(Terminé) Shadow in the mirror

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Gabriel Laymann
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MessageSujet: (Terminé) Shadow in the mirror    Mar 5 Jan - 22:45

Previously in our mad world




C'était véritablement la première fois que nous parlions face à face et je n'essayais plus de donner l'apparence d'un Gabriel Laymann en quête d'adulation. Que nous prenions le temps de nous regarder à la lumière crue du jour, comme deux êtres et non comme des personnes formatées par la norme sociale asarienne. La première fois que nous étions hors des limbes de la couche et de l'obscurité de nos nuits. Bien sûr mon statut me donnait un pouvoir et aussi, certains de mes congénères avaient tendance à l'occulter, une responsabilité envers elle. Pourtant, en cet instant, je n'étais pas le maître- d'ailleurs avais-je seulement pu envisager de l'être un jour ? - mais l'être se préoccupant de l'un de ses semblables. Je me sentais concerné par la vie de Scarlett et aussi soucieux qu'elle ne se méprenne pas sur mes motivations. Je n'étais pas un bienfaiteur, mais je n'étais pas non plus un client. Si j'avais accepté de me laisser aborder par elle, ce premier soir, derrière le Multiplex, c'était par faiblesse, certes. Parce que ma solitude avait croisé la sienne. Pour autant, je n'étais absolument pas une option durable dans son espérance de vie qui était plus élevée que la mienne. Je me souvenais d'un livre que Leroy m'avait offert pour mes sept ans. Il était le seul Ancien présentant à mes yeux une once de bienveillance envers la vie. La couverture jaunie était illustrée d'un dessin. Un petit garçon levant le nez et fixant une étoile. Il m'avait dit "lis ce livre, Gabriel, c'est toi ! Tu es le Petit Prince! " Sauf que Leroy était un grand naïf, même s'il avait toujours partagé mes valeurs et que son "Petit Prince" était mort la gueule ouverte sur le bitume dix-sept ans plus tard. J'en avais pourtant retenu ce que chaque enfant pouvait en apprendre: apprivoiser créée un lien et une responsabilité. Elle pèse toujours dans le sens du plus mature. Même si Scarlett m'avait autant apprivoisé que je l'avais apprivoisée, la responsabilité de veiller sur elle m'incombait.

Ce qui me mettait hors de moi, c'était cette nouvelle responsabilité, qui créait une dépendance. Je m'en voulais terriblement pour cela. Je pouvais lui apprendre à quitter cet état de dépendance à moi, mais qui m'apprendrait à ne plus dépendre de sa présence ? Immanquablement, je serais le perdant de cette étrange "transaction", quel que fût le temps qu'elle durerait. Perdant parce que je saurais lui désapprendre l'attachement s'il devait s'installer, mais que personne ne m'apprendrait à ne plus espérer. J'avais passé l'âge des mentors et des précepteurs. Elle souffrirait peut-être de quitter le confort connu de mes bras, le moment venu. Peut-être pas, si c'était pour aller vers ceux que son cœur choisirait, mais quelque fût sa nature, je savais que le vide qu'elle laisserait derrière elle serait impossible à combler pour moi. Parce que je discernais comme nul autre l'unicité de chaque être,  parce que je ne vivais jamais un lien à moitié et que l'un ne saurait se substituer à l'autre. Parce que pour moi un être ne comblait jamais le vide laissé par un autre, parce que, et en dépit de ce que je pouvais laisser paraître, la vie ne tenait pas pour moi à une collection de liens mais à l'intensité des seuls que je pouvais qualifier d'authentiques. Lorsqu'on portait mon héritage, l'authenticité se réduisait à quelques rares rencontres précieuses. Dans l'ordre, il y avait eu pour moi Leroy Mc Stone, Mara Jade, Jeko Dyke, Leana  Stirling, Audrey Stirling, Zack L. et Scarlett Rose Clane. J'avais trahi l'esprit de tous ceux qui la précédaient. Je savais que je la décevrais aussi, pour peu qu'elle aie placé en moi quel qu’espoir d'ici le dénouement des choses. Pour autant, je ne voulais pas que son séjour sous mon toit lui fît perdre ses dernières illusions. J'avais entrevu cet après midi qu'il ne devait plus guère lui en rester. Est-ce que les rêves pouvaient renaître, rejaillir comme sous l'effet d'une source d'espoir ?

J'aurais aimé être celui qui ferait renaître l'espoir dans ces yeux tristes, mais je ne savais pas comment ... J'avais oublié d'espérer pour moi, ou simplement en terme d'individu. Ma vision s'appliquait à une vision communautaire. J'en avais même perdu la capacité d'aimer. Et je voulais croire que je pouvais me passer de l'être. Tout se résumait dans cette synthèse asymptotique. J'étais mort. Je ne vivais pas de façon intrinsèque. Je n'étais que l'expression d'une volonté de survivre d'un rêve avorté. J'étais une illusion qui entraînerait dans son anéantissement tout être qui s'attacherait à cette apparence. Mais en souvenir de ce que j'avais été et, contre ce que l'adversité aurait voulu que je sois, je devais lutter et m'assurer que cela n'arrive pas.

- Ce matin, c'est loin! Et je m'inquiète si je veux! N'oublie pas qui donne les ordres ici !


Je compris à quel point elle était ignorante en entendant ses réactions sur la contraception.

Je me levai et pris sa main pour l'entrainer dans la salle de bain. J'avais entendu ensuite tous ses questionnements. Ils ne faisaient qu'anticiper les miens. Je soupirai profondément avant de m'appuyer à la porte de la salle de bain que j'avais refermée. Je fis glisser la tunique qu'elle portait, doucement, sans hâte. Je découvris la délicatesse de ses courbes à la lumière, alors que je les avais toujours caressées dans la semi obscurité. Je m'imposais  une restriction décente dans mes réactions. Je me tenais devant elle mais n'esquissai aucun autre mouvement.

- Tu as besoin de repos, de nourriture et de tranquillité. Au sujet de ta famille... Cela nous fait un point commun... Je n'ai aucune famille ...

Je ne mentais pas. Comment revendiquer une naissance qui vous a renié au point de vous mettre à mort ?

- Si tu le veux ... Nous serons une famille "d'accueil" l'un pour l'autre. Je n'ai pas eu la chance d'avoir une sœur mais je ne pense pas que tu puisses être une sœur. Pas de la façon dont je te "connais".


Je m'interrompis en réfléchissant à ses questions.

- Non, tu  as raison, il n'y a aucune contrat entre nous. Aucun que la société des Hommes et des Asariens reconnaisse. Si cela devait te gêner, tu peux le rompre à tout moment et reprendre le cours de ta vie... Mais avant de le rendre officiel aux yeux de la loi, je voulais m'assurer que notre accord soit bien clair pour toi. Qu'il reflète au plus près tes aspirations, même si je sais que tes rêves sont loin de ce lieu ...Scarlett, je peux faire de toi une simple employée, ce qui te rendra tributaire du droit du travail mais te protégera des maltraitances. Je peux aussi t'enregistrer comme esclave, ce qui te placerait sous ma protection mais te ferait déchoir des droits de simple citoyen :vote, droit de rassemblement, participation consultative aux réunions de quartier.

Prenant ses mains entre les miennes, je la fixai droit dans les yeux.

- Scarlett, si je ne peux pas justifier mon attitude durant ces dernières nuits, je peux t’assurer que je ne suis plus comme cela depuis bien longtemps. Je sais que cela ne justifie pas mon comportement en regard de ta fierté et de celle que toute femme doit avoir. Je ne m'en excuserais pas, parce que nous sommes tous deux aux mains de puissances que tous les hommes devraient considérer ouvertement. Je t'ai désirée, tu m'as désiré. Si cela doit être réprimé, puni, qu'il en soit ainsi.


Je plongeai la main dans l'eau de la baignoire et lui souris à nouveau.

- La température est parfaite.

Je finis de faire glisser la tunique et le reste. Je la contemplai un court instant puis ôtai moi-même ma chemise pour l'inviter à prendre place dans ce bain auquel je n'avais pas prévu de participer.

-Allez, assieds-toi et laisse-toi faire.


Je lui souris et me penchai pour caresser la courbe de son menton. Je sentis le tremblement de l'émotion et redoublai de douceur.

Ici, plus que jamais, je pouvais faire preuve de ma véritable nature et lâcher prise. Nous étions entre nous, personne ne pouvait avoir de regard sur ce qui se passait dans cette pièce. C'était le lieu par excellence où le plus secret des hommes dévoilait sa nature. Je caressai du regard son corps dénudé et baissai les yeux . Hors de question qu'elle voit l'éclat trop brillant de mes iris. Leur éclat mordoré lorsque l'enthousiasme gagnait mon être. Ce détail que seule ma mère ou une femme m'ayant aimé pouvait connaître.

- Tu peux aussi choisir de me mettre dehors et de rester seule dans cette pièce.  Scarlett, c'est toi qui es venue à moi, mais si tu n'es pas heureuse ici et maintenant, tu es libre de partir.


Je la fixai à présent, sans aucune volonté de la convaincre. Si elle en doutait encore, un simple regard de sa part, droit et sans hésitation, aurait suffit à dévoiler ma résignation. Mais bien sûr, ce n'aurait été que dérision et il valait mieux qu'elle ignorât les râles de mon renoncement, pour n'entendre que les cris de victoire au soir de son triomphe.

- Peu importe en vérité ce que j'ai tenté. Si j'ai réussi à te convaincre que ton salut passe par mes péchés... Dans le cas contraire, tu pourras t'en aller et devenir une Humaine libre. Si quelqu'un osait dire le contraire, il ne le dirait pas longtemps, que ce soit dans le Bidonville ou sous les autres Dômes. Scarlett, n'oublie jamais ceci: ce que tu sais d'une personne, ou ce qu'elle sait de toi, détermine qui, de toi ou d'elle mènera le jeu.
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Scarlett Rose Clane
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MessageSujet: Re: (Terminé) Shadow in the mirror    Sam 9 Jan - 11:43


Depuis le début, depuis notre toute première rencontre, j'avais eu cette attirante curiosité à son égard, cette envie de savoir ce qui se cachait derrière un tel personnage. J'avais pu voir qui il était quand il se paraît du manteau de chanteur, d'artiste à la notoriété certaine, mais aussi voir celui qu'il était hors des projecteurs et des regards de la foule. Et là, après ce petit écart  vers les bidonvilles, je m'apprêtais à découvrir une nouvelle facette de lui encore. Plus intime même que celle qui unit deux corps.

La perspective de cette nouvelle vie m'avait effrayé, mais avant même d'envisager de m'en échapper, je me rendais compte que j'y étais déjà accroché. J'observe cet homme intriguant dont les doigts s'activent sans se presser à m'ôter ces vêtements que je porte. Sans aucune pudeur, je le laisse faire, même si j'avais cette étrange impression d'ainsi me dévoiler pour la première fois. Sa proposition fait accélérer mon cœur. Que nous formions un semblant de famille … Ca semblait assez irréel. Mais j'hoche quand même la tête, presque imperceptiblement. C'est déjà plus rassurant que d'envisager une relation maître/esclave comme celle-ci est le plus généralement connue ici-bas. Il me confirme encore une fois qu'il est loin d'être semblable à la majorité de ces Asariens qui prennent des humains sous leur autorité. Au court de ma petite vie, je ne pense jamais avoir eu de choix à faire. J'avais l'obligation de survivre, de ne pas me laisser abattre, de tout faire pour maintenir ce semblant de liberté – aussi misérable soit-elle – mais ça n'a jamais été un choix. Là, dans cette salle de bain, Gabriel me donne la possibilité de poser des mots sur ce que je veux, la possibilité de contrôler mon avenir, de prendre la direction que je désire, autre qu'un chemin boueux et incertain. Je réagis à ses paroles par de petits tics : des sourcils qui se froncent, qui se haussent, des épaules qui bougent, un menton qui se soulève … mais je suis restée silencieuse tout du long, muette par autant de considération.

Installée dans la baignoire, un seul soupire s'échappe d'entre mes lèvres sous le bien procuré par une eau chaude qui vient délasser un corps trop tendu. Soudain, je perds son regard. J'aimerai me pencher, découvrir ce qu'il a à cacher mais respecte sa pudeur. Je préfère d'ailleurs détourner moi  même un instant le regard, prise d'une soudaine timidité. Depuis quand un homme baisse t-il les yeux devant moi ?

