(Terminé) End Of An Era [Adam]

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Adam Lockwood
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MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Dim 22 Nov - 17:15

Nous étions comme deux gosses émerveillés devant un magasin de jouets qui nous serait ouvert pour une fois. Mais très vite la conscience que les nôtres s'inquiétaient et étaient certainement en train de nous rechercher reprit le dessus et je me précipitai à sa suite vers le sas qui se situait face à cette porte que nous venions d'ouvrir. Il ne comportais aucun système de verrouillage apparent, comme si les bâtisseurs de génie qui avait construit tout ça voulaient le préserver le plus possible des intrus. Je laissai Raven reprendre la main sur ce coup. C'était elle la technicienne. Elle me demanda d'éclairer un coin du couloir situé près des deux portes. Je n'y avais pas fait plus attention que ça en avançant la première fois dans le couloir. Des ordinateurs, il y en avait plein dans la pièce principale alors deux de plus ou de moins ... Sauf que près de ceux-ci ma torche révéla un boitier muni d'un clapet transparent sous lequel il y avait un gros bouton poussoir. Nous échangeâmes un regard entendu Raven et moi et elle l'actionna. En s'ouvrant, le sas dégagea une poussière considérable qui nous obligea à fermer les yeux.  Malheureusement le sas ne s'était ouvert que d'un quart en hauteur ce qui nous obligea à nous coucher au sol pour passer dessous par la petite ouverture. Si cela ne posa pas de problème à Raven, j'eus un peu plus de mal à faire passer ma carrure. Je me glissais en ahanant comme je pouvais après lui avoir tendu la torche.

- Ouais, on ne rit pas... Être Musclor n'est pas toujours un avantage.

Lorsque je me relevai, j'eus la surprise de voir que nous étions dans une sorte de grotte sur laquelle débouchait une galerie. Je m'avançais laissant la torche à Raven qui s'y accrochait comme à une bouée. Elle m'inquiétait même si je ne voyais pas distinctement son visage, je sentais qu'elle était au bord de l'épuisement. Je l'avais vue vaciller sur ses jambes lorsqu'elle s'était relevée alors que j'achevais de me glisser sous le sas.

-  Ça va, toi ? Oui, c'est possible qu'elle débouche sur des endroits qui nous intéresseraient mais cette galerie date d'une centaine d'années au moins. Elle doit être très instable. Si je ne me trompe pas ... Il faudrait une boussole parce que c'est pas facile de s'orienter dans cette installation... Humm attends. Asaria est bâtie sur les contreforts de la chaine Est de la Grande Barrière. Donc si la rivière qu'on entend vient de ces hauteurs, pour retourner en direction d'Asaria, il faut logiquement remonter le cours de cette rivière. Si la galerie est parallèle à la rivière, alors on devrait trouver un moyen d'approcher le bidonville, mais rien ne dit qu'on ne passe pas à côté et qu'on ne débouche pas en plein sous le dôme central. De toute façon rien ne doit communiquer directement, sinon nos amis Miliciens auraient déjà mis le nez dans ce lieu.

Je fronçai les sourcils en la voyant tituber à nouveau et s'appuyer contre la paroi rocheuse.

- Non, ça va pas ... Tu as encore rien mangé aussi... Raven, il faut qu'on fasse une pause et qu'on retourne dans la salle principale pour faire le point avant de se risquer dans cette galerie. J'ai trouvé de quoi manger... Pendant que je tenterai de situer un itinéraire en faisant une carte, tu reprendras des forces... De toute façon, il faut qu'on essaie d'avertir les autres. Si tu arrives à faire une radio portative, on pourrait même s'en servir dans notre progression pour indiquer notre position aux autres...  

En réalité, ce qui me préoccupait le plus était l'état de Raven mais je savais que stratégiquement parlant, ce serait une erreur de le montrer. J'avais appris à la connaître au fil de nos prises de becs incessantes. Le fait d'avoir compris que nous éprouvions autre chose que cette apparente inimitié ne me faisait pas perdre de vue qu'elle restait dotée d'un caractère de cochon, doublé d'une fierté très susceptible. Je préférais donc arguer d'un besoin de préparer notre exploration et de construire rapidement une radio, ce qui d'ailleurs était une réelle nécessité. On n'allait pas partir à l'aventure sans un minimum de réflexion. J'avais suffisamment déconné pour une seule journée. Notre périple dans l'eau de la rivière souterraine m'avait servi de leçon.






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A. Lockwood
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Raven Hunt
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MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Jeu 3 Déc - 13:35



Je levai la torche pour apprécier le décor de cette grotte ? Ce passage ? En fait, je n’en savais rien de ce que cela pouvait représenter. On entendait toujours le bruit de l’eau, mais cette fois-ci beaucoup plus éloigné que précédemment. J’étais passée la première sous le sas et j’attendais qu’Adam me rejoigne. Sa carrure plus athlétique que la mienne le freiner légèrement pour se glisser sous l’ouverture. Mon sourire espiègle se dessina aussitôt sur mes lippes et je secouai la tête énergiquement à sa plaisanterie.

- Je vais commencer à croire que tu as toujours adoré que je te surnomme Musclor !

Il se redressa à mes côtés et il commença, avant même de me donner ses remarques sur cette galerie, à se soucier de moi. J’étais fatiguée et mon corps ressemblait à une sorte de maelström de douleurs et d’épuisement. Mais je tenais bon pour Lui, pour Nous et pour les autres Insoumis qui devaient s’inquiéter de notre longue disparition. Il n’insista pas et n’attendit même pas que je réponde à sa question. Je ne pouvais que reconnaitre cette manière qu’il avait de porter toute son attention sur ma petite personne et de me laisser en même temps le soin de ne pas trop me brusquer, car il savait que j’étais dotée d’un caractère de cochon. Je m’étais tournée vers lui et je l’observais comme si c’était la première fois que je le voyais vraiment. Il était prévenant  et attentif à mes réactions, et cela me déstabilisait. Ce n’était pas cette image de lui qui s’imposait à moi depuis le jour où j’avais mis les pieds chez les Insoumis. En fait, je comprenais que lui aussi se protégeait derrière une carapace et qu’il ne montrait de lui que cet homme insociable et froid. Je ne connaissais rien du passé d’Adam, ce qu’il avait vécu et ce qu’il faisait avant de fonder le groupe avec Logan, mais j’aimais la perspective d’un savoir, un jour, davantage sur lui, lorsqu’il se confierait à moi, lorsqu’il lâcherait prise lui aussi. Nous avions tant à partager pour mieux nous dévoiler et nous découvrir.

Adam continua sur sa lancée et il m’expliqua son point de vue sur la situation et sur cette galerie qui semblait infiniment grande à tel point qu’on n’y voyait pas le bout même avec la torche. Arpenter ce tunnel, c’était prendre un trop gros risque et les risques, nous en avions assez vécu pour cette nuit. On ne pouvait pas avancer sans savoir où nous mettions les pieds.

- Tu crois que ces hommes ont construit leur base ici même parce qu’ils savaient qu’il y avait tout un réseau de galeries naturelles à côté ? Et puis même, si ce n’était pas le cas, s’ils ont donné un coup de main à la nature pour approfondir ces galeries, elles doivent bien nous amener quelque part, pas à la cité, certes, elle n’existait pas encore.  Tu as raison, il faut revenir ici avec une boussole et aussi des plans. Il faut fouiller cette base. Elle doit bien contenir de vieilles cartes ? On pourrait alors le comparer avec les plans d’aujourd’hui et essayer de voir ce qui a été créé à leur époque et ce que les Asariens ont créé avec les anciennes voies du métro. Où ça pourrait nous mener !

J’étais devenue comme une adolescente devant l’apparition d’un monde merveilleux. Nous avions une base qui pourrait servir de refuge aux Insoumis. Un nouveau chez-nous, plus chaud, plus confortable, plus sécurisant, moins humide. Nous n’aurions plus froid, on ne respirerait plus toutes ces mauvaises odeurs qui à force avaient entamé nos voies respiratoires. Les humains mourraient de ces infections pulmonaires, trop couteuses pour les soigner convenablement même en subtilisant certains médicaments. Là, on pouvait s’assurer d’une meilleure santé.

- Même si ces galeries ne correspondent à rien par rapport à Asaria. Elles pourront au mieux nous rapprocher des dômes.

Je pivotais sur moi-même à la recherche d’un je ne sais quoi, des marques, des indices sur ces parois rocheuses.

- J’aimerai bien y revenir ici en journée, Adam. Avec plus de matériel et aussi pour tenter de localiser véritablement l’emplacement de cette base. On pourrait se rendre plus facilement au village et à l’auberge !! Tu connais l’auberge de Sarah ?!! Je t’y amènerai un jour. Elle fait d’extraordinaires bons petits plats !

Toutes ces émotions me donnèrent le tournis. Mon corps tirait la sonnette d’alarme depuis un moment et j’avais fait en sorte de museler ses appels au secours. Maintenant, je n’arrivais plus à y faire face et je dus prendre appui pour ne pas chanceler. Adam le savait et rien qu’en écoutant ses mots et son inquiétude, je ne pouvais nier tout cela. Je soupirais devant ma faiblesse.

- Oui, je crois que je suis à bout de mes limites. Je suis navrée Adam. Je vais faire cette radio. A moi la construction ! A toi la cuisine !

Je lui fis un clin d’œil avant de lui donner la torche et de me glisser sous le sas, comme je l’avais fait au tout début. Cette fois-ci c’était pour revenir sur nos pas et dans la salle principale ou l’on s’était réchauffé auprès du feu. Je repris la torche et il se faufila après moi. Je ne le lâchais pas d’une semelle, j’avais toujours cette peur vrillée aux chevilles de voir soudainement l’électricité nous faire défaut et nous replonger dans le noir. Je m’accrochais à son bras comme si ma vie en dépendait. C’était un peu ça en fait. Ma phobie exerçait sur moi un malaise et une incapacité à me contrôler. Nous marchâmes ainsi jusqu’à ce que les lueurs du petit feu familier s’aperçoivent au loin. Je laissai enfin l’air reprendre le bon chemin dans mes poumons. Sans m’en rendre-compte, j’avais bloqué ma respiration durant tout le chemin que nous avions refait en sens inverse.

