparaitre toutes traces de l’ancienne Raven. J’avais perdu toutes les personnes que j’aimais, toutes celles qui me donnaient confiance en moi, avec lesquelles j’étais en sécurité et c’est cela, ce déclic qui fut le point de départ de la nouvelle Raven. Je ne voulais plus souffrir, plus m’attacher. Cacher mes sentiments derrière mon attitude de petite peste pour les oublier. Les faire disparaitre derrière un caractère merdique pour obliger les autres à me détester et à m’éviter. Me dissimuler derrière mon ombre, derrière cette attitude de peur de souffrir. J’y étais parvenue d’une main de maitre au point que je m’étais entêtée et aveuglée devant Adam. J’avais trouvé le seul type qui réagissait au quart de tour à mes piques verbales. Et plus il y répondait, plus j’ajoutais des remparts merdiques entre nous deux parce que j’avais déjà ressenti l’ébranlement dans mes maigres protections.

Cette nuit, tout avait changé. Nous avions frôlé la mort et je me demandais encore comment nous avions pu nous en sortir idem avec seulement quelques hématomes et égratignures.  Toute cette mésaventure dangereuse nous avait rapprochés. Elle nous avait donné la chance d’ouvrir les yeux, de laisser tomber ces chamailleries et d‘être sincère l’un envers l’autre. J’avais mis tant d’énergie à devenir la chieuse du groupe, à me faire détester par lui que je me rendais-compte à quel point tout cela avait été un gâchis.  Lorsque je posais les yeux sur Adam, je ne voyais plus l’image de l’homme à détester parce qu’il représentait un danger pour mes sentiments, un danger pour mon équilibre. Je voyais un homme qui me donnait la force de me battre, qui me donnait le moyen de me dépasser et surtout, il m’offrait ce sentiment de sécurité et de chaleur que j’avais si longtemps tenu loin de ma portée.

Je me déportée sur le côté et lui laisser le champ libre pour ouvrir cette immense porte blindée qui résistait. Ses paroles me firent à la fois sourire et me surprirent. Elles me renvoyaient à un souvenir que je n’aurai dû partager qu’avec Alexandra. Ce soir-là, il était là, quelque part et il m’avait entendu échanger avec la soigneuse des Insoumis au sujet d’une pièce qu’il me fallait à tout prix pour pouvoir lui remettre sur pied un appareil nécessaire et très important pour sa petite infirmerie. Je haussai les épaules en l’observant tirer sur cette porte qui n’avait, pour le moment, pas l’intention de céder.

- Humm ! Tu étais là ? Tu as tout entendu ? Tu sais, je fais toujours en sorte d’aller moi-même chercher les pièces qu’il me faut. D’ailleurs Logan m’avait donné l’autorisation d’aller à l’Underworld pour cette raison. Au début, il confiait cela à d’autres Insoumis, mais ce n’était jamais les bonnes pièces que l’on me rapportait. Il a donc décrété que le plus logique, c’était que j’aille moi-même sur place. Et puis toi … tu m’as toujours fait …

La porte s’ouvrit avant que je ne puisse terminer la fin de ma phrase, dans un brouhaha plein de poussière et de grincements. Cette ouverture donnait sur un nouveau passage et une autre salle, éclairaient elle aussi par ces même lucioles rouges. Il prit avec lui sa torche et je m’agrippai à son tee-shirt, dans son dos. Rien qu’à l’idée d’imaginer être de nouveau plongée dans le noir, j’en avais des sueurs froides. Je n’étais pas certaine de sa peur sur les serpents ou si c’était pour me faire comprendre que toute personne a ses faiblesses, que chacun d’entre-nous a ses peurs même un homme tel que lui et que cela ne faisait pas de nous des Êtres faibles et dénués de courage. Je resserrai mes doigts sur son tee-shirt et je murmurai un remerciement. Il savait me donner le sourire même dans les pires moments ainsi cette volonté d’occulter ma peur pour me permettre d’avancer.

- Beurk … le serpent grillé …

On s’engouffra dans cette grotte aménagée. La torche nous montrait sa hauteur infinie et l’exploit des Hommes qui avaient vécu ici. J’avais l’impression d’être dans une autre dimension, de ne plus me trouver dans les terres sauvages, d’avoir trouvé un passage qui menait vers un autre univers totalement inconnu. La complexité de la salle et ma curiosité sur toutes ces machines, sur les mécanismes surprenants et immenses me donna la possibilité de lâcher Adam et de m’avancer vers ces rouages qui semblaient se remettre en place après un très long sommeil.  Mon esprit cherchait à comprendre ce merveilleux dispositif quand Adam me fit signe d’approcher et de coller mon oreille contre la paroi.





- L’eau. C’est le bruit de la rivière.

Puis on poursuivit notre découverte jusqu’à arriver au fond de la salle.

- Des sources naturelles sont nichées dans les montagnes. La force de l’eau est transformée en électricité. L'énergie  du courant d'eau est transformée par ces turbines hydrauliques, puis en énergie électrique par un système d’alternateurs. C’est une énergie continue.  C’est tellement … inimaginable que j’ai encore du mal à me dire qu’on ne rêve pas.