Quelle est la réelle mesure de la liberté ? Existe t-elle seulement quelque part ? Encore ce questionnement … Nous sommes tous prisonnier de quelque chose … inéluctablement. Je soupire longuement, et tout en reposant mon regard sur Gabriel, je viens attraper sa main entre mes doigts humides. Puis, après avoir vidé entièrement mes poumons, reprends une grande inspiration avant de me lancer. En cet instant, je me sens toute petite … comme la gamine que je suis réellement.

-Je ne partirai pas. Et je ne veux pas rester seule. Ni dans cette pièce, ni dans les bidonvilles … dis-je d'une voix timide.

Gardant sa main dans la mienne, le regard rivé sur celles-ci, comme un point d'ancrage, un repère dans le flou de ces pensées que je n'arrive pas à rassembler intelligiblement mais sur lesquelles je tente de poser des mots malgré tout.

-Une vieille femme m'a donné la chance de connaître cette vie, aussi pauvre soit-elle … elle m'a sorti de cette poubelle et m'a permis de vivre quand j'étais vouée à ne même pas exister … Et vous, vous m'avez sorti des bidonvilles … et aujourd'hui je suis là, à profiter de ce que je pensais ne jamais obtenir. Alors si vous voulez bien de moi, et que je fais une employée convenable, je ferais de mon mieux …

Je ne suis pas douée pour montrer ma reconnaissance par des mots, mais je peux le faire à travers mes actes, jour après jour, aussi longtemps qu'il me l'est permis. Je suis reconnaissante envers ces personnes qui prennent le temps d'en accorder à une pauvre humaine comme moi. Mon regard, moins timide, remonte son corps à demi dénudé jusqu'à aller trouver son regard et sourit finement en m'enfonçant un peu plus dans l'eau, jusqu'au menton.

-La baignoire semble suffisamment grande pour deux … si jamais l'envie vous prend …
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Gabriel Laymann
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MessageSujet: Re: (Terminé) Shadow in the mirror    Dim 10 Jan - 0:53



Je l'écoutai en silence. De ce silence dont peu de personnes me savaient capable, grave, recueilli, tendu dans l'analyse de l'autre. De Gabriel Laymann, on ne connaissait que la frivolité, le cynisme affirmé en un verbiage étourdissant, le vice et les excès étalés à la vue de tous. Le musicien concentré, perdu en lui-même, tout entier plongé dans la magie de la création, restait inconnu à la multitude et c'était ma volonté. On n'ouvre pas un sanctuaire aux quatre vents, sauf quand on veut y laisser entrer les frémissements, les émotions, les vibrations de la vie qui nous ont touché. Je ne le faisais que lorsque j'étais certain que rien de néfaste ne viendrait profaner ce refuge que m'était sacré. Ce soir, en cet instant et en ce lieu, j'avais ce sentiment de pouvoir le faire. Une symphonie était en train de naître dans ma tête et un sourire étirait mes lèvres tandis qu'elle me parlait en retenant ma main.

Je fermai les yeux en écoutant sa voix et tandis que je l'entendais me répondre, la mélodie s'élevait dans mon esprit. Mentalement, une part de mon cerveau était déjà à l’œuvre pour transcrire cet air en notes et imaginer quels instruments pourraient l'interpréter. Depuis toujours la beauté et l'espoir m'avaient davantage inspiré que les sentiments négatifs. Il avait fallu attendre la maturité et les blessures pour que la colère et la haine me soufflent aussi des œuvres maîtresses tout aussi flamboyantes. Zack me disait souvent que la colère surgissait quand on l'attendait le moins dans ma musique, au détour d'un éclat de rire ou d'une berceuse. Et je lui répondais invariablement: "elle n'est que le reflet de nos âmes" .

Les mots de Scarlett me demandant de la garder auprès de moi finirent par me tirer du rêve dans lequel sa voix même m'avait entraîné. Je rouvris les yeux pour croiser son regard brillant d'une convoitise que je connaissais déjà. L'invitation était à peine voilée. Elle était aussi cela. La tentation... Ni ange, ni pute. Un être encore plus beau et désirable. Un mélange d'ombre et de lumière. Une créature dont les reflets changeants répondaient aux miens, y faisant écho, les rendant presque douloureux. La regarder, vraiment, sans détour, était une souffrance. Mais je n'y aurais jamais renoncé de moi-même. Je souris et me levai, en proie à une pudeur surprenante, pour faire glisser les vêtements qui me cachaient encore à son regard, puis je me glissai dans la baignoire juste derrière elle et attrapai une éponge de bain pour commencer à lui laver doucement le dos. Mais mon geste ralentit pour s'interrompre bientôt. Je déposai un baiser sur son épaule humide, puis dans son cou.

- Tu ne m'as jamais parlé de cette femme qui t'a sauvé. Tu avais donc perdu tes parents ? Pourquoi dis-tu que tu n'étais pas vouée à vivre ?

Cette dernière question faisait traitreusement resurgir une souffrance que je pensais avoir bien cautérisée au feu de la haine. J'ajoutai en murmurant à son oreille.

- Bien sûr que si, tu étais destinée à vivre... C'est pour cela que tu es venue à moi un certain soir ... Rien n'arrive jamais par hasard Scarlett... Tu feras de grandes choses ... qui changeront la destinée de bien des hommes...

Je passai mes bras autour de ses épaules et collai ma joue contre la sienne, appréciant la chaleur de ce contact d'une toute autre façon.

- Si tu préférais vivre seule, penses-tu que je t'aurais laisser retourner là-bas ? Jamais... Je connais le Bidonville tu sais... C'est un lieu idéal pour s'y cacher, pour y mourir mais certainement pas pour y vivre ... Cette femme qui t'a recueillie, si tu veux, nous pouvons l'aider ... Quel est son nom ?


Je sentis son corps se tendre à ces derniers mots et je devinais la tristesse mêlée de colère dans cette tension. Je me doutais de la réponse, mais ne pas poser la question aurait pu lui laisser croire que je me désintéressais des personnes qui comptaient pour elle. Je pris conscience que le regard qu'elle pouvait poser sur moi, l'opinion qu'elle pouvait avoir à mon sujet commençaient à compter pour moi et songeai que cela était contrariant et, dans le même temps, réconfortant.
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Scarlett Rose Clane
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MessageSujet: Re: (Terminé) Shadow in the mirror    Mar 12 Jan - 19:16



Cet instant tendrement intime m'apaise. En quelques mots nous avions mis les choses au clair, et j'avais l'impression que c'était la première fois que nous nous disions autant de chose. C'était la première fois que je lui parlais de ma vie d'avant et que j'évoquais les gens qui gravitaient autour de moi à cette époque qui n'est pas si lointaine. J'apprécie ce moment, autant dans sa simplicité que dans sa sincérité.

Dissimulé dans mon dos, je me concentre sur ses mots et la douceur de ses gestes. Sa curiosité était touchante et m'incitait à la confiance.

Confiance …

Je ne l'ai accordé qu'à quelques rares personnes, et ce petit coffre précieux s'ouvrait peu à peu pour cet homme sans que je parvienne à savoir si cela était une bonne chose ou non.

-Je n'ai pas de parents. Je n'en ai jamais eu. J'ai été retrouvé dans une poubelle quelques jours après ma naissance … Ça s'arrête là. Enfin … ça devait s'arrêter là.

Je ne veux pas donner à mes géniteurs la dénomination de parents car un père ou une mère n'abandonne pas son enfant dans une poubelle, ne lui laissant aucune chance de survivre. Car ils n'ont pas pensé qu'une vieille femme des bidonvilles aurait la bonté de recueillir et de prendre à sa charge un enfant. Ils ne méritent pas cette appellation.

Son souffle au creux de mon oreille me fait frissonner. Ses mots … Il avait déjà évoqué ceci. Et je n'arrive toujours pas à le comprendre. Comment pourrais-je changer la vie d'un homme, moi qui n'ai rien à apporter à personne, à part la chaleur d'une étreinte ? Non. Je ne comprends vraiment pas.
Est-ce que toute notre vie est inscrite quelque part sur un parchemin céleste ? Est-ce cela qu'on appelle le destin ? Je tourne légèrement la tête sur le côté pour avoir le visage du chanteur dans mon champs de vision afin de le questionner à ce sujet, mais voilà qu'il me parle de Sally, et mon regard se voile à nouveau tandis que mon cœur se serre.

-Sally … Mais là où elle est désormais, elle n'a plus besoin d'aide …

Il a compris où je veux en venir. Je n'en dis pas plus. Même si la mort plane au dessus du bidonville en permanence comme une ombre macabre et que personne n'est jamais surpris de la voir surgir, j'ai tout le temps eu beaucoup de mal à l'appréhender quand celle-ci touche mes proches. Toute mon enfance, j'ai tout fait pour que jamais elle ne m'atteigne, mais je ne peux pas l'empêcher de toucher mes proches. Personne ne le peut … Même pas le plus fort d'entre nous.
Je laisse planer un léger silence en souvenir de cette vieille dame qui m'a prise sous son aile et me blottit un peu plus au creux des bras de Gabriel, déposant un baiser contre la commissure de ses lèvres. Que penserait-elle de cette situation ? Aurais-je seulement fait les mêmes choix si elle était encore en vie ?
La vie est un cadeau, m'a t-elle tout le temps dit. A toi de voir les portes qu'elle t'ouvre et lesquelles tu choisiras de pousser. Elle ne m'a jamais incité à faire telle ou telle chose, elle ne m'a jamais empêché de faire quoi que ce soit. Alors je pense qu'elle n'aurait vu aucun problème à ce que je suive cette route.

-Beaucoup n'ont pas la chance d'envisager la vie autrement que dans les bidonvilles. C'était pareil pour moi. Avant de vous connaître … Jamais je n'aurai imaginé en sortir … Et je pense que vous êtes un des seuls à vous préoccuper de ce qu'on y fait et de comment on y vit. Les gens se moquent bien de notre cas, sinon il y a bien longtemps qu'on ne laisserait plus les gamins mourir de faim ou des gamines faire la pute pour avoir de quoi manger.

Si une certaine révolte peut sonner dans ma voix et se lire dans mes traits, elle n'est pas dirigée envers lui mais envers ce monde que j'ai pu voir graviter en dehors du bidonville sans que la pensée d'une misère humaine ne puisse traverser leurs esprits suffisants.

-Vous dites connaître les bidonvilles, comment ça se fait ? Vous y avez vécu ?
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Gabriel Laymann
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MessageSujet: Re: (Terminé) Shadow in the mirror    Mer 27 Jan - 22:30



Parfois on pense avoir si bien anesthésié son âme et son cœur qu'on se croit en sécurité dans une tour aussi haute que l'orgueil derrière lequel on s'abrite. Parfois on est insensible à sa propre souffrance mais celle des autres peut nous frapper de plein fouet, par surprise et nous infliger un mal qui nous laisse là, pantelant et impuissant. Je l'avais écoutée me murmurer le nom de cette femme et ce que j'avais pressenti à son sujet et je savais la douleur de la perte sous bien des formes. Pourtant la cruauté des mots simples qui avaient précédé cet aveu me laissa sans voix. Il fallait donc que le sordide nous réunisse encore. Après nous avoir fait client et pute, maître et esclave, puis amants, il nous liait par l'abomination de nos génitrices. Elle tourna doucement la tête vers moi et déposa un baiser au coin de ma bouche avant de se blottir davantage contre moi, sa joue contre la mienne. J'avais commencé à la bercer sans en avoir conscience tout en fermant les yeux, ma joue contre la sienne.

- Sally ... Je me souviendrai toujours de son prénom ... C'est elle qui t'a donné ton nom ? Clane ? Si tu veux nous nous souviendrons ensemble de son nom. Chaque année ou chaque mois à la date où elle est partie ? Tu voudrais qu'on fasse ça ? Où aller porter une fleur là où elle repose ? C'est ce qui se fait non ? Mais est ce que tu veux ? Tu veux qu'on s'occupe d'elle comme ça ?


Je réfléchissais tandis qu'elle s'était retranchée dans le silence. Je réfléchissais, la berçant et la réchauffant.

- Elle aimerait aussi qu'on fête ton anniversaire, j'en suis certain. Est-ce que tu sais quand elle t'a recueillie ? C'est ce jour-là que tu es née véritablement. On pourrait fêter cette date ! J'ai envie de la fêter en l'honneur de Sally et en ton honneur. Qu'en penses-tu ?

Je me serrai contre elle et ma voix devint sourde, trahissant mon malaise.

- Je ne sais même pas quel âge tu as ... Pour t'obtenir des papiers en règle c'est nécessaire.