J’avais laissé tout le petit matériel sur le sol que j’avais dégoté un peu partout et je repris le tout avec moi. Je m’installai en tailleur près de l’âtre et je commençai à bidouiller la fameuse radio tandis qu’Adam s’attelait  à préparer notre repas. Je lui avais rendu son couteau, il en aurait plus besoin que moi. Je me concentrai donc sur les accessoires que j’avais soigneusement récupérés.  Il fallait que je sois très ingénieuse si je voulais que ça marche, au moins pour pouvoir signaler aux Insoumis qu’on allait bien. Je n’étais pas certaine que cette radio puisse nous suivre dans nos déplacements, comme l’avait souhaité Adam. Je verrai bien ce que cela donnerait une fois le tout monté.  Une idée me traversa l’esprit : il y avait des humains ici. Ils avaient des ordinateurs pour surveiller la base et peut-être même les extérieurs. Comment communiquaient-ils ensemble ?  Je me relevai sous l’œil surpris d’Adam et j’allumai un morceau de bois pour m’en faire une nouvelle torche. Fouiller ! C’était ce que je voulais depuis le début. Je commençai à ouvrir des tiroirs. Certains étaient bloqués, mais d’autres eurent l’amabilité de céder sous la pression de ma main. Je fis cela sur toute la rangée de bureaux accolés contre le mur, puis je m’attaquai  à un petit meuble qui s’ouvraient avec deux portes bancales. En tirant sur l’une, celle-ci déclencha l’ouverture de la seconde. Là-dedans, il y avait un rongeur que je fis partir à coup de gestes rapides avec ma torche. C’était la première fois que je tombais sur des classeurs. Ils pourraient peut-être nous apprendre un peu plus sur la base, mais ce n’était pas ma priorité pour le moment.

Je m’accroupis pour être à la bonne hauteur et j’explorai le contenu du meuble. A force d’être entêtée, je fis  la découverte qu’il me fallait !

- Bingo !! Adam ! J’ai trouvé un vieux talkie-walkie par ici ! Je vais voir si je peux me servir de quelques pièces ! Je viens de trouver des classeurs et plein de ranges-documents.

Je revins près de lui avec ma trouvaille que je démontai avec précaution. Lorsque j’ouvris la carcasse de l’appareil, beaucoup de fils étaient rongés par le temps et les températures qu’ils avaient dû subir, mais le cœur même du talkie-walkie paraissait intact. Je grattai les mauvais fils avec le bout d’un petit couteau qu’Adam venait de me passer et je les replaçai par les fils en bon état que j’avais découpé un peu plus tôt. Le plus important s’était de provoquer un contact avec les fils et le mécanisme qui était encore potable.
Je ne savais pas combien de temps j’étais restée à bricoler la radio, mais ce fut l’odeur de la viande rôtie qui me fit lever la tête :

- Mmmm, ça sent trop bon !

Je passai le revers de ma main contre mon front et je  décidai de me lever de ma position, laissant un instant ma radio pour rejoindre Adam. Il faisait tourner les lapins au bout d’une broche d’infortune pour éviter qu’ils ne brulent. Je me penchai alors contre lui posant ma joue contre son épaule. J’avais besoin de sa présence.



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
A. Lockwood



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Adam Lockwood
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MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Dim 13 Déc - 13:47

J'étais soulagé que Raven accepte mes arguments sans les contester. La Raven que je connaissais avant aurait pris à contre pied toutes mes propositions même si elles étaient fondées sur une logique et un bon sens liés à l'instinct de survie. Elle l'aurait fait pour le simple plaisir de me défier, de me contrarier, de ne pas me donner raison. Nous avions fait un sacré bout de chemin en deux baisers échangés. Ce qui les avait précédé avait aussi aidé à la prise de conscience. Même si je continuais à penser que m'approcher et se lier à moi revenait à se mettre une cible sur le corps, ou un aimant à emmerdes, je ne pouvais m'empêcher d'avoir envie que Raven fasse encore un pas vers moi. Je ruminais tout ça sur le chemin du retour jusqu'à l'âtre, ce qui fit que je la laissais parler toute seule. J'étais plutôt un mutique de nature et bordel, là j'avais crevé le plafond de mon nombre de mots/journée. La semi obscurité était propice à la réflexion et me permit de masquer mes expressions lorsqu'elle s'accrocha à mon bras. Ça aussi, c'était nouveau. Une main sur mon bras, un corps en remorque au mien. Ma carcasse d'ancien tueur traînant une gamine... Eh merde, non putain ! Il fallait que je m'y fasse, Raven n'était pas une gamine... J'avais eu le loisir de le voir à la lueur du feu. Une vague de chaleur monta en moi à ce souvenir et je remerciai encore une fois l'obscurité. C'était une femme... Plus belle que dans mes rêves nocturnes, que tous les fantasmes qu'un mec de mon âge pouvait se faire entre deux passages dans les bras accueillants de l'Under. Une nana qui me tenait tête et me disait merde quand elle en avait envie. Une femme qui était capable de discuter de galeries éboulées, de radios et de mécanique... Il ne manquait plus qu'elle me dise qu'elle aimait Steppen Wolf et la bière et je l'épousais.

Dès que nos pas nous avaient conduits jusque devant le feu, que j'avais réapprovisionné en revenant de la chasse, nous nous étions absorbés à nos tâches dans le domaine où nous excellions. S'il y avait bien une chose que nous avions en commun elle et moi, c'était le sens du devoir et l'engagement envers la communauté. Je comprenais mieux à présent, en la voyant s'affairer alors qu'elle était au bord de l'évanouissement, pourquoi Logan avait décidé que ce serait elle qui monterait le poste de surveillance et de sécurité des Abysses et le chapeauterait. Il avait toujours su voir au delà des apparences. Je pensais que c'était un truc d'asarien au début. Mais je doutais maintenant. Les femmes restaient hermétiques au scan des asariens autant que des hommes. Asaritude ou pas, la femme était le mystère, le triangle des Bermudes de la raison masculine, le trou noir intersidéral... Je souriais sans m'en rendre compte en me remémorant les dictons de Jeko sur les « femelles ».Après tout, il était sans doute vrai que les Asariens avaient autant d'emmerdes avec leurs femelles que nous. Donc les super pouvoirs n'y changeaient rien. On était baisés par la suprématie de la complexité féminine. Asarien ou pas. Tiens un slogan pour ces Pacificateurs en bleuette : tous égaux devant les embrouilles de vos femmes, Humains et Asariens, serrez-vous les couilles !

Alors, oui, Logan avait simplement du nez pour cerner une personnalité et en tirer la quintessence, parce qu'il était juste un type bien, asarien ou pas. Un type qui prenait le temps de connaître les gens avant de se faire une opinion à leur sujet. C'est ce qui faisait de lui un battant, un mec qui survivrait, même à la torure. Je voulais y croire, je m'accrochais à cet espoir. Il saurait trouver la faille chez ses bourreaux et leur faire un beau doigt d'honneur, ne pas leur donner le plaisir de le voir crever. Ce qui n'était pas vraiment mon cas. Sans lui j'aurais bel et bien crevé là-bas. Je jugeais trop hâtivement, ce qui me rendait vulnérable à l'ennemi.Vous voulez un autre exemple ? Regardez ce con d'Insoumis. Adam Lockwood , le meilleur snipper parmi les mercenaires. Un avenir prometteur. Un séjour dans les cachots de la Milice. Quel humain peut se vanter d'y avoir survécu ? Un boxeur amateur qui aligne tous ses adversaires les uns après les autres ?  Et là, que vaut-il ? Il est KO en deux rounds devant une gam... une femme qui fait la moitié de son poids.

Je souriais en dépeçant mes lapins et en les empalant sur des tiges métalliques de trieurs que j'avais dépiautés, ce qui me donnait probablement un air parfaitement sadique à la lueur des flammes. Oui malgré tout ça, je rêvais que Raven fasse encore un pas vers moi. Et lorsqu'elle le fit, c'est naturellement  que je penchai la tête pour me tourner vers elle qui se tenait contre mon épaule et déposai un baiser sur ses lèvres. Je reculai très vite avec un regard d'excuses. Si je me laissais aller, les lapins brûleraient, jamais la radio ne serait achevée et les Insoumis seraient condamnés à nous attendre dans les Abysses.  Mais j'ouvris mes bras pour qu'elle puisse s'y blottir tandis que je taillais des bouts de bois avec mon couteau de chasse.

- Lapin aux herbes sauvages ! J'espère que tu aimeras. Tu vois, je fabrique des torches longue durée. Je vais utiliser ces morceaux de graisse que j'ai raclé sur les fourrures des lapins. Tiens, passe-moi la ficelle . Avec du pétrole ou de la poix, ça marche encore mieux, mais les esquimaux ne se servaient que de graisse animale pour se chauffer et s'éclairer. Tu sais c'était des mecs qui vivaient dans la glace tout en haut du pôle nord et là bas, pas de pétrole ou de bois. Je vais nous en faire plusieurs, et comme ça tu auras toujours de la lumière. La graisse brûle même dans l'humidité, contrairement au bois ou au tissu.

Je ne l'avais pas quittée des yeux durant sa séance de mécano électrique.

- Tu as réussi à faire quelque chose qui ressemble à une radio avec les talkiewalkies ? Pour la faire portative, ce qui va nous manquer, c'est une batterie hein ? Je me trompe pas ? Si seulement j'avais une vieille batterie de bagnole ou de blindé léger … tu l'aurais ta source d'électricité portative !

Je pris la ficelle qu'elle me tendait et pris bien soin de l'enrouler en partant du sommet de la torche jusqu'au tiers supérieur environ. Puis je frottai la corde avec la graisse de lapin et sortis de mon sac en toile de petits morceaux de terre, du moins cela y ressemblait. Raven se pencha en plissant le front sur les petits trésors issus de ma besace.

- Crottes de suricates... Mentionnais-je. Tu sais, ces bestioles se trouvaient plus au nord avant. Australie, Nouvelle Zélande. De grandes îles... Je me demande comment elles ont pu coloniser Asaria. Elles n'ont pas pu nager, donc elles sont arrivées avec nos ancêtres, sur les bateaux. Ou alors elles ont fabriqué des radeaux … Tu imagines, Asaria envahi par une flotte de petits rongeurs ? En tout cas, leurs crottes brûlent aussi bien que la tourbe. Et longtemps.