Je tournai lentement sur moi-même pour capter chaque image de cette salle, pour comprendre cette découverte majeure pour notre famille. Perdue dans mes pensées, ce sont deux mains sur mes épaules qui me secouèrent pour me sortir de mon état second.

- Hey ! Ça va hein, je te signale que j’ai mal partout pour me secouer dans tous les sens. Plaisantai-je en le voyant de si bonne humeur. Un QG beaucoup plus sain pour les enfants, pour nous tous. On n’aura plus jamais froid l’hiver, on ne sentira plus l’humidité sur nous, on n’aura plus toutes ces odeurs  … On pourra sortir à l’air libre, chasser, cueillir, se baigner dans l’océan, aller plus souvent au village des Humains, à la vieille auberge. Ho tu la connais ? Cette vieille bâtisse perdue au cœur de la nature ?

L’enthousiasme d’Adam était communicatif et je m’emportais comme une adolescente. Je hochai la tête au sujet de ce sas condamné qu’on avait vu dans la première salle.

- Ce sas doit être aussi activé par un système. Il faut trouver le bon bouton. Si ce côté de la salle donne sur la rivière souterraine, on peut penser que le sas qui est à l’opposé donne sur quelque chose de plus stable … Viens ! Retournons là-bas.

Je l’attrapai pas le bras et on refit le chemin en sens inverse. Je jetai par moment des regards à ces petites lumières rouges en suppliant intérieurement qu’elles ne s’éteignent pas. Logiquement, elles ne devraient pas puisque j’avais remis en marche un système qui alimentait toute la grotte en électricité, mais ma peur arrivait parfois à me faire penser à des choses incohérentes. C’était assez chiant. On arriva finalement au début de notre périple, près du panneau électrique et de ce sas qui ne cessait d’aiguiser mon attention. Je plaquai mes mains contre ce panneau froid et je donnais des petits coups, en tapotant.

- Bon, il ne nous reste plus qu’à trouver un dispositif, un bouton, n’importe quoi pour ouvrir ce truc.

S’il y avait eu un gros bouton près de la porte blindée, là il n’y avait rien pour actionner l’ouverture. La lumière tamisée me donnait un très mauvais aperçu de la salle. Je réfléchissais à ce qui pourrait ouvrir ce genre de système. S’il n’y avait pas de bouton … alors ça pourrait être …

- Adam ! Tu veux bien allumer avec ta torche  ce coin-là. Il y a comme des sortes de tables ou de bureaux.

La flamme de la torche m’apporta une réponse. Là aussi, ça devait être un genre de PC qui devait surveiller la sécurité au niveau du panneau électrique, de cette porte blindée et de ce sas. Il y avait deux vieux ordinateurs, là aussi et entre les deux écrans, contre le mur, un boitier rouge poussiéreux. Je soulevai le claquet et je découvris une poignée. Adam s’avança près de moi et on se regarda un bref instant. Nous ne pouvions pas passer à côté d’une autre découverte et il fallait prendre ce risque. Je tirai alors sur cette poignée et un bruit caverneux suivi d’un tremblement secoua la salle où nous étions. Le sas remuait, comme s’il se débattait pour se libérer de sa longue léthargie et lentement, toujours dans ce tumulte fracassant, le sas se souleva ravivant la poussière à nos pieds. On se recula et je portai mes mains devant mes yeux pour me protéger. Le vacarme continua durant quelques secondes puis tout s’arrêta et lorsqu’enfin je reposai mes yeux sur le sas, il s’était ouvert, mais d’un quart.

- Le mécanisme doit être enrayé. Si ce n’est que ça, il sera très facile de le remettre en état. Un petit tour de l’autre côté ?

Je me plaquai au sol et je m’aidai de mes coudes pour glisser sous l’ouverture. Nous avions assez de place Adam et moi pour nous faufiler dessous. Je me relevai péniblement sur mes jambes que je sentais vaciller. J’avais oublié que mon corps n’avait pas encore repris toutes ses forces et que j’utilisais mes dernières réserves. Je ne voyais absolument rien devant moi, tout était noir. Je pris la torche qu’il me tendait pour qu’il puisse à son tour glisse sous le sas …
On n’entendait le même bruit de l’eau, mais plus éloigné que dans l’autre salle. La lueur de la torche nous indiqua que nous étions dans une autre grotte … une galerie. "Les miracles surviennent lorsque tu accordes autant d’énergie à tes rêves que tu en accordes à tes peurs" me répétait ma mère.

- Tu crois que cette galerie rejoint le reste des tunnels  que nous connaissons ? Un passage qui permettait à ces gens de rester discrets et d’évoluer un peu partout ?



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
A. Lockwood



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   

Revenir en haut Aller en bas

(Terminé) End Of An Era [Adam]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant

Sujets similaires

-
» [Terminé] Un bon petit film [Emma]
» .~oO Cloud D. Cross | The Ashbringer Oo~. [ Retouches terminées]
» Hermione Granger ( terminée)
» Shawn Adam Maxime Séregon [Vagabond]
» 101 TH AIRBORNE (Armée terminée en 1 semaine de quickpainting)

Asaria : Le monde de la Prophétie :: » La vitrine d'Asaria (des rps à lire pour les plus curieux)-