L'eau refroidissait déjà et je me penchai par dessus son épaule pour actionner le mitigeur afin de rajouter de l'eau chaude. Dans le même mouvement je compris que la vapeur avait dilué le maquillage que je portais et qu'elle venait de découvrir ce que personne n'avait jamais vu à part Jeko. Une marque rouge qui zébrait ma pommette gauche et formait une sorte d'étoile sous mon œil, comme des larmes de sang gravées dans ma chair et qu'aucun recours chirurgical n'avait jamais pu effacer totalement. Ce fut à mon tour de tressaillir et de sentir la morsure du passé se refermer sur mon cœur. Je repris, en apparence imperturbable, la caresse de ma main sur son corps. Aucune femme ne m'avait vu ainsi, et cette partie de mon visage m'inspirait dégoût et rage. Davantage par ce qu'il m'évoquait que par souci de la répulsion qu'elle pouvait susciter auprès de mes conquêtes d'un soir qui n'avaient jamais l'occasion de la contempler, d'ailleurs. Le seul regard que j'avais redouté au point de ne jamais l'affronter était celui de Mara. Mais je redoutais ce qui allait suivre, je redoutais de lire le dégout dans le regard de Scarlett, bien que je ne pus m'empêcher d'éprouver une sorte de délivrance à n'être plus seul enfin à porter ce secret.

- Je comprends ta colère ...
Murmurai-je en déposant un baiser sur sa tempe, mais jamais tu ne devras dire de telles choses hors de la maison, lorsque tu es dehors sous les Dômes. D'accord ? Promets-le moi ? C'est très important Scarlett. Les choses changeront un jour. Mais en attendant, tu dois garder cette colère dans ton cœur. Asaria n'est pas encore prête à l'entendre. Sois patiente ... sois patiente ... Ajoutai-je en caressant son menton de mon pouce, et en tournant son visage vers le mien.

Un sourire étira mes lèvres et je plongeai mon regard dans le sien.

- La vie gagne toujours... C'est ce que les bourreaux oublient lorsqu'ils mettent à mort l'espoir. Au cœur du désespoir le plus noir, l'espoir peut naître... L'esprit d'un être ne meurt jamais, qu'il soit bon ou mauvais. Et ils sont autour de nous, nous suivent. Ceux qui nous aimaient veillent sur nous. Les autres ... nous devons porter le poids de leur présence, ou les affronter encore et encore ... Sally est partout où tu es ... Tout comme je le serai si un jour ...


Je me détournai pour éviter son regard cette fois. C'était la première fois qu'évoquer ma mort me dérangeait. Cette échéance inévitable, je m'y étais préparé, mais la présence de Scarlett la rendait moins acceptable.

- Tu sais, j'ai une fille ... Je l'aime plus que tout et pourtant j'ai dû disparaître de sa vie, pour son bien. Parce que je risquais de la faire souffrir bien plus encore en restant près d'elle. Peut-être que certains parents des Bidonvilles n'ont pas d'autres choix aussi. Peut-être qu'ils t'avaient déposée là parce que dans cet endroit, beaucoup de personnes fouillent les poubelles ? Quoi qu'il en soit la vie n'a pas permis que tu l'abandonnes et elle a fait en sorte que tu sois trouvée par Sally puis par moi. Tu sais, nous avons bien plus en commun que tu ne crois. Oui, je connais le Bidonville... Bien plus que tu pourrais l'imaginer... Un jour peut-être ... Je te raconterai. Mentis-je.

Je savais que je ne m'autoriserai jamais à lui révéler mon passé et que lorsque j'aurais enfin toute latitude pour le faire, je n'en aurais plus le temps ... Condamné au silence par un projet dont la réalisation m'emporterait sans que j'ai pu rien révéler à ceux qui auraient mérité de savoir et de comprendre mes motivations.
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Scarlett Rose Clane
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MessageSujet: Re: (Terminé) Shadow in the mirror    Dim 31 Jan - 16:47

Si ma mère biologique, cette femme inconnue à mon cœur et à mon esprit m'a donné naissance, c'est Sally qui m'a donné vie. Sans elle, sans doute que personne ne serait venu se donner la peine de s'encombrer d'une bouche supplémentaire à nourrir. J'en suis intimement persuadée. Et sa disparition laisse une plaie béante dans mon cœur. On s'habitue à la douleur, mais jamais elle ne disparaîtra.
Logée dans la chaleur dégagée par Gabriel, je m'apaise un peu plus. Dans ces confidences, je me sens davantage en confiance et je commence à voir en cet homme mon seul allié en ce bas monde. Le seul qu'il me reste. Le regard plus brillant, je le dévisage, touchée par autant de considération envers cette femme qu'il ne connaît même pas, mais étrangement, l'idée de retourner dans les bidonvilles éveille une légère peur en moi.

-Je veux bien … Je dépose une fleur sur sa tombe une fois par an ... dis-je faiblement.


A vrai dire, cela me fait toujours aussi bizarre qu'il prenne autant soin de moi. Que je sois son esclave ou son employée, après tout … il ne s'était encore jamais montré dure avec moi. Déstabilisant certes, mais il veillait toujours sur moi.
C'est quand il en parle que je m'en rends compte moi même, je ne lui ai jamais dit mon âge. Non. Ca ne fait généralement pas parti des sujets de conversation que j'entretiens, car je préfère qu'on me prenne pour une jeune femme que pour une gamine de dix sept ans.

-Seulement si on célèbre aussi votre anniversaire. Il n'y a pas de raison pour que je sois la seule. Sally m'a trouvé fin mars 2099… le 27 il me semble …

Lorsque Gabriel se penche pour remettre de l'eau chaude dans le bain, mon regard rencontre cette mystérieuse marque sur son visage que je n'avais jamais vu. Il devait prendre soin de la masquer chaque jour et chaque nuit pour que jamais personne ne la remarque, même pas moi qui vit avec lui. Automatiquement, la curiosité me pousse à chercher ce à quoi une telle cicatrice pouvait être due, mais cela serait sans doute trop délicat de lui poser directement la question. Quand on prend autant de soin à cacher quelque chose c'est pour une bonne raison. Je reste donc silencieuse et n'attarde pas mon regard sur cette cicatrice. Des corps meurtris, j'en ai vu, des corps bouffés par la maladie ou de mauvais traitements subis … Je ne me montre donc pas, ni impressionnée, ni dégoûtée, par cette révélation. Je n'en dis rien non plus. Inutile.

Attentivement, je bois ses paroles d'espoir. Mais quand il évoque son éventuel mort … je sens un malaise palpable naître dans son regard. Pourquoi évoquer une telle chose maintenant ? Je fronce les sourcils lorsqu'il fuit mon regard. Je ne comprends pas.

-Pourquoi se taire ? Le silence ne fera jamais bouger les choses. Si tout le monde se tait, je ne vois pas comment le monde peut évoluer …

Encore une fois, il s'ouvre à moi et je me surprends à imaginer ce à quoi sa fille peut bien ressembler, ce que doit être sa vie ... Mes sourcils restent froncés. Comment peut-on faire souffrir son enfant autrement qu'en l'abandonnant ? Encore une fois, je ne comprends pas. Ce monde est réellement étrange, régit par des règles et des principes que je ne parviens pas à comprendre. Les gens font des choix bien étranges. Qui peut dire ce qui est le mieux ? Qui peut prétendre dire qu'une personne vivra plus heureuse sans nous ? Ces questionnements me plongent un instant dans le silence. Chaque instant passé avec Gabriel, chaque fois qu'il me révèle un peu plus sur sa vie, ma curiosité et ma fascination à son égard n'est que plus forte encore. Il y a quelques temps, quand je l'ai rencontré face au multiplex, j'étais bien loin de me douter à quel point nous pouvions être liés.

-Comment s'appelle votre fille ?

Je me retournais un peu plus vers lui, toujours dans son étreinte protectrice.
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Gabriel Laymann
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MessageSujet: Re: (Terminé) Shadow in the mirror    Mer 3 Fév - 21:41




J'avais désappris, après Mara, à avoir quelqu'un à protéger. Le sort que ma mère m'avait réservé m'avait inculqué une leçon. On ne pouvait savoir ce que l'instant suivant réservait et prétendre être toujours là pour protéger quelqu'un. Les parents sincères et aimants ne faisaient que de fausses promesses pour rassurer leur enfant. Un simple dérapage sur une route mouillée, ou un camion lancé à trop vive allure, un conducteur ivre, pouvait également arracher une vie, et priver l'enfant de son protecteur. Le passé était déjà figé, l'avenir incertain. Seul le présent avait valeur de certitude ou presque. Les promesses se fanaient aussitôt prononcées et ne vivaient que dans l'intention de l'esprit qui les formulait, jamais dans la réalité de la vie. Ce qui était en train de se passer ce soir, dans cette eau tiède, n'était en rien prémédité, ni prévisible. C'était le résultat d'une somme de facteurs que nous subissions Scarlett et moi sans l'avoir voulu. Nous étions deux enfants de l'imprévu, si différents, si méfiants, blessés, et pourtant ... Quelque chose que nous n'aurions pu partager avec personne d'autre était en train de se tisser entre nous. Ma cicatrice ne l'avait pas fait crier, ne l'avait pas effrayée. Si elle savait que ce n'était pas la plus terrible, que celle qui avait dévasté mon âme et mon esprit était infiniment plus terrifiante, aurait-elle reculé ?

Audrey et Leana avaient été les deux premières à réveiller cet instinct protecteur que je pensais mort en moi. Comme avec Scarlett, un intérêt personnel avait motivé mon approche de cette jolie rousse pique-niquant dans le parc qui jouxtait le Centre de recherches. Je m'étais honteusement servi de sa petite fille pour l'approcher, séduisant la gamine avec un robot de ma fabrication. Un petit automate contrôlé par un programme que j'avais mis au point quand j'étais encore étudiant et qu'il m'avait été facile de réécrire. Il reproduisait les gestes et les expression de la personne à laquelle il faisait face et posait invariablement la même question : pourquoi es-tu ... ? Et la suite variait suivant la mine affichée par son interlocuteur au moment où il se présentait devant lui. Triste, joyeuse, en colère, boudeuse, en larmes ... Ce petit robot avait immédiatement gagné la sympathie de la fillette et de sa maman. Son concepteur avait très rapidement eu les mêmes faveurs. A cette époque, j'étais brun, j'avais une moustache. J'avais un charme différent. Moins clinquant, plus intellectuel. Une autre de mes identités ... J'avais adopté la première et épousé la seconde. Je m'étais fabriqué une famille, pour les besoins de mon projet et pour combler ma solitude. Puis quand Gabriel Airas avait cessé de m'être utile, je l'avais déserté avec autant de facilité que je changeais d'apparence, ne laissant qu'une coquille vide à pleurer à ces malheureuses. Bien entendu je veillais de loin à ce qu'elles ne manquent de rien. N'avais-je pas toujours fait ainsi pour les êtres qui comptaient ? Être cher ou personne importante dans mon plan. J'en avais court-circuité des systèmes vidéo, des alarmes, des verrous. J'en avais effacé ou volé des dossiers. J'en avais protégé des gamins inconscients qui défiaient la Milice en caillassant leur QG ou en détournant des camions, en prenant d'assaut une antenne de télécommunication, ou en piratant avec un trojan traçable le système de sécurité des banques asariennes. Chaque fois, j'avais déclenché une parade, ou corrigé le programme imparfait. Chaque fois que je l'avais pu.  Mais certaines fois, je n'arrivais pas à être partout. Ces "certaines fois" étaient autant de fantômes qui s'ajoutaient à ceux qui me poursuivaient. Les victimes de l'orphelinat, rasé après que l'enfant prodigue  eût été exfiltré du Centre de Recherches. Chaque homme, femme, enfant abattu dans le bidonville par un Milicien trop zélé que je n'avais pas su détourner de sa cible. Autant de ratés que de réussites, les premières annihilant les secondes à mes yeux. Tous ces morts, toutes ces victimes, parce que je ne maitrisais pas encore assez mes dons.