Je fis alors un truc tout à fait glamour en prenant ces choses appétissantes à pleines mains et en les écrasant sur le haut de la torche. Je les aplatis de façon à les modeler puis je recouvris cette nouvelle couche de corde également.

- Voilà la torche de mademoiselle. Je nous en ferai trois autres après le repas...

Je reniflai mes doigts et captai l'air interrogateur de Raven.

- Ça ne sent pas vraiment mauvais mais je vais aller me laver les mains hein...

Je me levai en haussant les épaules d'un air d'excuses. Je n'étais pas exactement le mec attirant et sophistiqué mais plutôt celui qui avait appris à survivre à bien des situations qui auraient du le faire crever. Jeko m'avait enseigné beaucoup sur le désert et sur le bush qui recouvraient une partie du territoire asarien. C'était des espaces où on pouvait rivaliser avec les Asariens et même les surpasser, à condition d'apprendre à survivre au froid, à la chaleur, à la faim et à la soif.  Les grottes étaient des asiles sûrs si on savait faire du feu et le garder. Si l'utiliser en dehors était proscrit pour éviter de se faire repérer par la Milice, il était vital dans les cavernes dont était truffée la barrière rocheuse. Il  permettait de se réchauffer, de s'éclairer mais avant tout de faire fuir les prédateurs qui occupaient souvent ces lieux. Raven me regardait comme si je venais de descendre de la lune. Je ne cherchai même pas à dissimuler un sourire narquois. Ne pas oublier qu'hier encore, j'étais pour elle un crétin sans cervelle qui ne connaissait que la force de ses muscles.

- Je reviens très vite. Pendant ce temps trouve nous des gourdes. Je crois que j'en ai vu dans un placard au fond de la caverne. Juste à côté de celui où tu as découvert les archives. J'irai les remplir  pendant que tu mangeras. Il ne faut pas qu'on traîne trop. Les nôtres sont en danger tant que Logan est entre les mains de Van Brënner.






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A. Lockwood
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Raven Hunt
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MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Dim 13 Déc - 20:53

Bidouiller de vieux appareils, trafiquer un circuit électrique ou en créer un de toute pièce, contourner des pare-feux et me lancer dans des recherches complexes sur la toile, tout cela je savais faire avec une précision qui au fil des années s’était améliorée. C’était peut-être pour cela que Logan m’avait donné toute sa confiance pour mettre sur pied le poste de surveillance des abysses. Logan ne jugeait pas un Insoumis par sa nature et ses pouvoirs, il jugeait une personne par sa valeur et ses capacités. J’enfreignais toutes les règles de la société: d’abord ma blondeur qui faisait de moi une femelle à l’esprit très réduit d’après des préjugés vieux de plusieurs siècles. Puis ma jeunesse. Je n’avais que vingt-huit ans, c’est-à-dire très peu d’expériences pour être à la tête d’un projet. Mais les lois de la communauté abysienne n’avait rien avoir avec celles qui régnaient au-dessus de nos tête, dans cette cité faite de luxure et de débauche. Exit ma blondeur et mon jeune âge, j’étais un petit génie dans ce que j’entreprenais et j’étais plutôt fière de moi.

Plongée dans la confection d’une radio potable avec un vieux talkie-walkie et des fils intacts que j’avais pu récupérer, je levais parfois les yeux vers Adam qui nous mitonnait des lapins rôtis. Nous avions frôlé la mort et  notre instinct de survie avait été plus fort que tout. Dans ces moments importants où tout pouvait basculer en un claquement de doigt, nous avions mis de côté nos querelles et nos prises de têtes qui n’étaient que des remparts à ce qui nous faisait peur. Nous avions certes chacun des raisons à nous comporter ainsi, mais nous avions aussi perdu beaucoup d’énergie à mettre de la distance entre nous deux. Une distance fragile malgré tous nos efforts. Elle s’était volatilisée en quelques regards, en quelques mots. Nos corps s’étaient fragilisés par cette baignade nocturne improvisée et nos cœurs n’avaient plus eu la force de lutter pour tenir éloigner l’autre. Je voyais Adam sourire en s’activant devant le feu. Je ne savais pas à quoi était dû ce petit sourire, mais j’imaginais bien tout un tas d’idées qui pouvait lui passer par la tête, parce que j’étais dans le même état que lui.

Je me refocalisais sur cette radio. Elle ne serait pas portative comme il avait souhaité. Il me manquait le principal sauf si je découvrais d’autres pièces intéressantes dans toutes ces immenses salles qui nous entouraient. Tout le montage était terminé. Je n’avais plus qu’à tenter d’émettre en direction des Insoumis et de croiser les doigts. Mais mon estomac se rappela à mon bon souvenir. L’odeur de la viande rôtie en était responsable et je n’arrivais plus à me concentrer sur mes gestes. Mon esprit, quant à lui, faisait des siennes et il m’échappait et vagabondait jusqu’à lui. Ce n’était pas le lieu ni le bon moment, j’en étais plus que consciente, pourtant, je me redressai pour le rejoindre et m’installais à ses côtés. Il n’y avait pas besoin de mots pour se comprendre au moment où je posai ma joue contre son épaule et qu’il se pencha pour m’embrasser. Je retrouvai la douceur de ses lèvres et un frisson glissa sur ma peau. Un souvenir de ma mère me revint alors qu’Adam s’excusait du regard pour s’être déconcentré de notre repas. Elle me disait que « les rencontres les plus importantes étaient préparées par les âmes avant même que les corps ne se voient et que les cœurs battent à l’unissons. » Je ne me savais pas aussi romantique et cela m’inquiétait même. J’avais quand même dû prendre un sacré coup sur la tête pour repenser à tout cela. Pourtant, je ne pouvais m’empêcher de sourire comme une gamine et de caresser tendrement du revers de ma main sa joue. J’aurai pu rester ainsi à le regarder bricoler. J’étais fascinée par sa dextérité, moi qui m’était bornée depuis tout ce temps à ne le voir que comme un corps tout en muscle sans cervelle, tout cela parce que je ne voulais pas écouter ce que mon cœur me disait et qu’il était impensable pour moi de ressentir des sentiments. C’était une façon bien à moi de me protéger contre la perte d’Êtres chers. Ne pas s’attacher, c’était vivre en solitaire mais ne pas souffrir.

Adam comprit que j’avais besoin de son contact et il m’ouvrit ses bras dans lesquels je me blottissais. Il taillait des bouts de bois et il commença à m’expliquer le but de sa manœuvre. Il était en train de créer des lampes torches spécialement conçues … pour moi. Cette graisse leur permettrait de ne pas s’éteindre. Il faisait tout cela pour moi et cela me toucha bien plus que je ne voulais le montrer. La dernière personne qui avait pris soins de moi, c’était Joshua. Je sentais mes yeux me piquer et se remplir de larmes. Je déposai un baiser sur ses lèvres pour le remercier de son attention. Il avait bien compris que ma peur du noir était une crainte que je ne pouvais maitriser et qu’elle me rendait affreusement fragile et faible. Je m’étais calée contre lui, mais il sollicita mon aide. Je me redressai pour lui tendre la ficelle qu’il voulait.

- Tu as appris à faire tout cela où ?  Qu’est-ce que tu faisais avant d’être … avant de vivre … chez les Insoumis ? Je me prendrai peut-être un vent avec mes questions, mais c’était plus fort que moi. Tu as grandi où ?

Je découvrai un homme cultivé qui se cachait derrière ses airs bourrus. Il me fascinait de plus en plus parce que je savais que le véritable Adam ne se dévoilerait peut-être jamais ou juste un peu, que je ne savais rien de lui avant d’être l’un des leaders des Insoumis. Il enchaina sur la radio que j’avais fabriqué.

- J’ai réussi, du moins en apparence. Je n’ai plus qu’à faire un essai pour voir si les Insoumis arrivent à capter nos signaux. C’est bien ça, il manque une batterie et même si on en trouve une par chance ici parmi toutes ces caisses encore intactes, je ne pense pas qu’elle marcherait. Il va falloir faire sans.

Il continua à mettre au point les torches et je le regardais intriguée et très attentive à la fois. Cet homme était une vraie mine de connaissances. Un homme de terrain qui n’avait pas oublié de se cultiver, d’apprendre et d’emmagasiner tout ce qui pouvait lui passer entre les mains. Je découvrais à la lueur des flammes, un autre homme. Ou alors, cet homme-là avait toujours été devant moi, mais je m’étais buttée à ne pas le voir.  Il sortit de sa besace ce que je pensais être des petits morceaux de terre, mais j’étais loin du compte. Je plissai le nez de dégout devant ce qu’il était en train de faire pour finaliser la première torche. Il huma ses mains et j’éclatai de rire.

- Ouais, c’est sans doute une très trèèèèès bonne idée ! Question parfum, j’en connais de plus sexy !

Pendant qu’il allait se laver les mains, j’avais pour mission de nous trouver des gourdes. Adam en avait vu près du placard où j’avais trouvé les talkies-walkies. Je me levai et j’allumai la torche qui s’enflamma aussitôt dans une immense chaleur. L’intensité des flammes était impressionnante. C’était agréable d’avoir autant de lumière et de savoir qu’elle ne s’éteindrait pas en cours de route. Je pris la besace d’Adam que je calai sur mon épaule et je m’avançai dans le couloir pour retrouver le même endroit. Il y avait bien un autre placard, dans un très mauvais état, mais au moins à l’intérieur, j’y trouvais quatre gourdes et deux gamelles que je fourrai dans le sac. Je récupérai un gros classeur que j’avais vu en cherchant les talkies-walkies.  Ce n’était qu’en épluchant ces archives qu’on en saurait un peu plus sur cette base. La besace commençait à peser lourd et je repartis en direction de notre feu de camp.  J’étouffai les flammes de ma torche pour ne pas la gaspiller avec la terre que je trouvai, puis, je retirai les lapins qui étaient cuits à point et je les posai dans les bols.  En attendant son retour, je commençai à feuilleter le classeur. Les feuilles étaient toutes jaunies mais on pouvait encore y lire ce qu’il y était annoté dessus.  Il y avait aussi des plans de la base que j’étudierai quand j’aurai repris des forces et une fois qu’on serait revenu dans nos abysses.