Je me savais trop imparfait dans mes parades pour m'attacher à des personnes qui ne pourraient peut-être pas être sauvées par mes talents. Je me savais trop maudit pour avoir le droit de ressentir et de promettre. Même une protection, même un asile autre que ceux éphémères de mes bras. Désapprendre à aimer et à susciter l'amour était une absolue nécessité à laquelle je m'astreignais depuis près de dix ans. Avec les être superficiels et asséchés des hautes sphères asariennes, c'était chose facile de me montrer dédaigneux, méprisant, et haïssable. Ça l'était moins lorsque je me trouvais en face de personnes en souffrance ou capable de compassion et d'émotions authentiques, capables de s'oublier pour quelqu'un d'autre. Capables d'être vivantes tout simplement. Tous ces pantins appartenant au gotha dont j'étais issu n'étaient que des morts vivants, des marionnettes animées par les deux reines maudites du bal, ma Mère et son âme damnée. Son autre elle, celle qui faisait le sale travail à sa place. Audrey, Leanna, Scarlett, étaient d'un autre monde. Celui des sensations. Parfums, couleurs, éclats de rire ou pleurs, goût d'un baiser, douceur d'une caresse. Tout était vrai chez elles. Comme cela l'avait été chez Mara. Je n'étais qu'un spectre de grisaille déjà happé par la mort qui ne m'avait accordé qu'un sursis pour accomplir mon dessein. Peut-être parce qu'elle savait que je lui promettais des moissons fabuleuses à venir. J'avais volé des instants de vie à ma fille et à mon épouse. Je faisais de même avec Scarlett. Comme un fantôme venu se réchauffer au feu de la vie avant de reprendre son errance éternelle. Je n'aurais pas dû les aimer et m'en faire aimer.

Je ne devais pas, ne pouvais pas, me tromper encore avec Scarlett Rose Clane.

Je commençai à rire lorsqu'elle mentionna l'obligation de fêter aussi mon anniversaire. Lequel ? Ne pus-je m'empêcher de penser. Mais mon rire cynique mourut sur mes lèvres lorsqu'elle mentionna son année de naissance. La dernière année avant que ne bascule le centenaire. L'eau me parut soudain trop froide, mes mains sur sa peau, trop brûlantes et mon souffle dans son cou, trop empoisonné. Je reculai doucement mais inexorablement. Le reste de ses propos se perdit dans une sorte de brouhaha confus et je ne fus conscient que d'une seule chose. Elle se rapprochait de moi, se tournait vers moi, me questionnait sur ma fille... je m'efforçai de ne rien en laisser paraître mais c'était plus fort que moi. La révélation de son âge qui faisait de moi le maître d'un enfant, aux yeux de la loi, me dégouta encore un peu plus de moi-même. Bien que cette enfant n'eût plus rien d'innocent dans le commerce qui nous liait. Comment n’avais-je pas pu m'en rendre compte, même si elle approchait l'âge de la majorité ? Je méprisais bien des lois asariennes mais celle protégeant les mineurs m'apparaissait l'une des rares digne de respect. Si, dans le Bidonville, nombre de gamines de son âge étaient déjà mères cela ne me dédouanait en rien à mes propres yeux. Cela ne faisait qu'ajouter à ma turpitude. Mais qu'avais-je pu croire en vérité ? Elle était humaine et les années comptaient à plein pour les humains, à la différence de nous asariens que les années ne marquaient pas ou si peu. Je devais bien me douter, je savais bien qu'elle n'était pas très vieille. C'était d'ailleurs ce qui m'avait attiré immédiatement en elle. Cette fraicheur, cette beauté épargnée par la flétrissure. L’éclat incomparable de la jeunesse. C'est aussi ce qui m'avait poussé à la retenir chez moi pour lui éviter la décadence du trottoir qui éteint cette lumière. Je supposais qu'elle était encore au début de sa troisième décennie mais je n'aurai pas pensée qu'elle en fût encore loin. A peine dix ans la séparaient d'Audrey et je mesurais avec horreur ce qu'elle avait dû supporter sur les trottoirs d'Asaria. Des êtres qui s'étaient probablement repus, en toute conscience, de son innocence. Je me haïs et me méprisais de n'avoir pas senti que cette fragilité, ces silences butés et déraisonnables n'étaient que les reflets de son extrême jeunesse. Je fermai les yeux et me mis à tousser avant de me lever sans brusquerie mais avec une sorte d'automatisme halluciné.

- Pardon ... L'eau n'est plus assez chaude ... Tu vas prendre froid...


Je sortis de la baignoire et m'enveloppai dans mon peignoir puis empoignai une serviette pour me frotter les cheveux. Je lui tournai le dos, redoutant de croiser son regard.

- Sèche-toi et habille toi. Tu devrais aller dormir ... dans ta chambre  ... Tu es fatiguée ... et moi aussi.


Je jetai un regard à mon reflet dans le miroir. La cicatrice était bien visible, me narguant. J'écartai un pan de mon peignoir sur mon torse. L'autre tout autant. Le monstre était de sortie ce soir. Révélé dans toute sa splendeur noire, par quelques mots. Une envie soudaine de péter encore une fois ce putain de miroir monta en moi. Mais cela ne me délivrerait pas pour autant de ce reflet de putréfaction qu'il renvoyait.

- Pardon, Scarlett ... Je ne savais pas ... J'aurais dû savoir ... Demain je ferai ce qu'il convient pour régulariser ta situation et j'assumerai les conséquences ...


Je sortis de la salle de bain en claquant la porte et allai m'asseoir près de la cheminée dans laquelle un serviteur attaché à la suite avait allumé une flambée. Dans la pièce, seul le crépitement des flammes troublait le silence pesant et dans ma tête, la symphonie naissante s'était soudain tue. Cruelle ironie. Cette soirée que je pensais s'achever sous le coup d'une culpabilité, que je lui aurai vite ôtée, s'avérait me désigner comme le coupable d'un acte qui, à lui seul, cristallisait à mes yeux toutes les errances auxquelles je m'étais laissé aller. Qui étais-je pour avoir cru pouvoir toucher du doigt une telle lumière ? Comment avais-je pu croire avoir le droit d'embrasser la véritable beauté impunément ? Moi qui n'était qu'un être condamné à l'ombre et à la répugnance. Comment pourrais-je encore la regarder maintenant que je savais porter deux fois son âge ? Maintenant que je la savais tout juste sortie de l'enfance ? Si elle avait été asarienne, sa famille m'aurait intenté un procès et j'aurais été condamné à raison. Parce que Scarlett était humaine, elle n'avait eu personne vers qui se tourner lorsque la vie ou quelqu'un l'avait forcée à brûler son enfance dans le vice. Depuis combien de temps faisait-elle le trottoir ? Combien d'autres s'étaient rendus coupables du même crime que moi envers elle ? Je sentis l’écœurement monter en moi et c'était douloureux de penser aux nuits partagées de cette façon. C'était une faute que je devrais payer, mais pas avant d'avoir fait en sorte de détruire cette société à deux vitesses, ce deux poids deux mesures. J'étais tellement absorbé dans mes pensées contradictoires que je n'avais pas entendu le déclic de la porte de la salle de bain.
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Scarlett Rose Clane
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MessageSujet: Re: (Terminé) Shadow in the mirror    Dim 7 Fév - 20:23

-Quel âge as-tu Rosie ?
-Qua...quatorze ans …
J'avais bredouillé mon âge alors que l'homme et ses grosses mains étaient en train de me dévêtir, dénouant les bretelles de la robe achetée exprès pour ma première passe … Je n'osais même pas soutenir son regard d'acier, mais si j'avais levé les yeux vers lui à cet instant, j'aurai pu y voir la lueur perverse qui avait animé ses iris alors qu'il parcourait mon corps à peine mâture. Je me souviens avoir longuement mordillé ma lèvre inférieure, prise d'une gêne immense à l'idée de cette « première fois ». C'est sans doute ce qui lui a plu d'ailleurs … Mais Tom m'avait montré comment faire, comment m'y prendre. Ma jeunesse avait souvent été un critère de choix pour mes clients … Mais j'ai finalement laissé rapidement tomber le côté enfantin pour une attitude plus mature. De toute manière, dans les bidonvilles, nous grandissons tous plus vite. Mais l'enfant reste tapi dans l'ombre, invariablement.

Son regard devient fuyant jusqu'à me quitter totalement. Je ne vois plus que son dos. Je ne me faisais aucune illusion quant à la raison d'une telle attitude. J'aurai sans doute dû me taire … Mentir ? Après tout, quelques mois de plus et il serait resté dans cette baignoire, ne me laissant pas ainsi, privée de sa chaleur. Il était bien le premier à réagir ainsi par rapport à mon âge. Et même si j'aurai du trouver cela touchant, ça me fait tout de même mal. Il me renvoyait dans ma chambre, dans des draps que je n'avais encore jamais fréquenté depuis mon arrivée ici, ou seulement lorsque je me retrouvais seule dans cette grande suite. Je baisse les yeux, ne bougeant pas jusqu'à ce qu'il sorte, sursautant au claquement de la porte. J'étais comme sonnée après un tel moment de douceur échangé, stoppé si brutalement.

Je guette des bruits, des paroles qui ne viennent pas et finis par sortir de la baignoire à mon tour. Je m'enroule dans un peignoir, et sèche négligemment mes longs cheveux avant de les laisser retomber, encore humides, sur mes épaules. Pourquoi … Je rencontre mon reflet dans le miroir et ne vois que la gamine que je suis … Dix sept ans de vie seulement, et pourtant l'expérience d'une femme beaucoup plus âgée. C'est comme ça qu'il me verrait désormais ? Comme une gamine. Et ça, je ne le veux pas. Je resserre le nœud qui maintient mon peignoir fermé et ouvre timidement la porte de la salle de bain. Je m'attendais à ce qu'il ait déjà rejoint sa chambre, mais non … il est là, semblant perdu dans ses pensées. Je l'observe un instant sans bouger, sans parler. Je m'approche finalement de la cheminée crépitante. J'avais eu l'envie de venir l'enlacer, mais je sentais parfaitement que cela serait inconvenable. Je me contente donc de me placer face à la cheminée, étendant mes bras pour pouvoir sentir la chaleur du foyer contre mes paumes, rendues froides malgré le fait que je sorte tout juste du bain …

-Je ne comprends pas pourquoi vous parlez de conséquences à assumer … J'ai fait mes choix, et je vous ai laissé faire. Rien ne m'obligeait à vous accoster ce soir-là, pourtant je l'ai fait. Alors ne vous excusez pas pour ça.

Je marque une pause, observant les flammes danser. Je me retourne légèrement vers lui, le corps toujours face à la flambée.

-Ca n'a jamais dérangé personne, et cela fait longtemps que j'ai oublié ce que doit être une enfant.

Il y avait une certaine animosité dans ma voix que je tentais de contenir. J'étais blessée, et je trouvais une telle réaction injuste. Tout le monde s'est évertué à oublier que je n'étais qu'une enfant quand j'ai commencé à fréquenter les trottoirs, alors pourquoi fallait-il que lui y pense ?
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Gabriel Laymann
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MessageSujet: Re: (Terminé) Shadow in the mirror    Dim 7 Fév - 22:44


HRP : Attention, vieille chose !


Je sentis sa présence à mes côtés malgré l'absence de bruits. Elle se déplaçait toujours avec le feutre du félin ce qui m'avait rapidement laissé entrevoir l'autre façon dont elle gagnait sa vie. Une façon qui aurait tellement eu ma préférence finalement. Je soupirai, le cœur lourd alors que j'aurais simplement dû avoir terriblement honte de payer une personne pour m'offrir son corps. Mais cette atteinte à l'enfance réveillait bien évidemment des blessures en moi qu'elle ne pouvait connaître et ne devrait jamais connaître si je voulais espérer pouvoir la regarder à nouveau dans les yeux un jour.

La prostitution pouvait prendre bien des formes. Elle touchait les femmes, les hommes, les enfants. Elle pouvait être consciente ou pas, voulue ou pas par les personnes même qu'elle servait. Est-ce que ma mère avait voulu que je me retrouve dans le lit de ces femmes influentes ? Alors que je n'avais que quinze ans ? Est-ce qu'elle me manipulait comme un pion séduisant et efficace ou est ce qu'elle ne se doutait pas que le jeu de séduction qu'elle m'avait ordonné avait été si loin ? Comme elle ne se doutait pas à quel point je la haïssais ces longs après-midi que je passais enfermé avec mon vieux maître de musique à jouer du Chopin quand d'autres sortaient au cinéma avec des filles ou allaient faire du sport avec leurs amis . "Il joue comme un Dieu" disaient ses amies en m'applaudissant, moi, petit singe savant de Madame la Grande Conseillère fraîchement élue. Elle cherchait des appuis... Elle se servait de tous ses atouts pour en trouver. "Il baise comme un Dieu. " Mère, je te devais aussi cette expertise précoce du cœur et du corps des femmes. Finalement le piano m'avait aidé davantage que la baise. Il m'avait aidé à faire quelque chose de beau, qui donnait du rêve et du plaisir aux gens. Je ne serais pas le musicien que je suis aujourd'hui sans cet entrainement tyrannique. Je n'aurais pas l'oreille absolue, je ne verrais pas les notes s'écrire sur les portées en entendant la musique dans ma tête. Je ne saurais pas transcrire le chant des oiseaux en pièce pour quatuor. Sans vos "amies" et leurs caresses indécentes, leur atteintes impudiques, leurs postures lubriques offertes à ma jeunesse, je saurais encore aimer, je ... j'aurais surtout su combien l'amour véritable est précieux et rare et combien il fallait le garder secret. Je me serais méfié. Jamais vous ne m'aviez puni pour ça. Cela vous importait peu que je couche avec les femmes de vos ministres ou d'hommes d'affaires influents  que vous vous tapiez probablement. Mais Mara ne vous apportait rien, bien au contraire. Elle n'était pas non plus un simple jeu de prestidigitation mené au dépens d'une pauvre jeune fille que je convoitais. Ces jeux qui vous amusaient, pour lesquels vous affichiez une complaisance que je trouve, avec le recul, tellement malsaine. Mara était sacrée à mes yeux. Bien plus que vous. Et c'est pour cela que vous m'avez préféré mort. Vous ne compreniez pas ...