L’image de Logan se dessina sous mes yeux. Il était entre les mains des Miliciens … Quelles tortures subissait-il ? Il fallait qu’il tienne le coup. Je n’étais pas certaine de la réaction d’Adam s’il arrivait malheur à Logan. Il me rejoignit et on commença à manger nos gamelles.

- Lapins aux herbes sauvages, tu disais ? ! Délicieux ! Je n'ai jamais mangé une viande aussi bonne ! Mmmm ... Je viens de trouver des plans de la base. Je verrai tout cela quand on rentrera. J’ai une faim de loup !

Je ne perdis aucune miette ni  je ne laissais rien de mon lapin rôti à part les os. Je souriais à Adam qui me regardait dévorer mon plat.

- Ok ! C’est parti ! On va voir … si je suis encore bonne … à quelque chose !

Je m’installai devant la radio que j’avais fabriquée avec tout ce que j’avais pu trouver. Le support du talkie-walkie me servirait à communiquer. J’actionner le petit bouton, nerveuse à l’idée que cela foire totalement.

-  Raven au poste de surveillance ! Camille c’est Raven je suis en compagnie d’Adam … est ce que tu m’entends ?

Bordel ! Ça commençait à grésiller et je n’aimais pas ça.

- Tu devrais reculer … ça peut s’enflammer, sauter … évitons qu’on ne se blesse tous les deux. Le matériel est très précaire, cela ne tiendra pas longtemps.



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
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Adam Lockwood
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MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Ven 18 Déc - 1:23



Je sortis de la grotte sans avoir répondu à ses questions, bien que mon cerveau les eut tout à fait entendues. Il m'était difficile d'évoquer spontanément mon passé avec elle pour deux raisons évidentes. La première était que je redoutais sa réaction. Nous venions de trouver un nouvel équilibre, un nouveau mode relationnel après quelques années de franche inimitié et d'affrontements devenus légendaires au sein de notre communauté. Ce nouvel état de communication me bouleversait et je ne savais pas ce que j'allais en faire, comment j'allais l'intégrer à ma vie, mais je ne voulais y renoncer pour rien au monde. Mentir n'était pas dans ma nature non plus et le silence restait mon seul refuge pour éviter de lui exposer le passé peu reluisant qui était le mien et l'être peu recommandable que j'avais été. Un type qui ne trouverait certainement pas grâce à ses yeux. Sa répulsion au sujet des armes et de la violence ne m'avait pas échappé et mon ancienne vie était faite de violence et rythmée par les rafales d'armes en tout genre. Pire, j'avais fait ma profession, l'élevant au rang d'art, de ma capacité à viser une cible de très loin avec une précision encore inexpliquée. Je rivalisais même avec les mercenaires Asariens qui étaient pourtant dotés d'une vue longue portée inégalée par un humain. Chez moi l'instinct primait et compensait cet écart. Je savais calculer une trajectoire, prévoir, anticiper le mouvement de ma cible, prendre en compte les facteurs extérieurs qu'ils soient météorologiques ou géographiques. Si je manquais mon premier coup, je savais exactement où cueillir ma victime avec la seconde balle.

L'être asarien ne différait que peu dans ses réactions primaires de l'humain et quand une balle sifflait à ses oreilles en le manquant, la réaction était variable mais conditionnée par l'éducation et le caractère. Connaitre et prendre en compte ces deux facteurs chez mes cibles m'apportait un avantage incontestable. Je savais si le type allait se vautrer dans la flaque de boue pour éviter la seconde balle ou essayer de s'abriter derrière cette colonne. J'ajustais mon tir en conséquence et je ne manquais jamais ma cible. De même, sachant que j'étais moins rapide qu'un asarien, donc que la Milice, j'avais toujours préparé ma fuite avant tir, pour évacuer au plus vite ma position une fois le boulot accompli. C'était un élément de survie absolument vital pour un sniper. Jeko avait pour habitude de dire " un shot c'est comme au lit avec une donzelle. Dès que tu as tiré, tu te barres. Chaque seconde de plus où tu t'attardes au lit avec elle te rapproche de la prison. " J'avais suivi le précepte scrupuleusement et il avait fait de moi le célibataire endurci, l'homme collectionnant les putes et les femmes de petite vertu parce que certain qu'elles ne chercheraient pas à me retenir. Il m'avait aussi sauvé la vie sur le terrain. Tout mon matériel était rangé dans mon sac à côté de moi hormis le strict nécessaire au tir et ce avant même que j'accomplisse le contrat. Lorsque c'était fait, je mettais très peu de temps à m'évaporer du lieu et les Miliciens faisaient toujours chou blanc lorsqu'ils débarquaient. Cela m'avait valu le surnom de Ghost parmi eux et il avait été par la suite connu des Insoumis et glorifié par eux. Je pense que Logan n'était pas étranger à ce fait et avait voulu m'imposer ainsi à la communauté. Toujours est-il que je couvrais toutes les missions de ravitaillement du haut des toits et que jamais aucune d'elle ne s'était fait prendre sous ma protection. Je me sentais d'autant plus coupable de ce qui était arrivé à Logan. Si j'avais été là, en couverture sur les hauteurs, les Miliciens seraient tombés comme des mouches et il aurait pu s'enfuir.

J'avais le sentiment que mon passé peu recommandable qui me donnait ce pouvoir de protéger les miens avait été inutile ce soir-là et cela me rongeait. Et maintenant j'avais la certitude qu'il dégouterait Raven et la détournerait définitivement de moi. Je ne pouvais m'y résoudre et même si je savais qu'elle découvrirait tôt ou tard ce passé chargé qui était le mien, et que ce serait pire si elle l'apprenait par quelqu'un d'autre que moi, je n'avais pas le courage- ni le temps, ce qui m'arrangeait- de le lui avouer ce soir. Je savourais des plaisirs simples avec une sorte de culpabilité de gosse pris en faute. Partager ce repas que je nous avais préparé et constater qu'elle aimait ce que j'avais cuisiné avec les moyens du bord, serait une joie simple, tout comme sentir son corps se blottir contre le mien tandis que j'expliquais mon bricolage des torches. Si un homme tel que moi pouvait espérer une rédemption, elle ne pouvait être que partielle et nichée au cœur de ces moments précieux. Bien sûr je n'étais pas le pire des monstres, et Asaria recelait des êtres bien plus abjectes que moi. Mais j'aimais à penser que même ces êtres avaient droit à des moments de grâce durant lesquels ils se comportaient comme des être humains et aimaient autre chose que le personnage que le destin leur avait choisi. Même le pire des êtres pouvait avoir un gosse ou une femme à aimer, un frère, une sœur. Moi je n'avais rien hormis Jeko, Logan et les Insoumis. J'étais prêt à mourir pour eux, même s'ils auraient pu attendre en vain que je le leur avoue. Maintenant, j'étais prêt à vivre pour elle, je trouvais un autre sens à ma vie que la seule destination de défendre et protéger les Insoumis. Était-ce un mal ou un bien ? J'étais bien incapable de le dire, car rien de ce que j'avais vécu ne m'avait préparé à cette nuit. Je savais simplement que ma vie amorçait un tournant, sur bien des plans, et que les jours qui allaient venir me révèleraient aux miens et à moi-même.

Alors que j'étais sorti me laver les mains dans la source toute proche, je fus témoin d'un phénomène d'une beauté à couper le souffle et qui - je l'avais longtemps ignoré, bien entendu n'étant qu'un simple gamin des Bidonvilles-  n'était visible qu'aux pôles de la Terre. Une aurore boréale. Je m'assis près de la cascade et contemplai la magie de cette vision mais bientôt une envie me submergea et je me relevai pour regagner la grotte au pas de course. J'y trouvais Raven qui avait mis la main sur les gourdes et j'abandonnai momentanément mon idée, pour partager le repas avec elle. Je priais intérieurement pour que le phénomène soit encore visible plus tard. Elle sembla se régaler de mon lapin aux herbes, ce qui me remplit d'une fierté un peu surprenante pour moi. Mais la réalité de l'urgence la ramena bien vite à la radio et je la suivis vers la construction qu'elle avait fait. J'étais en admiration devant ses talents qui me restaient obscurs. Raven avait des connaissances que je n'aurai jamais en technologie, électronique. J'étais pantois rien qu'en entendant le crachotis de l'assemblage. Elle avait un savoir et un don qui la rendaient irremplaçable au sein de notre communauté.

A mes yeux elle l'était désormais pour tout autre raison mais est-ce que cela lui importait ? Je lui tendis néanmoins une petite fleur sauvage qui exhalait un parfum frais et fort.

- Menthe poivrée. Regarde comme la fleur est jolie. Toute simple mais pourtant très belle. Tu sais -elle allait se lasser de ce tique que j'avais conservé de mon enfance : le "tu sais" qui voulait dire "est ce que ça t'intéresse ou est- ce que je dis, tu le sais déjà et je suis inutile ?" - on l'utilise pour beaucoup de choses dans les soins et aussi dans la cuisine. C'est celui qui a fait de moi un homme qui me l'a appris. Après l'orphelinat, je le suis retrouvé à la rue, non pas qu'ils m'aient chassés mais j'avais envie de voler de mes propres ailes... Seulement dans le Bidonville, les ailes, on ne peut pas tellement les déployer...Il m'a appris à survivre en dehors des Dômes et sous les Dômes. Il a été le seul père que j'ai connu. J'avais dix-huit ans.

Je repris en lui offrant la fleur.

Ravensis floralis:
 
- Elle est comme toi. On pense en la regardant, qu'elle est toute prévisible et pleine de piquants poivrés mais en la découvrant on comprend qu'elle est précieuse et unique.