Elle ne comprenait pas non plus ... Pourquoi je me sentais si mal, pourquoi je la repoussais. Elle ne comprenait pas que ce geste était la forme de reconnaissance, de respect la plus pure que je puisse lui offrir.

- La loi asarienne est bien imparfaite, pourtant elle a parfois des élans de justice. La prostitution des enfants (humains ou pas) est interdite. J'aurais pu t'utiliser comme esclave domestique sans être inquiété. Mais l'usage sexuel des enfants est, fort heureusement, interdit.


Je n'osais toujours pas la regarder et je me penchai pour jeter une bûche dans le foyer. Ma voix devint plus grave, plus coléreuse.

- Mais la loi n'est rien ... En regard de ma conscience ... Je ne suis pas PERSONNE ... Je sais qu'il ne s'agit que de quelques mois. Mais ils font toute la différence et ... ils m'ont aussi fait prendre conscience de l'écart d'âge qui nous sépare. Peut-être ne le savais-tu pas , mais j'ai deux fois ton âge ... Deux fois ...Je n'ai pas le droit ... Si j'étais humain peut-être ... Mais j'ai la vie devant moi, en théorie. Je n'ai pas le droit de gâcher ta jeunesse ... Si je veux me taper une gosse de 18 ans, je n'ai qu'à choisir une fan asarienne ... C'est pas ça qui manque... Et elles ont toute leur vie pour faire leur enfance, elles... Et elles ne demande que ça en plus ...

Je tisonnai rageusement les braises pour faire repartir le feu que j'avais étouffé avec ma bûche à la con.

- Que je me sois laisser berner la première fois ... Encore... Tu étais maquillée comme une pute, c'est vrai ... Tu faisais cinq ans de plus... Mais depuis ... j'aurais du voir que ... tu étais encore une ... enfant... Quelques mois n'y changeront rien... Je suis quoi pour toi ? Un vieux  ? Un mec sur le retour qui te parait un peu moins vieux parce qu'il est asarien ? Parce qu'il a du fric ?  

Je me tournai vers elle, enfin et je lui jetai un regard brûlant, presque implorant.

- Tu ne dois pas, justement, Scarlett, oublier ce qu'est l'enfance ... Regarde ce que je suis devenu ... J'ai oublié ... Tout est mort ... Tout est gris ... Sans rires, sans soleil ... Sally ... Sally n'aurait pas voulu ... Elle voulait que tu rencontres un type, que tu tombes amoureuse... Que tu aies des gamins ... Même si c'était pour t'angoisser chaque jour de ce que tu allais leur donner à manger ... Elle voulait certainement pas que tu te prostitues chez un mec qui a le double de ton âge et qui pourrait te mettre en cloque d'un bébé asarien voué à l'avortement... Tu crois qu'on leur réserve quoi aux filles comme toi qui tombent enceintes d'un asarien ?

Je baissai les yeux et me relevai lentement.

- Je suis un monstre, Scarlett. Souviens-toi de ta première impression, le premier matin où tu t'es réveillée ici. Tu étais en larmes ... Tu avais vu juste. Après, tu t'es habituée... Juste habituée, c'est tout.  Je ne me suis soucié de rien. Ni de ta santé, ni de ton âge, ni des risques que je te faisais courir. Ni de ta contraception. Ok tu es une pute donc tu avais l'habitude et tu prenais ce qu'il faut. Mais ça aurait pu ne pas être le cas... Et si c'était arrivé ... et si je ne l'avais pas su le premier. S'ils t'avaient arrêtée ... Je suis un monstre d'égoïsme et ... un monstre tout court. Mais si tu réfléchis bien, tu ...  tu en prendras conscience toi-même ...

Je me dirigeai vers le bar et le lecteur mural afin de me servir un verre et de mettre de la musique.

- Maintenant que tu vois tout ça, je te demande de ne pas partir ce soir ... De dormir avant et de me laisser prendre des dispositions pour t'assurer une vie correcte. Je comprends que tu sois écœurée à l'idée de rester sous mon toit une nuit de plus... Mais ne mets pas ta vie en danger en partant ce soir. Je peux déclarer mon infraction dès demain et tu auras droit à un dédommagement. Ensuite tu seras libre. Je n'ai pas le droit d'avoir une esclave sexuelle mineure. Et je suppose que l'idée d'être mon employée te révulse à la lumière de toutes ces informations...

Je m'appuyai la paume de la main contre le mur et fixai le plafond comme si j'essayai de trouver un angle de vue où la situation me paraisse plus acceptable pour elle et donc pour moi, mais je ne voyais aucune issue. Je ne la regardai pas, trop incapable d'affronter son regard.

- Si tu as besoin d'aide un jour... Je répondrais ... Scarlett... Si tu n'as personne vers qui te tourner... Alors ... appelle-moi... Malgré tout ... Tu peux aller dormir... du moins essayer ...
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Scarlett Rose Clane
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MessageSujet: Re: (Terminé) Shadow in the mirror    Jeu 11 Fév - 18:02

Enfant, enfant, enfant … Non. Je ne suis pas un enfant. On m'a enlevé mon enfance il y a longtemps déjà. Je l'ai laissé s'éloigner. C'était mieux comme ça. Un enfant ne survit pas dans ces conditions. Et voilà que Gabriel l'appelle. Il appelle la petite fille en moi. Mais il est hors de question que je la laisse ressortir. Voyant qu'il fuyait mon regard, je reporte mon attention sur le brasier qui peinait à reprendre de la vigueur. L'âge … Je n'y ai jamais fait attention. A quoi bon ? Qu'il est trente ou cinquante ans … cela m'importait peu. J'en ai vu des hommes, d'âge plus ou moins avancé.

La chaleur qui se dégage du feu crépitant réchauffe ma peau, mais pourtant je ne peux m'empêcher de ressentir un immense froid m'envahir. Je resserre les pans du peignoir contre moi. Je ne peux pas lui retirer cet acquis de conscience, cette immense preuve de respect qu'aucun autre homme avait encore eu à mon égard. Mais je ne veux pas qu'il me traite comme une enfant. Il y a énormément de choses dont je ne suis pas d'accord, pas après la journée que j'ai passé. Non, il n'a pas le droit. Mais son attitude me laisse d'abord sans voix. Que puis-je faire ?

-Malgré tout ce que vous pouvez dire, je ne suis plus une enfant. J'ai beau ne pas encore avoir dix huit ans, je ne suis plus une enfant depuis longtemps. Quand on arrête de vous traiter comme tel, vous abandonnez rapidement ce rôle. Je ne veux pas être une enfant.

J'avais prononcé ces mots, toujours face au feu alors qu'il s'éloignait. Sally … Je soupire tristement. Elle souhaitait le meilleur pour moi, c'est certain, mais le meilleur dans la mesure de nos moyens …
Alors quoi ? Je vais devoir partir d'ici ? Attendre que l'enfance se passe et qu'un homme rencontre ma route à nouveau ? Cette perspective ne m'enchante pas tant que ça. Et même, je n'ai aucune envie de partir d'ici. Il m'a fallu le temps, mais c'est ici que je me sens bien.

Un monstre … Je lâche un petit ricanement alors que je me retourne dans sa direction. Un monstre qui a prit soin de moi comme personne ne l'avait fait depuis des années, un monstre qui m'a offert un toit, une protection … Je secoue la tête, je ne suis pas d'accord.

-Oui. Le premier matin, j'ai eu peur. Très peur même. Mais plus maintenant, car j'ai eu le temps d'apprendre à vous connaître. Et je ne crois pas non plus que vous soyez un monstre. Un monstre n'en aurait rien à foutre d'une pute des bidonvilles et ne l'aurait pas traité comme vous l'avez fait avec moi. Personne n'en a jamais rien eu à faire que je sois une enfant ou non et personne n'a payé pour cela. Alors je sais que vous n'êtes pas comme toutes ces personnes, j'ai pu me rendre compte à quel point vous êtes différent. Et rien ne vous oblige à quoi que ce soit … Je ne veux pas de dédommagement. J'ai été consentante, et ça n'a jamais rien eu de désagréable pour moi …

Je me racle la gorge, détournant le regard. Cette dernière réflexion n'était sans doute pas utile, mais c'est sorti tout seul. De manière assez maladroite, j'avais voulu lui faire comprendre que je n'avais pas à me plaindre de ses traitements.
Relevant un regard timide, je m'approche encore plus de lui jusqu'à me poster devant lui.

-Je n'ai pas envie de partir d'ici … Je ne veux pas me retrouver toute seule à nouveau … Avouais-je d'une voix plus basse.

Ma main se tend dans le vide, hésitant à le toucher. La rupture avait été trop brutale tout à l'heure, me laissant un goût d'inachevé. Finalement, mes doigts attrapent sa main libre. Je veux, je n'aime pas, j'ai envie … ça n'est pas le genre de formulation dont j'ai l'habitude, me contentant d'obéir, ou du moins de ne rien exiger de plus de la vie que ce qu'elle veut bien m'apporter.

-Vous m'avez laissé le choix tout à l'heure. Et mon choix n'a toujours pas changé. Rien ne vous oblige à leur donner mon vrai âge. De toute manière personne ne connaît ma véritable date de naissance. Je ne veux pas que vous ayez des ennuis par rapport à ça. J'aime la vie que je mène en ce moment …
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Gabriel Laymann
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MessageSujet: Re: (Terminé) Shadow in the mirror    Mer 17 Fév - 21:12

Je ne veux plus me retrouver toute seule à nouveau …

La solitude … Mon unique compagne depuis près de huit ans maintenant. Dix ans que j'étais revenu à la vie. Qu'avais-je fait de cette décennie ? Il m'avait fallu deux ans pour me remettre de mes blessures et je les avais passés en compagnie de celui à qui je devais la vie. Curieuse compagnie que celle de cet ancien mercenaire recherché par la Milice, pour un jeune homme de 24 ans. Jeko Dyke devait avoir atteint les soixante ans mais la vie ne l'avait pas épargné et s'il avait les muscles et la vivacité d'un homme habitué à se battre pour survivre, il en avait aussi payé le prix fort. Ses poumons, son cœur et son foie étaient malades. Nous nous soignions mutuellement sitôt que je tins assez sur mes jambes. Deux ans pour que les blessures ne me gênent plus dans ma vie quotidienne, même si les séquelles étaient irréversibles et continuaient inexorablement à progresser.

J'avais alors pu aller tenter ma chance pour trouver un emploi sous les Dômes. J'avais cumulé plusieurs petits boulots, de tout ordre. Manutentionnaire, coursier, plongeur dans les arrières salles des restaurants. Je changeais d'emploi et d'apparence au gré de ceux-ci. D'identité aussi... Mais un soir dans un piano-bar, le pianiste vedette s'étant fait porter pâle, je proposai au patron de le remplacer au pied levé. Après tout, si les cours onéreux que ma mère m'avait imposé durant toute mon enfance pouvaient enfin s'avérer utiles … Sitôt que je posai les mains sur le clavier, je sus que ce n'était pas la musique que j'avais haïe toute ces années, mais la raison pour laquelle on m'imposait sa pratique. Ici, dans ce bar où je ne jouais que pour dépanner un employeur sympa et pour donner du plaisir à des personnes venues se détendre après une journée de travail, je renouais avec quelque chose que j'avais toujours porté en moi. A l'image de ma renaissance physique, ma passion pour la musique trouva un renouveau inattendu qui allait bientôt se trouver étroitement lié à la montée en puissance ce mes dons. Le patron, très satisfait de ma prestation, me proposa un contrat et je continuai ainsi à travailler à plein temps chez lui. De la cuisine la journée, je passais en salle le soir pour jouer. Je retournais au Bidonville lorsque j'avais des congés pour partager mes gains avec Jeko et améliorer son quotidien.  J'avais acheté une guitare et je lui chantais de vieilles chansons de sa jeunesse et aussi quelques compositions de mon cru. Il fut mon premier fan, le premier à me dire que j'avais de l'or dans la voix et un réel talent pour écrire des histoires en musique. Ma soif de revanche sur la vie s'était aguerrie au fil des mois, à songer à tout ce que j'avais perdu mais surtout à tout ce que je pourrais reprendre, arracher à la force de ma volonté et de mon talent.