Je me tus, embarrassé, avec ma fleur dans la main. J'étais aussi anxieux qu'elle de savoir si la radio portait assez pour faire parvenir sa voix aux nôtres. C'était comme une bouteille à la mer et une part de moi, le leader, espérait ardemment qu'elle parvienne à son destinataire. L'autre part, le petit garçon qui avait renoncé à pleurer, le jeune homme à aimer, rêvait de prolonger ce moment afin de la garder encore un peu pour lui. Que n'étais-je un de ces asariens capable d'étirer le temps pour en faire nos draps, notre couche, notre refuge ?  Nous étions en guerre et nous allions peut-être mourir? C'était sans doute le pire dans ce genre de situation. Ne pas avoir le temps de dire... d'aimer. Et elle me demandait de reculer face au danger ? De la laisser seule face au risque ? Je souris et la pris par les épaules puis dans mes bras .

- Si tu restes, je restes. Si tu recules alors je serais devant toi. Raven, tu m'as accepté comme leader alors ne me demande pas de te laisser seule face au danger. Ça va aller.


Je lui glissai la petite fleur dans les cheveux. J'étais presque ivre sans avoir bu et j'en avais conscience. Je devais me ressaisir mais je n'y parvenais pas. Une part de moi guettait avec attention les grésillements de la radio et l'autre aspirait à entrainer Raven hors de la grotte pour voir le spectacle. Je baissai les yeux et me passai la main devant le visage pour chasser des rêves vains et je lui glissai quelques baies dans la main.

- Mange-moi vite ça ! C'est le dessert. Tu vas te sentir plus détendue. J'ai aussi fait cuire des racines. La pâte obtenue on peut en faire des sortes de pains et ça nous permettra de tenir dans la galerie. Il faut garder espoir Raven
!


Comme pour me donner raison, un grésillement puis un autre, et entre les deux, la voix entrecoupée de Camille s'éleva, familière, rassurante, une lumière dans nos ténèbres. Une asarienne, qui à l'instar de Logan, avait choisi de tout perdre pour nous rejoindre. Je portai ma main à ma bouche, couvrant ma barbe naissante et je souris à Raven. C'était à elle de répondre. Cet honneur lui revenait, même si après j'allais prendre la parole pour redonner espoir aux nôtres. Même si après je voulais montrer à celle que je tenais dans mes bras cette aurore boréale qui saluait le nouveau jour pour les Insoumis et pour nous deux ... Je prenais conscience qu'un homme pouvait endosser plusieurs rôles et que l'époque où je n'étais qu'Adam tapi dans l'ombre de Logan, Adam le taiseux et le sociopathe venait de prendre fin. Elle avait forcé mes derniers remparts et fait voler en éclats mes doutes et ma résistance. Ils comptaient tous sur moi et je me donnerais corps et âme pour leur permettre d'accomplir cette migration salutaire, la seule qui les sauverait de la cruauté de la Cité envers les parias qu'elle avait elle-même engendrés.

Je pensai au ciel de cette nuit, dehors, tel qu'il venait de m'apparaître, et je souris. Je savais que c'était désormais ici que nous serions chez nous.






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Raven Hunt
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MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Ven 18 Déc - 14:50


Depuis toute petite, j’aimais démonter et bidouiller tout ce qui pouvait me passer entre les mains. Mon père travaillait dans un petit boui-boui qui avait l’allure d’une quincaillerie. Il y avait de tout, une vraie caverne à trésors. Vous cherchiez une pièce pour votre jeep ? Vous cherchiez de quoi faire tenir les taules de votre abri ? Vous cherchiez de la ficelle, des vis, des crochets, du matériel plus conséquents, des câbles ? Mon père vendait tout cela et bien plus encore en faisant de la récupération. Avec le recul, mon père devait certainement conclure certains arrangements avec des types pas très nets pour avoir autant de diversités dans les produits qu’il stockait dans son petit magasin au cœur du bidonville. Il adorait bricoler et réparer, et tant que l’appareil ne fonctionnait pas, il insistait et persistait. Ce don particulier me venait de lui. Je n’avais rien appris sur un banc d’école. Il n’y en avait pas dans les quartiers miséreux de la cité et il n’y en a toujours aucune. J’avais appris à lire, à écrire, à compter grâce à ma mère et à une vieille dame qui faisait partager son savoir, à nous les gamins des rues. Je n’avais pas non plus appris à assembler une radio ou à trouver la panne d’un ordinateur, tout comme je n’avais jamais appris à détourner des pare feux. C’était inné en moi. Je voyais des pièces, des bout de fils, et je savais  aussitôt comment j’allais pouvoir en faire quelque chose de potable. Devant un ordinateur, face à des logiciels de sécurité, c’était un peu la même chose. Je savais où je devais  chercher, ce que je devais détourner et éviter. Mes doigts pianotaient les touches d’un clavier comme s’ils étaient dotés d’une faculté propre.

La radio, je l’avais construite instinctivement. J’avais les composants et son plan dans ma tête et au fil de notre avancée dans cette base souterraine, j’avais récupéré çà et là des pièces bien précises. Maintenant elle était assemblée et tout reposait sur mes épaules. J’avais une sacrée pression parce que c’était notre seule chance  de communiquer avec les autres Insoumis et de les alerter de l’éboulement d’une partie des galeries. Nous avions terminé le repas et je n’avais plus mangé quelque chose d’aussi appétissant,  depuis des lustres. Dans les Abysses, on nous distribuait des rations, mais comme certains d’entre-nous, je donnais parfois les miennes aux plus jeunes et aux familles. J’étais de bonne constitution malgré ma silhouette frêle et rarement malade. J’avais besoin de caféine surtout lorsque j’étais devant les ordinateurs du poste de surveillance. Je ne connaissais plus cette nourriture toute simple et tellement bonne. Je ne savais pas chasser pour me ravitailler toute seule de mon côté. J’avais englouti le lapin rôti, un peu trop vite. J’étais morte de faim, c’était vrai, mais je ne voulais pas qu’il pense que c’était l’un de mes rares gros repas depuis plusieurs mois. C’était quelque part, pas de la fierté, mais de la honte.  Une partie de moi que je ne dévoilais jamais et pourtant qu’avais-je à crainte d’Adam s’il savait cela ? Plus rien depuis cette nuit… Ce n’était plus mon adversaire, nous n’étions plus des ennemis. Tout était devenu si différent depuis ces dernières heures à avoir traversé le danger ensemble. Je l’étais moi aussi. Je m’étais  évertuée depuis toutes ces années à me barricader depuis la mort de Joshua, face à lui bien plus que face aux autres. Mon père m’aurait dit qu’on ne fait jamais rien pour rien même si on n’en a pas conscience. Ce soir, je comprenais. C’était comme si le voile se déchirait et que j’atteignais enfin à la vérité sur mon comportement.

Tout ceci était compliqué à admettre, mais j’étais aussi arrivée au bout de mon jeu, de ce masque que je portais quand il se trouvait devant moi. Ho bien sûr, mon caractère de petite fouine et d’enquiquineuse serait toujours bien présent.  Cette manière que j’avais de le provoquer, de le faire sortir de ses gonds, c’était pour qu’il s’éloigne, c’était pour bien démarquer la ligne entre nous deux. Je ne voulais le voir que comme un tas de muscles sans cervelle, parce que si je m’étais accordée le droit de le voir autrement, cela m’aurait guidé vers la douleur de la perte tôt ou tard de personnes chères à mon cœur lorsqu’on s’attache de trop. Aujourd’hui, je regrettai quelque part cette perte de temps, parce qu’en plongeant mes yeux dans les siens, je savais qu’on n’aurait pas le temps de tout partager, qu’on n’aurait pas le temps de tout se dire, car on ne nous laisserait pas ce temps pour nous. La guerre grondait et avec elle, viendraient les temps sombres et encore plus cruels que ce que nous vivions déjà.

J’inspirai grandement pour chasser mes pensées et revenir à cette radio qui allait devoir tenir le coup au moins pour faire passer un message aux Nôtres. Je vérifiai une dernière fois tout le montage et j’enclenchai la radio pour émettre un premier message. Les grésillements qui s’en échappaient ne me plaisaient pas. Il y avait de petites étincelles aussi, signe que cela allait nous péter dans la gueule plus vite que je ne l’aurai imaginé. J’avais signalé à Adam le danger d’une explosion et qu’il valait mieux qu’il se recule. J’étais concentrée sur le bruit quand je vis apparaitre devant mes yeux une fleur qu’il me tendait. Je me redressai pour l’admirer et écouter les révélations qu’il me faisait. Il n’avait pas répondu à mes questions un peu plus tôt, et là, il me dévoilait un petit bout de sa vie. Ainsi je compris qu’il avait grandi à l’orphelinat, celui-là même qui avait été détruit il y a peu par le gouvernement. Une fois plus grand, il avait décidé de sortir de cet établissement et vivre par lui-même. Un homme lui avait appris tout ce qu’il savait aujourd’hui. Il avait forgé l’homme qui se tenait devant moi et qui m’offrait cette fleur. Je la pris entre mes mains pour sentir son parfum mentholé et puissant. J’allais le remercier, mais il ajouta encore quelques mots sur la ressemblance entre la fleur et moi. Ses mots provoquèrent alors un raz de marée. Les digues que j’avais construites tout au long de ces années cédèrent comme un château de sable. Mes larmes coulaient sur mes joues et j’étais incapable de faire taire mon sanglot. Je pleurai comme une petite fille à qui on venait de lui offrir le plus beau cadeau du monde. Ma vision se voilait non pas de tristesse, mais bien de bonheur. Je me trouvais tellement ridicule …

- On ne m’a … jamais rien offert d’aussi beau… depuis longtemps. Merci, elle est … elle est magnifique.

J’essayais d’être la plus compréhensible possible avec ce sanglot qui ne voulait pas s’arrêter. J’essuyai mes larmes du bout de mes doigts qui tremblaient sous l’émotion qui me submergeait. Il me prit alors dans ses bras et je me lovai contre lui, ma joue sur son épaule en évitant d’écraser la fleur. Il ne comptait pas me laisser toute seule devant cette radio si jamais elle sautait et deviendrait mon rempart pour me protéger. Je passai mes bras autour de son cou en gardant la fleur dans une de mes mains.

- Tu étais déjà un leader bien avant que je te le dise. Il ne peut y avoir qu’un homme qui a appris à se débrouiller pour survivre, pour guider une communauté.  Je n’ai plus l’habitude qu’on me protège, qu’on se soucie de moi, qu’on prenne soins de moi. Et j’ai envie de savoir ce que c’est que d’être …

Ma gorge se noua à la fin de ma phrase. Je me reculai un peu de lui et Adam glissa la fleur dans mes cheveux. Je lui souris à ce geste tandis qu’il me remettait dans les mains des petites baies qu’il avait cueillies.

- Je ne perds pas espoir … encore moins cette nuit avec toi.

Je grignotai les petits fruits qui fondaient sous mon palais révélant leur sucre gourmand et je replongeai entre ses bras en surveillant cette radio. Cela devait fonctionner. Il le fallait ! Aujourd’hui plus qu’un autre jour, je ne pouvais pas rater ce montage trop précieux pour nous. Et puis, il y a des miracles même dans ce bas monde. Des miracles qui nous font sourire et rire. La voix de Camille se fit entendre entre deux  fritures. Sa voix entrecoupée, mais bien là ! Elle m’avait entendue ! Je passai subitement des larmes au rire.

- Raven, je reçois ton signal, il est de mauvaise qualité. Ou êtes-vous ? Un groupe est parti à votre recherche quand on a entendu un éboulement dans une galerie !

- C’est long à expliquer et je ne sais pas si la radio va tenir ! Alors écoute bien !

Je levai mes yeux vers Adam et je lui souris de nouveau. Le peu de temps que cette radio tiendrait, il devait s’en servir pour donner ses instructions à Camille. Je me poussai sur le côté pour lui laisser la place d’activer la radio.

- On a besoin de notre leader.



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
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Adam Lockwood
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MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Dim 27 Déc - 21:25


Je n'avais encore rien prouvé.
Rien.

Comme sniper en couverture, je n'avais plus rien à démontrer, mais dans le rôle que Logan m'avait attribué, celui de leader par intérim, j'avais tout à mettre sur la table. Y compris mes couilles. J'avais pensé que le plus dur serait de faire face à cette marée humaine dans la gare de triage, alors que je me tenais en haut de ce pont de treuillage. J'avais pensé que ce serait de leur annoncer la capture de Logan et d'affronter leur regard incrédule. Je savais que les plus offensifs des Asariens ne cautionnaient pas son choix. Ils le supportaient parce que Logan était une légende. Un Humain comme meneur ? Pour des Asariens, qui plus est Insoumis ? C'était un sacré défi de merde qu'il m'avait mis dans les bras. Et malgré tout l'amour fraternel que je pouvais éprouver pour ce mec, j'avais été tenté de le maudire. Mais ce rassemblement n'avait finalement pas été l'épreuve ultime. Le mutique Ghost, le solitaire, le sociopathe, avait finalement trouvé le chemin des mots. Il l'avait trouvé, face à tous ces visages dévorés d'angoisse et de colère, prêt à fuir en ordre dispersé ou à en découdre avec un ennemi infiniment plus puissant et mieux armé. Tous ces visages, j'avais pris conscience que j'en connaissais un sur deux et que ceux qui m'étaient inconnus étaient un parent de ceux que je connaissais. Que finalement tous me concernaient et tous comptaient sur moi. Ils m'avaient touchés et ému, et j'avais trouvé le chemin des mots, celui qui me restait depuis toujours sombre et jonché d'embûches. Celui où parler devient un acte de conviction et de survie. J'avais les mains moites sur cette fichue rambarde, sous les yeux de celle qui me méprisait et que je m'efforçais encore de ne pas aimer. Mais parce que mon cœur s'était ouvert devant leurs yeux plein d'effroi et d'espoir tout à la fois, mon esprit avait aussi levé le voile sur des années d'expression minimaliste et, de ma bouche, un appel était sorti, une exhortation à l'espoir et au regroupement dans l'attente d'un avenir. A mon échelle, l'exploit était monumental, inespéré. Ramené au rang d'un leader, je n'avais prononcé qu'un discours de ralliement relativement convainquant à mes yeux. Mais j'étais le plus sceptique des Insoumis en matière d'espoir.

Pourtant, ce n'était encore rien comparé à ce que je devais accomplir en prenant ce simple micro de radio artisanale. Elle était là à côté de moi et j'aurais, auparavant, redouté d'être jugé, évalué par son regard sans complaisance. Pourtant, à présent, je me sentais conforté et convaincu des mots que j'allais prononcer pour rassurer Camille et, à travers elle, tous les Insoumis. Je pris donc une profonde inspiration avant de m'emparer de cette sorte de manette en forme de champignon que me tendait Raven et d'appuyer sur le commutateur.

- Ici Adam. Raven m'a rejoint. Nous allons bien. J'explorais une galerie dans le secteur 32 pour étudier une éventuelle sortie de secours supplémentaire. Elle s'est effondrée. Il ne faut pas s'y engager, je répète, il ne faut pas s'y engager. Nous sommes indemnes. Nous avons trouvé une sortie par une autre voie. Bien reçu, QG ?


- ... ien reçu ... dam.

- La réception n'est pas claire non plus chez nous. Écoute bien ce qui va suivre. Ce sont mes ordres : demande à ceux qui sont partis à notre recherche de revenir à une position plus sûre puis de te l'indiquer. Je suppose qu'ils sont partis avec une boussole. Transmets -nous leur position. Nous allons trouver un chemin sûr pour les rallier. Camille à toi, tu me reçois toujours ?


- ... ien ... eçu Adam, je les contacte et je...

- Non !!!! Attends! Fais le sur ton portable! Tu risques de perdre notre fréquence si tu utilises la radio...


Raven me pressait le bras en m'adressant un regard indéchiffrable.

- Ok, bien reçu Adam. Donnez-nous votre position.

Je fronçai les sourcils et fermai les yeux.

- Nous sommes dans les Terres Sauvages mais je ne peux pas te donner notre position. Boussole perdue lors de notre chute dans rivière souterraine. Je répète. Pas de moyen de nous géolocaliser précisément pour le moment. A toi Camille.

Soudain, je me frappai le front et serrai le poing puis je coupai le commutateur pour parler à Raven.

- Bordel, pourquoi je n'y ai pas pensé avant ! On ne peut pas donner notre position même si je trouve une nouvelle boussole. Pas sur cette radio. Pas sans Brouilleur. Les Asariens pourraient nous capter et notre nouveau chez nous serait repéré. Il ne faut pas non plus qu'elle nous donne la position des autres en latitude et en longitude. Raven on connait les galeries comme notre poche, moi en tout cas. Il faut qu'elle...

- Camille, toujours là ?

- ... oujours là ... dam. Ai cru ... avoir perdu ...

- Non, non , nous sommes toujours là ! Mais il ne faut nous donner aucune position géographique précise. Qu'ils décrivent simplement la galerie où ils nous attendent en sécurité. Je saurais la situer et on progressera par rapport à ce repère.

Je souris à Raven pour la rassurer. Je lui montrai ma tempe pour lui faire comprendre que tout se trouvait dans ma tête. Gravé. Le moindre coude de galerie, la couleur de la roche, l'inclinaison. Je connaissais les Abysses sur le bouts de mes doigts et de mes yeux. La seule personne qui les avait arpentées plus longtemps que moi était actuellement prisonnière des Miliciens.

- Camille, nous attendons la description. Nous allons nous mettre en route dans dix minutes. Quoiqu'il en soit. Si vous n'avez plus de nouvelles de nous d'ici 5 heures, murez l'accès à ces galeries et ne nous recherchez pas. Je répète, ne nous recherchez pas. C'est nous qui vous trouverons si nous sommes encore vivants.


Je tendis le commutateur à Raven et commençai à rassembler mes affaires dans mon sac de toile. Puis je le chargeai sur mon dos et me levai afin de partir à la recherche d'une boussole et de sacs à dos. Avant d'aller fouiller les pièces du fond du couloir, je me tournai vers Raven.

- Je pense que tu devrais essayer de regagner le village et de faire étape à l'auberge avant de regagner les Abysses quand tout sera plus calme. Le soleil va bientôt se lever et les Asariens seront cantonnés dans les Dômes. Moi je vais chercher un passage. Sans position précise, c'est trop aléatoire pour que nous nous risquions tous les deux dans le même choix. Il faut que l'existence de ce lieu et sa position soient dévoilés aux nôtres. On ne peut pas le faire par la radio. Mais nous sommes deux à en connaître l'emplacement. Tâchons de trouver des boussoles puisque j'ai perdu la mienne.


Je savais qu'elle allait protester mais que je ne cèderai pas. Nous devions doubler les chances de communiquer cette aubaine inespérée aux Insoumis. Nous ne pouvions le faire en toute sécurité sur les ondes. C'était le genre de secret qui ne se confiait que de bouche à oreille et de génération en génération. Cette fois, j'y étais. Mon rôle de leader devrait prendre le pas sur celui de simple Insoumis. Peu importaient mes sentiments, mon désir de rester à ses côtés au regard de l'espoir de lui assurer un avenir plus sûr, à elle et à tous les nôtres. J'avais perdu cette vieille boussole gagnée au jeu. Je l'avais perdue dans les tourments de la rivière et je devais en trouver une nouvelle. J'y voyais, comme souvent, un signe du destin.


Un homme passionné navigue avec son cœur.
Un homme avisé navigue avec sa raison .
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Raven Hunt
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MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Dim 10 Jan - 16:01

Adam avait raison, la radio ne contenait aucun brouilleur et notre émission pouvait être captée par n’importe qui ayant du matériel plus perfectionné et plus sensible. Donnez aux autres notre position reviendrait à mettre en péril notre nouvelle demeure et tout le clan des Insoumis, et nous ne pouvions pas faire cela. Un groupe était parti à notre recherche et nous allions devoir les rejoindre à notre manière. Camille avait bien compris le message et elle devait établir la communication avec les autres pour leur signaler les informations de notre leader. Le silence régna un petit moment avant que sa voix décousue ne retentisse à nouveau :

- Nord – Est du … point A.

C’étaient des petits codes qu’on avait instaurés. Le point A signifiait le cœur de nos Abysses, à savoir notre village souterrain. Nous seuls le savions et ceux qui écouteraient cette information, ils pourraient toujours se gratter pour comprendre ce qu’était le point A. Ne confondez pas avec le point G hein !