J'occupai bientôt deux emplois, un à plein temps dans le piano-bar où je jouais et un autre comme gestionnaire de stock d'une grande surface. J’enchaînai mes heures au Stockfield comme plongeur-pianiste et je partais vers cinq heures du matin pour embaucher au stock du magasin. Je ne gagnais pas de gros salaires ni d'un côté ni de l'autre, mais j'étais devenu économe au contact de Jeko. Je vivais de peu. Je fis des économies modestes mais suffisantes pour pouvoir les placer. Je n'avais plus guère de temps pour revenir au Bidonville. J'avais demandé et obtenu de pouvoir me servir du piano pendant mon congé, quand le bar était fermé, pour composer, et écrire des chansons. Mon répertoire était déjà bien fourni lorsque je croisai la route de Fez, Manz et Dirk , trois musiciens asariens un peu dilettante qui vivotaient de leurs prestations dans les bars. Ils étaient venus boire un coup au Stockfield et proposer leurs services. Le patron leur avait dit de voir avec le pianiste si on pouvait  « faire quelque chose ensemble ». Le pianiste c'était moi et les trois gars s'étaient pointés avec une idée de me proposer d'intégrer leur trio pour former un quatuor. Mais je ne l'entendais pas de cette oreille. J'avais mon public et mon piano dans un bar, mon répertoire. C'était à eux de s'intégrer à mon set. Il y avait un batteur, un bassiste, et un guitariste... Ok moi je savais jouer de la guitare, de la basse et du piano... et chanter... Alors, c'était à eux de voir... Nous avons fait quelques répétitions ensemble et au fil de ces journées, ils comprirent que  leur talent avait plus à gagner à s'associer au mien que l'inverse. Comme je maîtrisais quelques notions de droit grâce aux études payées par Maman, je rédigeai un contrat qui me protégeais bien de tout abus et m'accordait le leadership sur le groupe, ce qui était normal puisque je composais et écrivais alors que les autres ne faisaient que jouer des reprises. Il y eut quelques grincements de dents au début  car j'étais un gamin à leurs yeux, le plus jeune d'entre eux. Mais je leur laissai clairement entendre que je tracerai ma route avec ou sans eux et qu'on n'avait qu'à faire un concert ensemble pour voir. Le résultat fut sans appel. Le petit concert dans le piano-bar bondé connut un succès sans précédent. Scarecrow était né et avec lui le personnage de l'épouvantail triste au piano, à la basse et au chant. Tout fier de cette réussite, je rentrai au Bidonville pour annoncer et fêter la nouvelle. Mais je trouvai une cabane vide. Jeko s'était envolé. Nous n'avions aucun voisin. Il était recherché, moi aussi. Je n'avais personne vers qui me tourner pour m'aider dans mes recherches.

C'est à ce moment que j'eus l'idée de pirater le système de surveillance vidéo du Gouvernement afin d'essayer de retrouver sa trace. Malheureusement le rusé vieux briscard savait éviter les caméras de surveillance ou les mettre hors service. De fil en aiguille, du petit PC de mon stock de magasin, je piratai aussi les archives vidéos du Gouvernement. Sans le savoir, j'avais ouvert la boîte de Pandore, car dans ces dossiers, je retrouvai non seulement des images de mon exécution mais aussi de toutes les exactions, massacres, exécutions, répression du Gouvernement sur le peuple asarien. Si je savais depuis longtemps que nous courrions tous à notre perte avec cette politique et cette dégénérescence sociale qui gangrenait Asaria, les uns étant les meneurs de cette course démentielle vers le néant, tandis que les autres n'étaient que des bêtes de somme, exploitées, humiliées, martyrisées et sacrifiées sans état d'âme par les premiers, le visionnage de ces quantités d'archives me fit prendre conscience que quelque chose devait être tenté pour arrêter cette course effrénée vers l'anéantissement de l'Humanité. Les atrocités qui défilaient devant mes yeux hanteraient à jamais mes nuits. Mais même sans penser seulement aux Humains, les Asariens se condamnaient eux-même sans y avoir réfléchi. Nous avions un taux de fécondité très faible et si tous les Humains étaient exterminés, il n'y aurait plus assez de bras pour produire dans les champs, dans les usines, et faire tourner l'économie. Nous nous condamnions à mourir du déclin économique que nous allions provoquer. Bien entendu, je savais que les miens et plus particulièrement les Anciens, refuseraient de l'admettre. Contrairement à ce fou de Williams qui était allé se livrer aux bourreaux en espérant les convaincre du bien fondé de ses observations scientifiques, je savais qu'il était vain de tenter de discuter avec les Longues-Vies ou leurs héritiers. Hormis ceux acquis à la cause des Humains et qui se comptaient sur les doigts de la main.

C'est ainsi que naquit dans mon esprit le dessein le plus audacieux porté par la Terre asarienne depuis l'édification des Dômes. C'est aussi à ce moment que la solitude s'imposa dans ma vie. Je ne pouvais partager ce secret avec personne et il me prenait tout le temps libre que le groupe me laissait. J'étais voué à un combat qui m'interdisait de me lier, que ce soit amicalement ou d'une autre façon. J'avais retenu la leçon. Mon cœur aussi. L'amour était une faiblesse, car on pouvait vous l'arracher. L'amour rendait vulnérable car il pouvait détourner des objectifs ou devenir un moyen de pression pour les ennemis. Et j'en aurais de nombreux. Quelques temps après, j'appris que Mara avait eu un compagnon qui venait aussi de tomber sous les coups de la Milice. J'avais fait du chemin en matière de hacking, depuis les bases d'archives vidéos. Je me promenais maintenant dans les dossiers de Mr Van Brënner … Comment ? C'était une longue histoire, mais j'avais appris que Mara avait tourné la page. Je devais la tourner aussi, à ma façon … Désormais, Scarecrow et mon projet secret seraient mes seules raisons de continuer. Seul, malgré la foule de plus en plus dense qui me suivait. Seul.

Puis j'avais croisé le chemin de Zack, dans le Bidonville. Je m'étais posé, à la table crasseuse de ce bar, pour l'écouter jouer... et je m'étais laissé porter, j'avais laissé le rêve, son rêve me porter une bonne heure. J'en avais émergé avec un sourire de gamin. Et c'est naturellement que je l'avais abordé. Il avait eu un peu de mal à concevoir ce que je lui proposais. Une audition pour devenir le second guitariste d'un groupe asarien qui commençait à avoir une  notoriété. Devant sa réticence, je lui proposai même de masquer sa nature humaine. Ce n'était pas pour l'offenser, mais plutôt pour lui permettre d'exercer son talent. Il accepta finalement et devint sans que j'en ai conscience, une incarnation de ce pour quoi je luttais. L'incarnation de ce talent, de cette émotion magnifique dont étaient capables les Humains et que le Gouvernement voulait anéantir. Peu à peu, j'avais tissé des liens à part avec lui, même si je m'entendais bien avec tous mes musiciens. Et l'inverse était vraie, me semblait-il. Même si Zack était aimé de tous tant son caractère était aussi bon et affable que le mien était mauvais et détestable. Ma solitude était devenue un peu moins profonde.

Et il y avait eu Scarlett, une étoile égarée venue se mirer à la surface d'un étang sombre et gelé. Elle s'était penchée sur mon âme et l'avait bousculée. Au début je n'avais vu en elle que ce qu'elle pensait être. Une petite pute du Bidonville venue tapiner sous les Dômes pour avoir un plus gros pourboire. Parce qu'elle savait pouvoir proposer quelque chose que peu d'entre elles avaient, quelque chose que les pervers asariens prisaient particulièrement. Je n'étais pas différent d'eux. Nous avions probablement cela dans le sang. Cette soif d'innocence, de pureté, de jeunesse. De tout ce que notre naissance nous faisait perdre dans nos plus jeunes années. Et j'avais abusé de ces charmes sans vergogne, pour mon plaisir. Prisonnier de mon propre jeu.

Je n'avais pas le courage de la regarder, j'essayais de ne pas être lâche jusqu'au bout, je voulais trouver la force de lui dire adieu en face, mais je n'y arrivais pas. Je sentis sa main saisir la mienne et j'osai à peine croire ce que j'entendais.
Elle ne voulait pas être seule ? Elle préférait rester avec moi ? Malgré le portrait peu glorieux que je lui avais fait de moi ?

- Parfois il vaut mieux être seul qu'en certaine compagnie... Je ne suis pas de bonne compagnie pour une jeune ... femme de ton âge. Je suis arrivé huit ans trop tard Scarlett. J'aurais pu te rencontrer il y a huit ans, quand j'ai quitté le Bidonville. Je n'avais rien en poche, mais les choses ont vite évoluées. J'aurais pu t'offrir une enfance. J'aurais pu vous aider Sally et toi …


Elle se taisait, songeuse, sans doute étonnée que j'ai pu vivre dans le Bidonville... Peut-être, réfléchissant à mes paroles, se questionnant aussi sur les silences, mes hésitations. Je sentais son regard dans mon dos.

- J'ai vécu deux ans dans le Bidonville. Voilà qui te surprend ...Est ce que j'ai pu te croiser sans te voir ? Une petite fille de dix ans qui avait besoin de tout et n'avait rien ? Est- ce que tu aurais pu croiser ma route sans que je  … m'arrête plus que le temps d'une aumône ? Pourquoi ? La vie est tellement … bête …


Je bus mon verre d'une traite avant de me retourner et d'affronter enfin son regard, mu que j'étais pas la colère et le dépit provoqué par ses mots .

- Ne dis pas que tu étais consentante. Ne m'inflige pas encore ce mensonge ! Pas ce soir ! Nos chemins vont se séparer … Nous nous devons peut-être la vérité ! Aucune fille du Bidonville n'est consentante avec des Asariens comme moi. C'est la peur qui leur donne le courage de s'offrir à des mecs comme moi. Je n'ai jamais été dupe … C'est aussi un des aspects de ma damnation. Je sais ce qu'on peut faire sous l'effet de la peur.

Sans lâcher sa main, je posai mon verre pour le remplir à nouveau et le vider aussitôt.

- Pourquoi ne nous sommes pas croisés il y a huit ans. Je t'aurais épargné tout ça et tu aurais pu … être une enfant et choisir plus tard de te donner à qui tu voulais … librement.  


Je me resservis un verre et m'apprêtai à le descendre comme les précédents. J'étais déterminé à recommencer jusqu'à m'écrouler ivre mort. Signe évident que j'avais épuisé tous mes arguments et qu'il ne me restait qu'une certitude. Celle du vide qu'elle laisserait en partant.

- Tu es certaine de ne pas préférer ta liberté ? Si c'est l'aspect financier qui te freine, tu ne dois pas t'en soucier. Je veillerai à ce que tu sois bien installée. Tu pourras choisir ton appartement... Si tu veux travailler, j'ai quelques relations qui pourront te proposer un emploi. Et si tu préfères étudier, je connais quelques étudiants qui peuvent te donner des cours. Toutes les familles asariennes ne sont pas aisées. L’université coûte cher …

Je ne voulais plus penser, je ne voulais plus réfléchir à tout ça. Plus la confrontation se prolongeait et plus je risquais de devenir blessant, odieux ou bien au contraire, de faiblir, de baisser les armes.

- Si tu ne veux pas partir parce que tu as peur de te retrouver seule, ne t'inquiète pas... Tu ne resteras pas longtemps seule. J'ai vu le regard des hommes sur toi. Tu n'auras que l'embarras du choix.


Je posai mon verre sur la table basse et m'approchai d'elle. Je tendis ma main libre et effleurai sa joue en tremblant.