- Coude 4, arche 2. Inter…section au niveau du vieux né…on de Raven.

Le vieux néon de Raven ? Mais de quoi parlait-elle ? J’allais répondre à Camille quand le souvenir d’une conversation avec l’Asarienne me revint en mémoire. A chaque fois que je prenais cette galerie, ce vieux néon clignotait à mon  passage et Camille l’avait nommé ainsi.

- Je sais où ils se trouvent ! Dis-je en me tournant vers Adam qui s’était éloigné de la radio.

- Ok Camille, bien reçu. Qu’ils ne bougent pas.  Je répète les instructions d’Adam : Si vous n'avez plus de nouvelles de nous d'ici 5 heures, murez l'accès à ces galeries. Personne ne doit venir nous chercher.

- Bien reçu Ra …ven. Bo…nne chance à  vous deux.

Je fixai la radio que j’avais construite. Elle resterait ici. Elle pourrait toujours servir de nouveau, à nous ou à quelqu’un d’autre. Adam s’activait  tant en paroles qu’en mouvements. Je me redressai pour mieux capter ses ordres et mon esprit ne tarda pas à faire des siennes.  Alors ça c’était le pompon ! Il pensait que j’allais, en pleine nuit avec ma torche, gambader dans la nature pour rejoindre le village même si on trouvait quelque chose ici qui ressemblerait à une boussole. Avec ça, j’étais la cible rêvée pour les Miliciens qui patrouillaient dehors. Je tapotai fermement du pied en un rythme effréné, les bras croisés contre ma poitrine. Je le regardai s’activer en mettant toutes ses affaires dans son sac de toile tout en l’écoutant m’expliquer sa façon de penser. D’accord, j’avoue qu’il avait un peu raison … Je dis bien UN PEU ! Cet emplacement devait être révélé aux Nôtres sauf que j’étais bien incapable de le situer. J’étais dans les pommes et transie de froid quand Adam nous avait amenés ici. Je ne savais même pas le chemin qu’il avait emprunté. Je ne savais rien et là il était en train de me dire que si j’arrivais la première dans les Abysses, c’était à moi de transmettre l’information ! Ha ouais ! Elle était belle l’info ! Je ne savais que dalle ! Je me voyais mal dire aux Insoumis « Vous en faites pas, avec Adam, on a trouvé une superbe cachette … sauf que je ne sais pas où elle se situe. »

- Dis-moi c’est une manie chez toi de me sortir des plans abracadabrants ?  Il arrêta son geste et me jeta un regard perplexe par-dessus son épaule. Le premier, si tu t’en souviens, c’était de te lancer pour t’accrocher à la paroi opposée et faire de ton corps une sorte d’arche pour que je puisse grimper dessus et rejoindre l’autre galerie !! Non ! Je n’ai pas l’intention de rejoindre le village !

Ceci dit, j’allais devoir extrêmement bien argumenter mes réponses parce que je connaissais le zigoto qui se tenait face à moi. Ho ne vous imaginez rien de plus ! Ce n’était pas parce que c’était Adam que je lui tenais tête. Logan m’aurait sorti le même topo, j’aurai réagi pareillement.

- Dehors c’est la nuit ! Avec ma torche, je vais être la cible parfaite pour des Miliciens ! Tu m’as vue ? Tu m’as regardée ? J’ai la silhouette d’une guerrière entrainée pour affronter des mecs armés jusqu’aux dents ? Je n’ai aucune notion de combat et je sais encore moins me servir d’une arme.

Normal me direz-vous, je suis une geek. Je passe mon temps devant les ordinateurs et pas à m’entraîner à mettre à terre des hommes pour me défendre. J’inspirai nerveusement parce que je jouais mes dernières cartes et que j’avais horreur de ça.

-  Tu as raison de dire que cet endroit doit être révélé aux Insoumis, mais si on se sépare ça pourrait être encore pire. Si on se fait prendre tous les deux de notre côté hein ? Tu y as pensé ? Chacun croyant l’autre en sécurité et personne n’en saura rien de cette base ! A deux nous sommes plus forts. L’esprit d’équipe, la complémentarité de nos capacités. C’est cela qui nous donnera plus de chance à avancer et à rejoindre notre clan.
Tu veux trouver des boussoles. On va en trouver !


Je pris une des torches qu’il avait fabriquées pour moi et je l’allumai grâce au feu de camp. Le générateur marchait toujours très bien, mais il allait falloir l’éteindre et moi, me retrouver dans le noir, c’était hors de question. J’arpentai les mêmes couloirs et les mêmes pièces où j’avais glané le matériel pour ma radio. J’avais trouvé plein de vieilles armoires métalliques. Chacun fouillait ce qu’il lui tombait sous les mains.

- Hey !! J’ai deux  boussoles ici !!   Ha non j’en n’ai plus qu’une …

La seconde était totalement cassée. Adam me rejoignit et j’arquai un sourcil quand il me tendit la main pour que je la lui remette.

- Rêve pas, la boussole je la garde !! On va éteindre le générateur avant de partir de là.

Chieuse ? Moi ? Mais nan voyons ! Je passai devant lui, le menton redressait, toute fière de ma connerie en attrapant un sac à dos qu’il avait trouvé dans ses explorations.  Je refis le même geste qu’au début de mon aventure dans ces salles et le générateur se tut complètement, nous replongeant dans le noir où seules les flammes nous éclairaient. Je revins près du feu et je fourrai à l’intérieur du sac les classeurs et les vieux documents qui pourraient peut-être nous en apprendre un peu plus sur cette base. Je calai les deux hanses sur mes épaules, prête à partir.



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
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Adam Lockwood
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MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Dim 10 Jan - 21:59



Je m'en doutais, rien n'était gagné facilement sur cette Terre et surtout pour un gars comme moi et avoir la paix plus de vingt quatre heures, c'était bien trop demander à une chieuse du genre de Raven. Je préférai ne pas répondre dans l'immédiat à ses objections et me concentrer sur ce qui pourrait nous être utile pour le retour ... chacun de notre côté ... La tentation de prendre une arme pour chacun de nous était trop grande pour moi et il serait toujours temps de l'abandonner si elle nous gênait. Je pris donc deux fusils mitrailleurs et les passai avec aisance en bandoulière sur chacune de mes épaules, avec la ferme intention de montrer à Raven comment s'en servir si besoin. Je pris aussi deux ceintures de munitions et deux sacs à dos qui pourraient nous être très utiles durant longtemps. Je fronçai les sourcils et mes maxillaires se crispèrent, ce qui n'était jamais très bon signe, lorsqu'elle refusa de me confier la boussole et me prit un sac à dos des mains. J'avais accompli tous mes gestes dans le plus grand silence. Le visage fermé, concentré sur ce qui restait à réunir, j'avais laissé Raven mener à bien son exploration et couper le générateur avant notre départ de la grotte. Je l'avais laissée s'époumoner dans le vide et ranger d'un côté ce qui lui semblait juste et de l'autre ce qui lui semblait erroné dans mes mots, mes idées. Mais sans rien laisser paraitre de ma contrariété, lorsque je revins auprès du feu de camp, je déposai mes armes et les munitions puis réunis les vivres que j'avais préparées. Sans prononcer un mot, je lui arrachai le sac à dos des mains, et remplis équitablement les deux de ce que j'avais préparé avec les restes de ma chasse et de ma cueillette. Je fouillai ensuite dans les petites poches du sien et trouvai la boussole. Je la lui tendis.

- Elle te sera plus utile qu'à moi dans les Terres Sauvages. Moi je connais ces foutues galeries mieux qui quiconque à part Logan, donc je finirais toujours par arriver dans un boyau que je connais. Tu devrais la garder sur toi, dans le sac tu risque de la briser.

Elle fulminait, je pouvais le voir à la dilatation de ses narines et à ses sourcils arqués, à sa moue boudeuse qui menaçait de se transformer en morsure sous peu. J'anticipai.

- Tu vas bien m'écouter, Raven. Parce que ce que je vais dire, je ne le répèterai pas deux fois. La prochaine fois, c'est mon poing dans ta figure que tu auras. Tu es la championne au milieu de tes ordinateurs. Pour fabriquer un truc électrique qui fonctionne avec des bouts de ficelles et des vieux circuits tu es la Reine. Et je doute pas que si on t'en laissait le temps, tu nous fabriquerais un truc pour voler jusqu'à la Lune. Y a aussi un autre domaine dans lequel tu te défends drôlement bien. C'est faire chier le monde. Et Dieu sait que tu l'as fait chier, le monde, moi en premier.


Je ramassai une des mitrailleuses et la lui tendis après avoir vérifié qu'elle n'était pas armée. Désarçonnée tant par mes propos que par mon geste, elle n'eut pas d'autre choix que la saisir et je la vis basculer en avant sous le poids de cette arme semi lourde. Il y avait une intention dans mon attitude, même si elle ne la saisissait pas encore. Je la plaçais face à plusieurs évidences qu'elle refusait. Les temps avaient changé. Nous devions tous apprendre à défendre notre peau et ne plus seulement compter sur les nôtres pour nous protéger. Bien sûr que nous étions plus forts lorsque nous étions ensemble. Mais la vie pouvait nous séparer, elle et moi, nous et les autres. Il nous fallait apprendre à survivre individuellement et ensemble. Il y avait aussi le fait que j'étais devenu le leader des Insoumis jusqu'au retour de Logan et que ce fait rendait mes prises de décisions indiscutables. Comme lui, j'écouterais toujours les avis des autres Insoumis, mais la décision finale me reviendrait et devrait être obéie. Je poursuivis donc sur un ton cassant.

- En revanche, en matière de survie et de stratégie, je suis le plus qualifié. C'est pour cette raison que Logan m'a choisi comme co leader et non toi. C'est pour cette raison que je suis votre leader et non toi. C'est pour cette raison que tu vas m'écouter pour une fois et fermer ta grande gueule.


Elle ouvrit la bouche probablement dans l'intention de m’assener une tirade assassine mais avant même qu'elle eût le temps d'en placer une , je lui coupai la parole en lui roulant une pelle de nature à lui clouer le bec mais aussi à lui rappeler que la paix avait du bon entre nous.