- Ici ? Il n'y a pas de vie Scarlett. Ici, il y a juste la mort qui rôde. Tu crois sans doute que je veux racheter mes péchés en te donnant ta liberté et en te proposant de vivre ta vie comme tu l'entends... C'est peut-être vrai... Tu sais, mon prénom est la seule chose authentique dans mon identité. J'ignore pourquoi ma mère m'a donné ce prénom... Elle devait en méconnaître le sens premier... Pour moi il n'est pas anodin. C'est un héritage qui va tellement mal avec mes origines... Elle aurait du m'appeler Lucifer … Tu devrais fuir tant que tu le peux. Accepter ma proposition. L'occasion ne se représentera peut-être pas... Tu ne peux pas aimer la vie que tu mènes ici … Tu ne dois pas ...
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Scarlett Rose Clane
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MessageSujet: Re: (Terminé) Shadow in the mirror    Mar 23 Fév - 18:35

Je ne peux pas y croire. Je ne peux même pas imaginer qu'à peu de chose prêt, il me demande de partir. Bien sûr, il ne le dit pas, il m'incite surtout à partir … Mais non. Ça n'est pas possible, je ne m'en sens pas la force. Ni ce soir, ni demain. Je ne veux pas. Malgré tout ce qu'il peut dire, je me sens bien ici, avec lui. C'est pour ça que je suis revenue ce soir. C'est pour cela que j'ai quitté une seconde fois le bidonville. Parce que quoi ? Je ne me vois tout simplement pas partir, récupérer mes affaires, rassembler le peu de bien que je possède … Sans doute me prêtera t-il une valise et m'offrira gracieusement quelques vêtements. Il me trouvera sans aucun doute un beau petit appartement, il me mettra en contact avec ses connaissances, j'irais travailler avec des inconnus, je rencontrerais sans doute de nouvelles personnes, je me ferais peut être des amis, et plus davantage … Mais je resterai seule. Le soir, quand je rentrerai dans ce qui sera mon chez moi, je serai seule. Le temps passé en compagnie de Gabriel a beau ne s'étaler que sur quelques semaines à peine, je m'y suis habitué, et je ne vois pas m'en détacher. Ce sont devenu mes habitudes, mon quotidien … Comment puis-je envisager vivre autrement ? Je ne peux pas. Je ne peux pas, encore une fois, revoir toutes mes habitudes réécrites. Non. Il m'a dit que j'ai le choix, que personne ne peut décider pour moi. Alors je décide de rester. Voilà pourquoi je ne me laisse pas démonter, malgré sa colère. Après tout, il n'a toujours pas lâché ma main … Quand on veut que quelqu'un parte, on évite tout contact, non ?

Apprendre qu'il a connu la vie – même si ça n'était que durant deux années – dans le bidonville ne fait que me sentir encore plus proche de lui. Il sait donc ce que c'est. Mais je tique, secouant la tête, mécontente.

-Ce qu'il s'est passé avant notre rencontre ne vous concerne pas. Alors oui, les choses auraient sans doute été différentes si nous nous étions rencontrés plus tôt. Mais ça n'est pas le cas, alors n'allez pas culpabiliser pour quelque chose que vous n'avez pas fait. Ce soir là, ça aurait pu très bien être quelqu'un d'autre que moi … On ne peut pas prévoir à l'avance nos rencontres et nos choix. Vous avez beau avoir de nombreux pouvoirs, celui de remonter le temps ne vous appartient pas.

Je le vois se servir un énième verre et l'envie de briser celui-ci est forte, au risque de basculer dans une fracassante scène de rupture. Je ne sais que trop bien ce que l'ivresse peut faire sur un esprit troublé. Je serre les dents et ne parviens à me détendre lorsque je vois qu'il repose le verre sans même avoir bu dedans. Sa main contre ma joue calme ma colère mais attise ma peine. J'approche d'un pas, amenuisant encore plus la distance entre nous. J'ai pris l'habitude de ses bras, de sa voix, de sa présence tout simplement ... Ce soir, il s'est mis à nu devant moi, comme jamais il ne l'avait fait. Il m'a montré son vrai visage, et cela va beaucoup plus loin que cette cicatrice marquant sa joue.

-La liberté, mais dans quelle mesure ? Existe t-il seulement une personne sous ces dômes qui puisse réellement prétendre être libre ? J'ai beau être jeune, je sais à quel point la vie est imparfaite. J'ai trouvé à votre contact quelque chose qui me manquait. Quoi ? Je ne sais pas vraiment … mais je me sens bien et … suffisamment libre pour me sentir heureuse. Et je suis presque sûr que la situation telle qu'elle l'est, ou du moins telle qu'elle l'était il y a quelques minutes, vous convient très bien à vous aussi.

Pour toute justification à mes mots, je caresse doucement le dos de la main que je tenais toujours, du plat du pouce. Puis, je finis par soupirer. Et si dans le fond c'est lui qui a raison … Je tentais de réfléchir, vite et bien, tant que j'ai son attention. Mon but était de le convaincre de me garder auprès de lui. A mon tour, je viens effleurer sa joue du bout des doigts, puis ramener en arrière quelques unes des mèches de ses cheveux.

-Si la mort rôde … elle n'est pas la seule. Je l'ai bien vu. J'ai pu vous voir à l’œuvre. Même Lucifer a été un ange autrefois …

Lentement, sans brusquerie, je me défais de tout contact avec lui, relâchant sa main puis je me recule. Je récupère le verre qu'il avait déposé sur la table basse et jette le contenu dans le feu, soulevant ainsi des flammes plus grandes, plus agressives l'espace de quelques secondes. Mais je ne bronche pas. Je repose le verre vide et pars récupérer la bouteille avant de me replanter devant lui, mon regard clair, droit dans le sien, bien décidé à ce qu'il n'y touche plus ce soir.

-Et si ça vous fait peur, si vous pensez que tout ici n'est qu'obscurité et désespoir … alors laissez moi rester et être cette part de vie qui vous manque.
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Gabriel Laymann
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MessageSujet: Re: (Terminé) Shadow in the mirror    Sam 27 Fév - 22:00

Quelque chose que je n'ai pas fait ... Que savait-elle de ce que j'avais fait ou pas dans ma vie ? De la responsabilité qui m'incombait dans son malheur, dans la vie misérable qui avait été la sienne ? Et comment pouvait-elle imaginer que ma vie ne suffirait pas à réparer tout le tort que les miens lui avaient fait depuis des générations ?  Le tort que ma propre génitrice avait fait aux siens ? Jusqu' l'aube de mes vingt ans, j'avais été complice de ces crimes. J'avais ouvert les yeux, j'avais tenté de réagir mais le mal était ancré en moi au point que je n'arrivais même pas à voir les miens tels qu'ils étaient : monstrueux. J'avais tellement été naïf que j'avais entraîné Mara dans mon aveuglement et que mes belles idées n'avaient fait que provoquer une répression encore plus malsaine des asariens sur la population du Bidonville. En voulant soulager ma conscience, en leur tendant la main, j'avais focalisé sur eux la colère de la panthère de glace. J'avais signé mon arrêt de mort mais surtout initié une vague de représailles sans précédent. Alors quoique pût me dire Scarlett pour m'apaiser, ses mots devraient être bien faibles face à l'examen de ma conscience. Si elle savait, si seulement elle pouvait savoir qui je suis. Comme elle me haïrait, comme elle me fuirait et souhaiterait me voir périr.

- Remonter le temps ... Peut-être un jour ... Ou du moins emprunter un autre cours ... Le synchroniser ... Murmurais-je pour moi-même.

J'étais loin de m'attendre à une telle réaction de sa part et je ne comprenais pas. Ce que je lui proposais était tout simplement un billet pour la liberté et l'indépendance, une vie peut-être moins dorée que celle que je lui offrais dans cette cage luxueuse mais confortable et assurée d'une protection de ma part. Je me demandais encore ce qui pouvait la faire hésiter, ou même refuser. Redoutait-elle que ce ne soit qu'une vaine promesse de ma part, un abandon déguisé en salut pour me débarrasser d'elle ? Tandis que je l'écoutais parler de la liberté je savais partager cette vision qui était la sienne. La liberté était une vue de l'esprit ou un sentiment qu'on pouvait ressentir dans des circonstances très diverses. Personne n'était totalement libre. Mais lorsqu'on éprouvait ce sentiment de faire ce qu'on aime, d'être là où on devait être et sans se soucier de ce que quiconque pouvait en penser ou en dire. Lorsqu'on avait cette certitude d'être exactement à sa place, au centre de l'Univers auquel on appartenait. Là résidait la vraie liberté. Je n'avais ressenti cette impression qu'aux côtés de Mara, lors de nos moments d'escapade dans les Terres Sauvages ou sur scène lorsque la musique et moi ne faisions plus qu'un. Était -il possible que Scarlett puisse éprouver ce sentiment de liberté à mes côtés ? Alors même que j'avais payé pour avoir sa compagnie, alors même que j'en avais fait une esclave dévolue à mon plaisir ? Une sensation que je n'avais pas connu depuis longtemps m'envahit. L'angoisse et la peur. Ne plus blesser, ne plus souffrir. Ne plus serrer dans mes bras ce qui pourrait m'être arraché. Je murmurai:

- Chacun a en effet sa propre expérience de la liberté, sa propre conception de ce qu'elle peut signifier. Mais comment pourrais-je incarner la liberté à tes yeux, alors que ... Je t'ai payée pour te posséder ? Ne te leurre pas, Scarlett, le luxe, la chaleur des lieux sont trompeurs, mais je ne peux en rien incarner ta liberté. Heureuse ? Si tu as l'impression de l'être, celle-ci aura tôt fait de s'évanouir une fois le premier éblouissement passé, lorsque tu verras derrière ce voile d'illusions quel est mon vrai visage et ma vraie nature.

Je souriais, incrédule, alors qu'elle avait ces gestes tendres et désarmants.

- Il n'est pas question de ce qui me convient ou de moi ? Il est question de toi ... Ce que tu perçois n'est qu'une illusion, celle d'une séduction dévoyée, décadente. Ne te laisse pas abuser. Un mirage. Une perversion qui corrompt tous ceux que j'approche. Que veux-tu dire ? Qu'as-tu vu roder ?


Elle lâcha ma main et se détourna pour saisir mon verre dont le contenu finit dans les flammes de la cheminée qui prirent une ampleur menaçante.

- Un ange qui est devenu l'incarnation du Mal ...  Tu n'es pas obligée de le provoquer pour autant en attisant les flammes de l'enfer de la sorte ! Tu le fais bien assez en d'autres occasions ...
plaisantai-je tout en traversant la pièce pour aller contenir le feu.

N'était-ce pas ce que je faisais à longueur de temps ? Contenir les incendies qui s'allumaient un peu partout en Asaria, étouffer ceux qui couvaient en moi. Contrôler, retenir tout ce qui pouvait blesser et livrer. Offrir la façade d'un fou du Roy qui se moquait et riait de son époque, d'un troubadour joyeux ou mélancolique mais ne jamais donner prise à une introspection. Et ce soir, cette petite poupée, cette fleur fragile avait réussi à démasquer plusieurs de mes ombres, de mes doutes, et aussi certaines blessures, tout ce qui pouvait affaiblir l'illusion que j'entretenais pour leurrer mes ennemis. Et voilà qu'elle me défiait, me regardant au fond de l'âme, tenant dans sa main le seul oubli que je pouvais m'offrir pour fuir un moment les ombres qui me dévoraient. Que pouvait-elle voir dans mon regard  alors que le masque était en train de voler en éclats ? Une détresse sans fond ? La haine brûlante qui me consumait ? Un rêve brisé ? L'usure d'un cœur moribond ?

J'écoutai ses mots et je secouai lentement la tête, bouleversé par l'offrande qu'ils dévoilaient, tenté par le défi que ces yeux me lançaient. Je lui faisais face, nos deux regards rivés l'un à l'autre, la lueur des flammes dessinant sur nos visages des ombres fantasques

- Tu dois avoir une autre ambition, Scarlett, que celle de gâcher ta vie aux côtés d'un fantôme voué à disparaître dans l'apocalypse qu'il veut générer ... Un jour, tu n'auras pas le choix, tu devras t'enfuir pour sauver ta vie. Je ne faisais que te préserver en te proposant d'anticiper l'inévitable ... La vie qui me manque ? Si tu savais combien ce gouffre est insondable et impossible à combler ...Qui pourrait supporter de contempler jour après jour cette déchéance sans pouvoir l'enrayer ? Ne comprends-tu pas que ce qui me consume finira par te brûler, te détruire ? Veux-tu devenir comme moi un être rempli de haine et de rage ? Rongé par le vice et la corruption ?
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Scarlett Rose Clane
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MessageSujet: Re: (Terminé) Shadow in the mirror    Dim 1 Mai - 18:08

Au milieu de ce salon dont le silence n'était troublé que par le crépitement des flammes dans leur foyer, c'était comme si le temps s'était figé entre nous … Un instant suspendu durant lequel tout semblait se jouer, durant lequel le destin semblait s'interroger quant au chemin à emprunter. Gabriel désirait me pousser vers la sortie quand moi je m'accrochais à lui, à sa présence.
Ce soir j'ai vu sa détresse, j'ai vu quel désarroi se cache derrière cette armure d'assurance désinvolte. Et il voudrait que je le laisse là. Cela me paraît impossible. Je veux être là pour lui comme il a été là pour moi. Je reste un long instant, suspendu à son regard, à contempler toute cette souffrance, la bouteille d'alcool dissimulée dans mon dos. Figée, le temps de quelques battements de cœur.

-Vous avez peut être acheté ma compagnie, mais vous m'avez aussi sorti des bidonvilles, ce lieu auquel je m'accroche mais où plus rien ni personne ne m'attend … Et vous venez de m'offrir un emploi …

Lentement, je finis par me décrocher de son regard et vais ranger la bouteille d'alcool à sa place initiale. Je reste ensuite devant ce meuble, mes doigts glissant lentement sur la couche vernie, dessinant des formes imaginaires, légèrement perdue dans mes pensées. Sa souffrance semble tel que je ne suis pas en mesure de la comprendre. Je ne comprends pas pourquoi il parle d'apocalypse, ni pourquoi il s'accorde une fin aussi funeste … Mais je ne me sens pas le droit de lui poser ces questions … du moins pas pour l'instant.

-Je ne suis pas dotée de pouvoirs comme vous. Je n'ai pas beaucoup d'expériences de la vie et je ne prétends pas pouvoir en changer le cours… Par contre je pense être bien placée pour savoir à quel point elle peut être dure et cruelle. Et je n'ai aucun mal à imaginer qu'elle puisse l'être encore plus … Mais j'ai aussi pu en voir les beautés … Tout comme vous. Malgré cette colère, cette souffrance qui peut vous habiter, vous avez été bon avec moi et vous continuez à l'être en me proposant cette nouvelle vie. Alors laissez moi rester à vos côtés et vous montrer cette part de vous même que vous ne voulez pas voir.

Un très léger sourire éclaire mon visage, presque inexistant sur mes lèvres, il adoucit néanmoins mes traits tandis que je tourne la tête sur le côté pour pouvoir voir le chanteur. Je me suis sentie exister dans son regard, plus que comme un simple objet de plaisir, et je m'y suis attachée. Je n'ai donc aucune envie de le lâcher … pas tout de suite.

-Ma seule ambition jusqu'alors n'avait été que de survivre, d'avancer dans un monde qui ne me voulait pas, dans un milieu où les gens disparaissent et où la mort plane sur nous à chaque instant …

Je me décroche enfin du meuble et reviens me placer face à lui, suffisamment proche pour pouvoir le toucher en tendant le bras, le regard d'abord posé sur son torse, légèrement froncé. Je ne comprends pas pourquoi cela me semble si douloureux d'envisager de partir d'ici … La peur ? L'attachement ? C'est pourtant un regard déterminé que je lui lance. Je sais ce que je veux.
Dans le milieu dans lequel j'ai grandi, on ne sait pas être difficile. On prend ce qu'on nous donne, et on se contente de ce que l'on a. Tant pis si le pain est trop humide, tant pis si il n'est pas très bon, tant pis si la soupe n'a pas de goût, au moins ça remplit l'estomac … Mais si aujourd'hui je peux choisir, si aujourd'hui je peux refuser ce qu'on m'offre, alors je le fais.

-Comme vous l'avez dit, il est question de moi. Et je me sens bien à vos côtés. Une autre vie m'attend sans doute quelque part, mais je n'en veux pas.
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Asarien, 2e Génération
MessageSujet: Re: (Terminé) Shadow in the mirror    Dim 8 Mai - 22:57


Était-il possible que des sentiments sincères et purs naissent d'une transaction aussi sordide que celle qui avait mené Scarlett à me vendre ses charmes ? Pouvait-elle être honnête lorsqu'elle prétendait se sentir bien à mes côtés ? Y avait-il autre chose qu'un attachement au confort que je lui offrais alors qu'elle n'avait connu que la misère ? Se pouvait-il qu'elle voie autre chose qu'un monstre en contemplant celui qui tenait sa vie entre ses mains ? Elle avait escamoté la bouteille, dernier pourvoyeur d'oubli pour moi hormis la musique. J'étais incapable de bouger alors que je la sentais à présent immobile dans mon dos. Un moment qui me parut durer une éternité le temps s'était suspendu, chacun méditant les paroles de l'autre. Je fermai les yeux et refoulai une fois de plus toutes ces émotions qui me faisaient vaciller. Je luttais depuis si longtemps pour ne plus ressentir cette souffrance de l'attachement. La tentation de céder à cette douceur, à cette chaleur, à cette promesse innocente me donnait le vertige. Je n'avais qu'à me retourner et à tendre la main... Lorsque je rouvris les yeux, l'éclat des flammes était trouble comme à travers la pluie. Et elle se tenait là, face à moi, à nouveau. Ses yeux  plein d'interrogations et d'attentes d'abord rivé sur ma poitrine se levèrent bientôt vers moi et leur éclat plein de défi changea aussitôt. C'est alors seulement que je pris conscience des larmes qui commençaient à brouiller ma vue.

Un sourire triste se dessina sur mes lèvres tandis que je murmurais

- Quels monstres as-tu rencontré pour voir de la bonté en moi ?

Je détournai les yeux le premier, non parce que j'avais honte de ma faiblesse, mais parce que je refusais que quelqu'un s'attache à ma vie, à mes pas, à ma route, mon destin. Le poids de la solitude me paraissait intolérable à présent que j'avais entrevu tout ce vide que son départ laisserait. Maintenant que je sentais confusément que c'était autre chose que la vénalité ou le mirage de l’opulence qui la retenait auprès de moi, c'était une douce souffrance, de songer qu'une âme pouvait encore se pencher sur la mienne et ressentir autre chose que le dégoût et la haine. La fatigue m'avait rattrapé et couplée à ce déferlement d'émotions elle générait un risque que je connaissais très bien. Un léger tremblement dans l'air me rappela que je devais me reposer sous peine de provoquer des manifestations indésirables. Il était possible qu'une série d'anomalies gravitationnelles parvint à convaincre Scarlett de partir, mais ces dysfonctionnements de mon pouvoir pouvaient aussi être dangereux en plus d'être spectaculaires. Je lâchai un long soupir de lassitude et allai près de la cheminée pour me laisser tomber dans un fauteuil. Je fixai les flammes qui dansaient dans l'âtre en m'efforçant de calmer les battements désordonnés de mon cœur. Quand je jugeai que cela ne la mettait plus en danger, je tendis la main dans sa direction.

- Viens là Cœur indocile et connais ce à quoi tu t'exposes en refusant de fuir. Apprends la patience et le secret. Les nuits que je t'offre valent-elles d'endurer toutes ces journées solitaires alors qu'un autre pourrait t'aimer durant les deux ?  


Je sentis les larmes couler enfin. Il y avait tellement longtemps, j'avais oublié cette sensation. Ce léger chatouillement sur les joues avant qu'elles ne sèchent. Je remerciai le feu qui ne laissa bientôt qu'une trace à peine perceptible, un sillon salé sur ma peau.

- Promets-moi de ne plus désobéir à mes recommandations. De ne plus commettre d'imprudences. Et de suivre les conseils de la personne que je t'enverrais si je dois disparaître. Non, ne pose pas de questions. Je te l'interdis. Ne te fie à personne d'autre. L’émissaire sera porteur d'un objet qui te permettra de l'identifier comme tel.

Perdu dans  la danse hypnotique des flammes, je savourais un silence revenu après les éclats de voix, souhaitant pourtant qu'elle le rompe. Puis une résolution prit forme en moi et je l'annonçai comme si je ne pouvais la garder pour moi.

- Au moins, si tu ne veux pas partir, tu étudieras. Je vais écrire une lettre de recommandation à une personne qui ne pourra pas refuser de t'enseigner.  Quels sont les sujets qui t'intéressent dans les livres ? Veux-tu apprendre la musique ? Quel instrument te tenterait ?


Ma voix était aussi déterminée que pouvait l'être le regard auquel j'avais été confronté quelques minutes auparavant. Si elle choisissait de rester, elle devrait se plier à mes conditions et sa vie serait d'une certaine façon bien plus contraignante que les jours qu'elle avaient connus jusqu'à présent. Si elle renonçait à suivre sa propre voie pour rester à mes côtés le temps qu'il nous restait, alors je voulais qu'il lui apporte le plus possible. Qu’il éveille et nourrisse cet esprit égaré qui s'était par malchance cogné à ma destinée et s'y accrochait malgré ou à cause de moi.
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MessageSujet: Re: (Terminé) Shadow in the mirror    Dim 22 Mai - 18:16

Déjà que ressentir la tristesse de Gabriel était assez troublant, la voir finalement brouiller son regard le fut encore davantage, venant serrer le palpitant logé au creux de ma poitrine. Et quand il détourne le regard, j'en fais de même, ne voulant pas me montrer trop intrusive face à ce sentiment, cette émotion que très peu de gens souhaitent partager.
Sa question me plonge néanmoins dans la réflexion. Des monstres j'en ai aperçu oui, sans doute côtoyé certains … mais comme tout le monde j'imagine, à moins d'être sois même ce monstre. Enfin, on se rassure souvent en se disant qu'il existe sans doute pire que nous. Mais ça n'est certainement pas pour cela que je vois qu'il n'y a pas que du mauvais en lui.
Je le suis du regard avec inquiétude, n'osant m'approcher que lorsqu'il me tend cette main dans laquelle je dépose la main, mes doigts se refermant délicatement autour de lui. Je me laisse donc entraîner jusqu'à lui, grimpant naturellement sur ses genoux. Éclairé par le foyer désormais dans mon dos, je remarque les joues humides du chanteur, brillant légèrement face à l'éclat du feu. Alors, dans un geste infiniment tendre, ma main agrippe le haut de la manche de mon peignoir que je passe consciencieusement contre ses joues jusqu'à ce qu'il n'y paresse plus rien. Son discours me fait légèrement sourire.

-Visiblement oui … Et la solitude ça se comble. Je n'ai pas besoin d'être aimé vingt quatre heure sur vingt quatre …

Mais c'est au moment de prononcer ses mots, les entendant prononcés à voix haute que je me rends compte que cela sonne bizarrement. Je secoue alors la tête pour éloigner ce trouble passager, le trouvant très dérangeant sur le coup. Heureusement, Gabriel aborde un autre sujet qui retient toute mon attention. J'entrouvre la bouche pour revenir sur ses paroles, sourcils foncés mais il me devance. Je referme donc la bouche, cela n'empêchant pas des milliers de questions de venir encombrer mon esprit. Que peut-il savoir de mes imprudences ? Et pourquoi parle t-il de sa disparition .. ? Cela était très frustrant de ne pas me permettre d'en savoir plus, ni de pouvoir lui poser certaines questions qui auraient pu m'éclairer. Surtout que lui ne se prive pas et je me retrouve ensevelie sous une tonne de questions auquel je n'avais jamais pensé auparavant … Enfin si mais cela restait à l'état de rêve … Je prends donc le temps de réfléchir, soudainement prise d'une grande nervosité. Pour une fois j'allais pouvoir m'exprimer, mais surtout je pouvais envisager d'accéder à certains rêves … Et c'était très impressionnant. Mon cœur s'emballe même. Enfin, quelqu'un sur cette misérable terre s'en fait et laisse à cette petite pute des bidonvilles le choix de son avenir … Dans ma réflexion, mon regard fixe à nouveau le torse du chanteur, mes doigts venant jouer négligemment avec les bords du peignoir qu'il porte.

-Hm … j'aime beaucoup tout ce qui se rapporte à la médecine … Enfin dans les livres j'y comprends rien. Je lis surtout les livres de conte … Quant à la musique, oui cela me plairait beaucoup aussi. J'ai tout le temps rêvé de savoir jouer du piano. Mais je ne sais pas si j'en serais réellement capable. Cela semble si compliqué …

Petit sourire maladroitement timide au coin des lèvres, je croise rapidement son regard, le temps de quelques battement de cœur et finalement, m'approche un peu plus pour déposer un baiser contre sa joue. Un geste simple, affectueux, reconnaissant … le genre d'action silencieuse qui pourtant veut dire beaucoup.

-Est ce que … vous vous sentez mieux ? Lui demandais-je, sincèrement inquiète.

Voilà une journée bien étrange, forte en émotion pour chacun de nous … Et j'étais soulagée que l'ambiance s'adoucisse à nouveau.
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(Terminé) Shadow in the mirror

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