- Pour cette raison  également ...
Murmurai-je en me détachant d'elle à regrets. Maintenant passe cette arme en bandoulière sur ton épaule et prend aussi la ceinture de cartouches. Suis-moi ! Il va faire jour bientôt, je vais pouvoir t'expliquer le fonctionnement de la Kalach.

Je me doutais qu'elle n'allait pas en rester là et que jusqu'à notre départ effectif, j'allais probablement me heurter à d'autres Raveneries, aussi étais-je déterminé à ne pas lui laisser trop de temps à la réflexion. Je me mis à escalader la paroi jusqu'à l'entrée de la grotte et je lui tendis la main pour l'aider à me suivre. Une fois dehors je rampai jusqu'à un buisson puis, m'étant assuré que le terrain était dégagé, je m'étais redressé lentement. Le spectacle était d'une beauté à couper le souffle.

Spoiler:
 

-  Y avait une peuplade du Nord qui appelait ça le Revontuli. Une légende avec un renard ... Je te raconterai un jour si tu es sage. Les gamins des Abysses adorent. Murmurai-je le nez levé vers le ciel alors qu'elle me rejoignait.

Je souris et ne pus m'empêcher de balancer en constatant son silence.

- Eh bé, si y a bien deux choses sur cette terre de damnés qui peuvent faire taire Raven Hunt, c'est mes bécots et les aurores boréales...






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Raven Hunt
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MessageSujet: Re: (Terminé) End Of An Era [Adam]   Jeu 14 Jan - 19:04



J’avais horreur quand il se terrait derrière son silence. Pas une réaction, rien qui trahissait son humeur, sauf peut-être un léger mouvement de ses mâchoires qui se crispaient. Je parlais beaucoup, parfois pour deux. Adam et moi étions très différents sur cette façon de communiquer. J’étais un moulin à paroles quand j’avais besoin de dire et d’exprimer quelque chose qui n’allait pas tandis qu’il se contentait d’observer et de prendre du recul. J’avais ce besoin de mettre des mots sur ce que je ne comprenais pas, ou sur ce qui m’échappait, sur ce qui me faisait peur. Mon verbiage servait aussi à mettre en avant une émotion pour en cacher une autre. Oui Mesdames et Messieurs, les femmes étaient aussi complexes que les hommes. Je ne voulais pas le laisser seul et je ne voulais pas ETRE toute seule. J’étais incapable de faire ce qu’il me demandait pour plusieurs raisons personnelles qui étaient ancrées en moi et qui me marquaient indélébilement. Je venais de prendre conscience il y a tout juste quelques heures du lien qui m’unissait à lui. Ce lien et ces émotions que j’avais avec la plus grande volonté du monde repoussés durant longtemps sous la seule forme que je connaissais : le faire chier.

Et là, il me demandait de me séparer de lui, de suivre mon chemin vers le village tandis qu’il s’en irait à l’opposé. Je savais, bordel ! Qu’il avait raison. Nous devions penser aux Insoumis, à cette base qui pourrait devenir notre nouveau « chez nous », un endroit plus sûr pour toute la communauté, mais malheureusement, pour le moment, je n’y arrivais pas. J’étais en train de perdre une autre personne et l’histoire se répétait de nouveau. J’avais perdu Joshua et là je pouvais perdre Adam … C’était faible de ma part. J’avais honte de penser cela, d’être en quelque sorte égoïste, pourtant je n’arrivais pas à m’ôter de la tête cette sensation de vide qui m’imprégnait et qui grandissait en moi. J’avais alors tenté le tout pour le tout en déblatérant tous mes arguments qui face à lui ne tenaient absolument pas la route. Cela n’avait pas marché sur Adam, j’aurai dû m’en douter avant de m’époumoner dans le vide et de nous faire perdre du temps. Il m’arracha le sac à dos des mains et il en sortit la boussole qu’il me remit en main propre. Je devais la garder sur moi pour éviter de la casser. Je la glissai dans l’une des poches de mon blouson dans un mouvement brusque. Je n’avais aucune envie de me séparer de lui et au lieu de lui démontrer mes raisons, je me butais à faire n’importe quoi et surtout à lui tenir tête rageusement.

Le menton fier et relevé, les poings sur les hanches, je fulminais, pas contre lui, mais bel et bien contre moi. Entêtée, je n’allais pas en rester là à l’écouter me dire que je savais faire chier mon monde et le sien. Ma chieuserie n’était pas en cause ! Pourquoi les hommes ne voyaient-ils jamais plus loin que le bout de leur nez ? J’allais lui rétorquer que s’il tentait de lever la main sur moi, il n’aurait plus de services trois pièces l’instant d’après et qu’on devrait lui trouver un autre prénom plus féminin. Mais il me prit de court en me mettant entre les bras une arme qui pesait certainement le même poids que moi. Le toucher de l’arme me rendit nerveuse et je me raidis en sentant la froideur du métal sur mes doigts qui paraissait me brûler. S’il avait l’habitude d’en manipuler, j’étais  plutôt douée pour laisser ce genre de choses de côté et de ne pas m’en soucier.

- Non … je n’en veux pas … Reprend cette foutue arme !

Je n’avais jamais eu l’âme d’une leader et j’étais très bien dans mon poste de surveillance. Adam le savait parfaitement et il me poussait à changer, à évoluer. Il avait fallu que je lui mette plusieurs coups de pieds au cul pour que Monsieur ouvre les yeux sur ses compétences à remplacer Logan et maintenant il me renvoyait cela dans la gueule. Je laissai tomber l’arme à mes pieds. Hors de question que je repose mes mains dessus ! Leader ou pas … je ne tiendrai pas d’armes. J’en étais comme allergique. Je voulais, moi, juste, retourner dans les Abysses. Je voulais retrouver mes repères. Je ne voulais pas envisager de le perdre. Comment je pourrai avancer s’il n’était plus là ? Il allait s’apercevoir de quel bois je me chauffe. J’ouvris ma bouche pour lui balancer ce qui me venait par la tête et avant de prononcer une seule syllabe, le vil s’était élancé sur moi pour m’empêcher de répondre et pour me calmer. Rhouuuu quel coup bas d’utiliser ses baisers pour me faire taire et pour me rendre plus malléable à ses ordres! Je découvris que j’étais faible face à cela et que ce n’était pas bon signe pour ma santé mentale.

Comme s’il avait deviné que me laisser le temps de reprendre mes esprits, lui ferait perdre le peu d’ascendant qu’il avait sur moi, Adam récupéra ses affaires et il prit le chemin de la sortie rapidement. J’inspirai énergiquement en laissant retomber mes épaules. Je suivis du regard Adam avant de le reposer sur l’arme à mes pieds et sur la ceinture de cartouches. Tout ce que je pouvais exécrer se trouvait là.

- Merde !

Je passai l’arme en bandoulière sur mon épaule toujours avec cette moue désagréable qui ne quittait pas mes lèvres et j’attachai la ceinture autour de ma taille. Je n’arrivai même plus à bouger avec tout ce poids. C’était trop lourd pour mon petit gabarit. Il avait dû s’en rendre compte lorsqu’il me présenta sa main pour sortir de la base. Je pesais trois tonnes et demi avec tout cet attirail sur moi et me déplacer dans les terres sauvages serait presque impossible.

- Super … tu vas pouvoir m’appeler Ravenbot  comme ça …

J’étais cynique, et en même temps ce comportement effronté n’était là que pour camoufler mes véritables émotions. Une fois à l’extérieur, je sentis l’air frais sur mon visage et en redressant mes prunelles vers l’horizon je découvris un spectacle féerique et  incroyable. Bouche bée devant autant de splendeur et de couleurs qui passaient d’un vert clair à un rose soutenu, je m’attelai à garder ce souvenir en mémoire. Je n’étais pas certaine de revoir cela ni même de revoir ce lieu saine et sauve. Un moment de calme et de merveilles qui était là pour nous booster. Adam ajouta sa petite touche d’humour et je lui flanquai un coup de coude dans les côtes.

- Rêve pas, je n’ai pas paumé ma langue en chemin ! Tu es vil de te servir de tes baisers pour me rendre plus soumise.

C’était tellement beau que je souhaitais occulter les armes et notre mission. J’aurai aimé rester là, me caler dans ses bras et ne plus bouger. Attendre le lever du soleil, apprécier les premiers rayons sur notre peau. Oublier que nous étions des Insoumis.

- Je ne veux pas de cette arme …

Mon entêtement et ma connerie devenaient lourds. Soit je me taisais une fois pour toute, soit j’arrêtais de faire ma capricieuse et je lui révélais ce que j’avais sur le cœur au lieu de trouver n’importe quels prétextes pour m’engueuler avec lui.

- Je ne veux pas … te quitter … Je ne veux pas partir toute seule … pas quand je sais que c’est peut-être la dernière fois qu’on se voit … Je ne peux pas … Oui, je suis égoïste ! J’ai tous les défauts du monde ! Je ne suis pas aussi forte que toi.

Je posai l’arme et la ceinture de cartouches dans l’herbe. Moins je les touchais, plus j’étais sereine.

- Qu’est-ce qu’une vie au détriment de  tout un clan ? Je sais, c’est peu … Ce n’est rien. Il faut penser à eux. Je vais te décevoir … Je n’y arrive pas … Pas quand je sais qu’on va devoir se séparer, que je ne sais même pas si je vais te revoir, si tu arriveras sans problème là-bas. Qu’est-ce que je vais faire si je te perds maintenant … ?

Je baissai mes yeux qui s’embrumaient de larmes. Il m’avait pensé forte. Je le décevais. Ce spectacle de toute beauté qui se jouait dans les cieux était le témoin de nos derniers échanges. Le temps nous était compté de toute manière. Je me jetai alors à son cou et je l’embrassai. Ma bouche s’unit à la sienne dans un baiser plein de désir et de mots que je ne pouvais prononcer. Je voulais qu’il sache malgré cela que je tenais à lui.



"Peut-être qu'on est destinés à révéler le pire ou le meilleur de l'autre. Est-ce que je te fais avancer dans tes abysses, est ce que tu m'aides à avancer dans les miennes ?  A se heurter à trop de murs, tellement de minéral, on a peut-être besoin de se heurter à de l'animal pour se sentir vivant ?"
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(Terminé) End Of An Era [Adam]

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